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    Joël Auxenfans. "La France est issue d'insoumissions". Dessin-affiche. 2020.

     

     

    En ces mois de Covid où l'on ne voit plus comment on peut espérer une amélioration sanitaire, climatique, économique, sociale, culturelle, géopolitique venant de cette caste de dirigeants totalement inféodés aux intérêts financiers (voir billet précédent), la nouvelle d'une candidature clairement insoumise justifie de se réjouir.



     

    Ne serait-ce que par le désagrément que cette candidature provoque immédiatement dans les milieux qui ont du mal à compter autrement que par des calculs n'ayant rien à voir avec l'enjeu, il est très agréable de constater que déranger reste une modalité possible de l'action politique pour bouger les lignes, à l'heure où tout est régi par cette préséance politicienne dictée par les milieux médiatico-financiers.

     

    

La classe de ces "voyous guindés" qui nous gouverne a parfaitement identifié son danger : un candidat créatif, qui - tempérament éruptif ou non - a engendré de nouveaux mouvements, partis, chaînes numériques, blogs, évènements, et a surtout créé des situations nouvelles, ne peut pas être mauvais pour la progression de la société vers moins de passivité, moins d'atomisation, moins de servilité, moins de dogmatisme, moins d'absence d'idées.

     

    

Bienvenue donc à ce candidat que j'aime tant dessiner ! À l'instar de Gustave Flaubert qui déclarait à son procès, "Madame Bovary, c'est moi ", je dirais, toutes proportions gardées évidemment -  et sans procès j'espère -  "Mélenchon, c'est moi !". Un artiste peut encore choisir ses moyens et ses fins. Ici, pour les moyens, ce sera les crayons de couleur, et pour les fins, ce sera la planification écologique et le programme "L'avenir en commun" actualisé.

     

    

Le spectacle amusant et consternant à la fois va-t-être  à présent celui-ci : pendant combien de temps tous les doctes censeurs de la gauche authentique et “pluraliste”, prêchant pour des “décisions collectives” (n’est-ce pas... ?) vont-ils rester dans la dispute stérile sur la question des personnes ? Et ainsi se justifier de tergiverser.

     

    Alors que l’urgence absolue n’est pas la personne, c’est le programme, et surtout le commencement sans plus tarder de la campagne pour convaincre. Tous ces gens vont freiner des quatre fers et jouer l’inertie circonspecte, en bons donneurs de leçons. Et ensuite se com-plaindre par prophétie auto réalisatrice que Mélenchon n’a pas réussi...et qu’ils avaient donc raison !



     

    Ces gens-là sont nombreux à gauche, faisant passer leur humeur narcissique et leurs intérêts sectaires avant celle des priorités historiques et des opportunités qu’eux n’ont pas su créer. Et faire échouer ce qui ne peut pas être remis à plus tard. Penser que c’est l’homme Mélenchon qu’on soutient, avec ses humeurs, pourquoi pas son odeur, ses goûts pour les chiens ou pour les chats, est un tel degré d’ineptie politique eu égard à la raideur de la tension actuelle, qu’il faudra qu’une montagne tombe sur la tête de ces anges gardiens de l’inertie, authentiques certificateurs de “gauche” à côté de la plaque, pour qu’un jour les choses changent. 



     

    Les choses ne sont jamais parfaites lorsque une dynamique se met en mouvement. Il y a toujours des risques que les choses échappent, dérapent, se perdent. Mais il n’y a pas le choix, il faut saisir le kaïros que nous propose Jean-Luc Mélenchon, Kaïros, qui, en tant que dieu grec, comme on le sait, n’avait qu’un seul cheveu, et n’était pas, loin s’en faut, d’une élégance glamour irréprochable. Un autre aurait toujours été préférable. Mais voilà. Le kaïros c’est cela, c’est l’occasion qu’il ne faut pas refuser, mais saisir, là brusquement ce qui sommeille dans la situation changeante et qui fait irruption. 



     

    C’est à cela, à cette occasion à saisir pour changer le cours des choses de la manière la plus économique et efficiente qui soit, que nous sommes censés nous préparer tous à chaque instant. C’est l’art de la vie. Et la politique fait partie de la vie. Elle n’est pas une idole, une statue rangée sur un autel ou dans une vitrine. Elle est praxis. Elle est saisir l’occasion et s’y préparer sans cesse. En réactualisant à chaque instant la situation pour saisir à nouveau le kaïros qui réside en toute situation nouvelle.

     

    Là, désolé pour nos contempteurs, le kaïros, c’est Mélenchon qui le propose. Le reste n’est que tergiversation hypocrite de fausses vierges qui - jouant les effarouchées -  font rater les trains.

     

    



"La France est issue d'insoumissions".

 

  

     

     

     

      

    La France est issue d'insoumissions

     

    Joël Auxenfans. Dessin affiche. 2020. 

     

     

     

     


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    Un colonialisme des riches sur la terre ?

     

    Joël Auxenfans. Peinture Affiche.  2019.

     

    Comme le montre le remarquable ouvrage sous la direction de Marc Ferro « Le livre noir du colonialisme, XVIè-XXIè siècle : de l’extermination à la repentance » (Robert Laffont 2003), le colonialisme semble se caractériser, dans ses diverses formes, par l’utilisation plus ou moins habile des structures de pouvoir indigènes traditionnelles pour maintenir l’ordre colonial, lever l’impôt, organiser l’exploitation des gens et des ressources.

    Cette entreprise n’a eu de cesse de se réinventer sous des formes contemporaines, des pays dominant le monde exerçant une tyrannie implacable sur les peuples soumis à cette emprise, par le moyen d’instruments coercitifs, qu’ils soient monétaires (crédit, fonds de réajustements structurels, dette souveraine, « 3% », etc.), militaires (interventions humanitaires ou au nom des droits de l’homme instrumentalisés pour légitimer l’intervention unilatérale et illégale en pays souverains), ou bien par le biais du soft power de campagnes marketting imprégnant les désirs des populations d’inepties complètement en contradiction avec la continuation d’une vie durable sur notre (unique) planète.

     

    La question qui se pose est : comment ce pouvoir, si délibérément tourné contre les intérêts des populations et la viabilité de la vie sur terre, parvient-il de manière si permanente à se maintenir, en dépit de brèves « fenêtres » de clairvoyance collective, et d’épisodes fugitifs de remise en cause par les élections ou les mouvements sociaux ?  Comment autrement dit la machine ne se grippe-t-elle pas définitivement, pourquoi parvient-elle à durer, à renaître, à sans cesse réapparaître, empruntant opportunément pour ce faire des mots comme « changement » ou « révolution », « innovation », impeccablement tournés à l’envers de leur sens véritable comme des bas ?

    Mon hypothèse, qu’il faut considérer évidemment avec indulgence puisque je ne parle pas ici en théoricien, est que pour réussir, une telle entreprise de domination a besoin de relais locaux. Nier que cette domination soit aussi centralisée par un mode de gouvernement situé au sommet de l’État, est à mon avis intenable puisque sans cesse de nouvelles mesures sont prises (lois, décrets, amendements, règlementations, etc.) à l’échelle étatique pour optimiser cette emprise.  En revanche, il ne faut pas sous estimer la dimension locale, décentralisée, omniprésente, participante, riche d’initiatives, de renouvellements permanent. Il se trouve une foule d’acteurs, dans l’épaisseur des strates sociales, qui ne rechignent pas à reconduire avec empressement la domination, à lui frayer chemin, à la défendre bec et ongles, lors même que ces micro-partenaires du système n’ont aucun véritable intérêt commun objectif avec la superstructure.

    Simplement, ils s’y livrent, ils s’y emploient, quelle que soit l’échelle à laquelle ils se situent : à toute fin utile (au système en place), ils s’y consacrent de toutes leurs forces, avec toutes leurs compétences, sans ménager leurs efforts, sans douter un seul instant, et cela avec une énergie de perpétuation de l’ordre en place absolument « surnaturelle ».

    Je dirais, pour me démarquer de Frédéric Lordon, que par ailleurs j’apprécie et j’approuve totalement,  que si les prophéties qui inspirent presque tous ses billets dans son blog du Monde Diplomatique, se concrétisaient un tant soit peu, nous aurions depuis longtemps franchi l’étape de l’éternel atermoiement des luttes sociales, aussi méritantes et courageuses fussent-elles.

    À force, il nous faut bien considérer le facteur de frein ou d’avortement de ces luttes, non pas comme un mauvais oeil à banir de l’analyse parce que le regarder contribuerait à le perpétuer. Il y a bien, semble-t-il, une force sur-puissante qui maintient la mainmise du système de domination tel quel, grosso modo intact et en parfait état pour perpétrer ses nuisances incalculables. Et lorsque, parfois, un renversement intervient, il n’est que péniblement et temporairement en place, sans cesse pris à partie, menacé, puis renversé légalement ou illégalement. Il faut constater cette hégémonie destructrice presque impossible à vaincre. Ce n’est pas là être défaitiste, c’est être réaliste.

    Par exemple, la suppression des lits d’hôpitaux conduite implacablement et continûment sous les présidences Sarkozy, Hollande et Macron, se paie aujourd’hui au prix fort, avec la mortalité au coronavirus qui s’avère nettement plus forte lorsque les capacités des services publics de santé ont été systématiquement détruites, ce qui est le cas en France depuis trente ans. À se voir contraint systématiquement de faire toujours avec moins, cela ne permet pas de faire plus et mieux, c’est désormais prouvé quoi qu’en disent les prosélytes du lean management

    Cette destruction – qui existe dans tous les domaines publics de la vie sociale (recherche, enseignement, justice, police, environnement, services sociaux, etc.)  a pour corrolaire proportionnellement symétrique la part croissante des bénéfices et des dividendes des grandes fortunes privées, ce qu’on appelle la financiarisation de la vie économique.

    Je crois que la haute bourgeoisie a réussi un pari véritablement inespéré à ce degré : engendrer une domination coloniale totale et violente sur un pays, et au delà sur de nombreux pays, en jouant sur le fait que cette classe passe pour être partie prenante de cette société (ou des ces sociétés) : en effet, ces gens pour la plupart, parlent une langue peu ou prou assez semblable à celle des autochtones, bien qu’avec un certain raffinement discret qui fait, entre ses membres, toute la différence d’avec le commun (la fameuse « distinction » incorporée dont parle Bourdieu).

    À partir de cette apparente similitude à laquelle la plupart des gens ordinaires se laissent prendre et même par laquelle ils se laissent séduire, tous les coups peuvent être joués. Car les prédateurs sont en immersion dans leur propre terrain de chasse, et eux seuls disposent des armes adaptées : médias, instituts de sondages, réseaux d’influence, relais scientifiques, think tanks, fondations, partis et organisations, calendrier politique, reconnaissance officielle, décorum, traditions, images du pouvoir, etc.

    Nous sommes à mon avis soumis à un colonialisme qui nous impose la dictature des intérêts exclusifs des supers riches dans NOTRE pays, ou NOTRE terre, d’où qu’ils viennent eux par ailleurs : leur accent étranger, au sens de qui n’est pas de notre bord (un migrant sans papier est fondamentalement beaucoup plus de notre pays que ceux-là ne le sont) et en fait structurellement hostile, ne se perçoit pas.

    Ils peuvent nous faire agir à leur guise. Et il se trouve une foule de gens – petits ou moyens –  par ailleurs bien intentionnés et croyant bien faire, fiers de leur investissement, qui adhèrent à cette classe-là et à elle-seule, pas même à la leur propre. Et ce sont surtout ces gens-là, ces « moyens-et-petits-au-service-de » qui font que rien ne peut changer, que tout se regénère et se perpétue, même en pleine crise permanente.

    C’est en tout cas comme cela que les régimes coloniaux ont prospéré et prospèrent encore sous cette forme « néo » abondamment documentée. C’est comme cela que ce régime colonial des riches sur notre pays  (et donc notre paysage, notre alimentation, notre culture, notre agriculture, notre santé, notre vision, nos loisirs, etc.) s’exerce encore avec une efficience sans faille.

    S’il est vrai que les régimes coloniaux ont eu historiquement à se retirer des pays qu’ils avaient asservis, ce ne fut, comme le dit Lordon, pas en « rendant les clés » d’eux-mêmes, mais au prix d’âpres et violents combats, qui ne sont pas  - loin s’en faut ! - finis.

    La seule et unique avancée, peut-être minime, que mon hypothèse du colonialisme intérieur des riches peut apporter à la compréhension et à l’action, c’est peut-être la chose suivante qu’eux - les riches – sont essentiellement étrangers à nous. Nous ne les intéressons pas, ils ignorent complètement que nous existions. Seuls comptent LEURS intérêts. Cela fut valable, je répête, du temps des expansions colonialistes. Cela l’est encore du temps du colonialisme intérieur.

    L’autre menu avantage que permet cette hypothèse, est de pouvoir ouvrir une possibilité de faire apparaître aux yeux de ceux qui en sont encore partiellement ou totalement les serviteurs, ce caractère de fondamentale et irréductible étrangeté. Ces gens sont de leur monde, pas du nôtre, il faut choisir lequel de ces deux mondes donnera son avenir à la terre.

    Pour ce qui est du leur, le monde actuel, nous le connaissons depuis longtemps et le coronavirus ou la crise climatique nous ont révélé son incompatibilité foncière avec le droit humain, la santé, la vie sociale, l’environnement.

    Pour ce qui est du nôtre, le beau film de Ken Loach « Jimmy’s hall » nous en apporte une préfiguration : que chacun puisse participer aux décisions et apporter sa contribution pour créer ensemble un monde viable et agéable, amusant, désirable et durable.

    Au travail !

     

    Un colonialisme des riches sur la terre ?

    Joël Auxenfans. "Les Haies". Plantation par un chantier participatif en Normandie. 2019.

     

     

     


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    Que dire ?

     

    Joël Auxenfans. Le vernis. Peinture affiche. 2019.

     

    Que dire ? Que dire d’une époque aussi violemment aux prises avec les enjeux environnementaux, politiques, éthiques, économiques ? Et que dire de la place de l’art là-dedans ?  Que dire de la place des gens ?

    Tout le problème réside, se concentre, sur la possibilité que les gens, ordinaires s’entend (pas les stars de la prise de parole publique, pas cet écran de fumée confiscatoire de la parole publique),  aient le pouvoir – démos-cratos.  Et l’art pourrait – devrait – jouer le rôle d’invitation, d’exemple, car il est, relativement, une prise de pouvoir, mais,… au service de quoi ? C’est à cette direction de la prise de pouvoir de l’artiste qu’il faut aussi songer, sa responsabilité. Au lieu de cela, parmi ces milliards ces gens ordinaires privés de parole, d’autres gens, quelques-uns, confisquent la parole pour leur propre carrière.

     

    Que dire ?

    Joël Auxenfans. Peinture affiche. Les bonimenteurs. 2011.

     

     

    Qu’est-ce donc d’autre que cette prise de position immonde de Madame Royal qui amalgame jeunes et voyous si ce n’est une façon tactiquement étudiée de se poser en recours providentiel, de « femme à poigne » (une sorte de nouvelle Tatcher) contre le mouvement social, qu’il faut mater, et la jeunesse avec.

    Cette manière de jouer avec le pouvoir de la parole publique est ici criminel : cela n’est pas juste eu égard aux violences commises contre ces jeunes (et qui, on le sait, seront toujours validées comme « normales », jamais désavouées, par l’institution interne à la police chargée de mener « l’enquête »).

    Cette parole cynique, calculatrice, de Madame Royal n’éclaire en rien le débat, mais au contraire l’obscurcit intentionnellement. C’est un coup d’éclat simpliste et violent pour se faire une place dans la lumière médiatique. C’est jouer avec la vie et la souffrance des autres, dont des mineurs. C’est typique de la versatilité des socio démocrates, génétiquement et historiquement déterminés à jouer d’opportunisme pour complaire aux milieux d’affaires, pour faire illusion et ne rien changer jamais.

    Madame Royal voudrait par cette parole humiliante envers des jeunes de quartiers populaires, se constituer en recours, à la place de l’extrême droite. Elle serait la manière de l’extrême droite sans la compromission éthique qu’implique l’extrême droite. C’est un message envoyé à la classe possédante. « Cela leur fera un souvenir ». Ségolène Royal défend l’interpellation de 151 jeunes à Mantes la jolie. https://www.francetvinfo.fr/politique/cela-leur-fera-un-souvenir-segolene-royal-defend-l-interpellation-de-151-jeunes-a-mantes-la-jolie_3092243.html

     

    Passe-t-on nécessairement pour simpliste si l’ont relie le fait précédent avec celui-ci, à savoir la captation de la majeure partie des richesses mondiales par une infime minorité, et ceci de manière qui augmente exponentiellement ? Relativement à l’accès à des conditions d’une vie décente, la prédation des richesses par une minorité totalement improductive, qui justifie son existance au nom du fait qu’elle possède ce que les autres ne possèdent pas, et qu’elle place donc toute la société sous sa dépendance, constitue LE fait marquant. Le rapport que je mets en lien, qui fait suite à tant d’autres, et qui laisse de marbre toute l’élite dont fait partie Madame Royal, puisque ces « politiques » se sont obstinément employés à obtenir ce résultat, devrait pourtant servir de boussole à tout projet politique. les 26 plus riches possèdent autant que la moitié la plus pauvre de la population de la planète

    https://www.francetvinfo.fr/economie/entreprises/les-26-plus-riches-detiennent-autant-d-argent-que-la-moitie-de-l-humanite-selon-oxfam_3155025.html

     

     

    Que dire ?

     

    Joël Auxenfans. Rouge et noir. Peinture affiche, montage. 2013-2019.

     

    Et la preuve d’une véritable collusion, d’une interdépendance opératoire, c’est l’efficacité structurelle avec laquelle ces élites politiciennes de l’extrême droite à l’extrême centre-gauche, s’acharnent à faciliter l’évitement de l’impôt d’une seule et même catégorie sociale. Les sociétés du CAC 40 ont fait plus de bénéfices mais ont payé moins d’impôts entre 2010 et 2017. https://www.francetvinfo.fr/economie/impots/paradis-fiscaux/info-franceinfo-les-entreprises-du-cac40-ont-fait-plus-de-benefices-mais-ont-paye-moins-d-impots-entre-2010-et-2017_3152919.html

    https://www.francetvinfo.fr/economie/transports/gilets-jaunes/l-histoire-secrete-de-la-reforme-de-l-isf-elle-a-ete-precipitee-sous-la-pression-deconomistes-et-de-grands-patrons_3199431.html

     

    Et l’autre preuve se trouve dans le système de donateurs pour la campagne des présidentielles, qui a fait l’élection d’Emmanuel Macron, presqu’exclusivement constitué de grands donateurs issus des secteurs les plus riches et les plus influents  https://www.francetvinfo.fr/politique/emmanuel-macron/comptes-de-campagne-d-emmanuel-macron/campagne-d-emmanuel-macron-decryptage-du-systeme-d-ons_3426943.html

    C’est aussi décrit dans le dernier livre de Juan Branco :

    https://www.francetvinfo.fr/economie/transports/gilets-jaunes/critique-des-medias-attaques-sur-macron-on-a-lu-crepuscule-le-livre-censure-de-juan-branco_3403909.html  Mais, cette démonstration, le couple de sociologue Pinson-Charlot, par exemple, l’a faite à plusieurs reprises avec beaucoup de rigueur scientifique

    https://www.lesinrocks.com/2019/01/22/actualite/actualite/monique-pincon-charlot-macron-est-monte-dun-cran-dans-la-violence-de-classe/

     

    C’est donc de manière concommitante que les coups pleuvent sur les gens qui protestent, jeunes, adultes ou retraités. Ségolène Royal qui envoit des signaux pour reprendre du service, fait écho aux violences et aux intimidations juridico-policières du gouvernement. Camélia, manifestante espagnole enceinte interpelée et menacée d’expulsion.

    https://www.francetvinfo.fr/economie/transports/gilets-jaunes/manifestations-du-1er-mai-camelia-manifestante-espagnole-enceinte-interpellee-et-menacee-d-expulsion_3429915.html

    300 journalistes dénoncent les violences policières.

     https://www.francetvinfo.fr/economie/transports/gilets-jaunes/tribune-nous-assistons-a-une-volonte-deliberee-de-nous-empecher-de-travailler-plus-de-300-journalistes-denoncent-les-violences-policieres_3416561.html  

    Malgré cette tentative marquée de museler la contestation politique, le pouvoir suscite une opposition de plus en plus large. Les avocats d’ile de France appellent à bloquer l’accès au tribunaux lundi matin. https://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/metiers/droit-et-justice/les-avocats-d-ile-de-france-appellent-a-bloquer-l-acces-aux-tribunaux-lundi-matin_3092493.html

    https://sport.francetvinfo.fr/omnisport/touchepasamoncts-les-sportifs-se-mobilisent-pour-les-cadres-detat 

    Et ici l'appel des artistes contre la politique de Macron :  http://www.nousnesommespasdupes.fr 

     

     

    De manière logique, les bas salaires, et après eux presque tous les autres, sont maintenus en dessous de l’inflation. Le Smic ne sera pas revalorisé, maintient la ministre du travail. https://www.francetvinfo.fr/economie/transports/gilets-jaunes/gilets-jaunes-le-smic-ne-sera-pas-revalorise-maintient-la-ministre-du-travail-avant-les-annonces-d-emmanuel-macron_3092495.html On ferait mieux d’ailleurs d’appeler ce genre de ministère, le ministère de la rente, puisque c’est exclusivement le capital qui est encouragé dans son hubris, au détriment de tous les autres secteurs d’activité socialement utile.

     

    Pourtant, il serait possible de faire fonctionner la société autrement. Comment la ville écolo de Langouët est devenu un exemple de développement durable. https://www.francetvinfo.fr/monde/environnement/cop24/on-nous-ecrit-de-letranger-comment-le-village-ecolo-de-langouet-est-devenu-un-exemple-de-developpement-durable_3089331.html

    Et ici

    https://www.francetvinfo.fr/monde/espagne/cooperative-communale-salaire-unique-loyers-symboliques-dans-ce-village-d-andalousie-le-debat-citoyen-c-est-tous-les-jours_3246683.html

     

    ou ici  : 

    https://www.francetvinfo.fr/monde/europe/video-pouvoir-d-achat-au-danemark-on-est-paye-pour-faire-ses-etudes-et-on-peut-etre-proprietaire-a-25-ans_3453277.html 

     

     

    Là aussi, la manière dont les destinées sociales et écologiques sont mêlées dans l’univers du capitalisme financiarisé est parfaite. Aussi bien les gens que la vie terrestre sont systématiquement détruits par ce système.

    https://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/metiers/agriculture/sans-eux-la-planete-est-inhabitable-on-a-demande-a-un-specialiste-s-il-fallait-s-inquieter-de-la-disparition-des-insectes_3188297.html

    https://www.francetvinfo.fr/meteo/climat/video-c-est-une-catastrophe-ce-qu-il-se-passe-en-antarctique-ouest-pourquoi-le-glacier-thwaites-inquiete-les-scientifiques_3189997.html

    https://www.francetvinfo.fr/monde/environnement/ile-de-re-calanques-de-marseille-inquietudes-autour-d-un-projet-de-decret-qui-pourrait-ouvrir-la-voie-a-plus-de-beton-dans-les-sites-classes_3443323.html

    Mais le poids des lobbies et les méthodes mafieuses des grands groupes de la pollution organisée à l’échelle planétaire reste écrasant avec la complicité des agents politiques en place.

    https://www.francetvinfo.fr/monde/environnement/pesticides/glyphosate/glyphosate-des-centaines-de-personnalites-secretement-fichees-et-ciblees-en-fonction-de-leur-soutien-a-monsanto_3435581.html

    https://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/metiers/agriculture/le-roundup-juge-cancerigene-monsanto-savait-et-ils-ont-cache-la-verite-au-monde-estime-le-depute-europeen-eric-andrieu_3242287.html

     

    Dans le même registre de la pollution, celle des esprits n’est pas en reste. Autre versant de la lobotomie et de la tétanisation télévisuelle et mercantiliste des populations, le poids des mentalités religieuses sur l’émancipation humaine reste prépondérant, alors même que s’accumule une quantité époustouflante de scandales qui ne chamboule par outre mesure les croyants de toutes confessions.

    https://www.francetvinfo.fr/monde/vatican/pape-francois/ce-qu-il-faut-retenir-de-sodoma-le-livre-qui-leve-le-voile-sur-l-homosexualite-dans-l-eglise_3199165.html

     

    Où qu’elle se trouve et quelle qu’elle soit, la religion officie sur le mode du contrôle et de la normalisation répressive du bonheur, des vies, des corps et des pensées des humains, de manière systématiquement violente au moins symboliquement quand ce n’est pas physiquement.

     

    Que dire ?

    Exemple de mélange entre modèle mercantile capitaliste et conditionnement religieux, entre séduction et puritanisme. Les femmes comme objet d'attentions pressantes et d'exigence de conformations à des modèles qui ne proviennent pas de le leur propre émancipation du patriarcat, aussi bien de la part des milieux financiers que traditionalistes.

     

    Cet encadrement dogmatique et kitch s’effectue toujours de manière compatible avec le business capitaliste, comme ces publicités pour des magazines musulmans glamours pour femmes, qui recyclent exactement sous les mêmes formes et les mêmes clichés sexistes occidentaux de consumérisme les valeurs puritaines religieuses,  pour les inscrire dans les stéréotypes comportementaux rétrogrades, compatible avec les critères religieux les plus étroits et les plus puérilement superstitieux, mais glamour, à destination de nouvelles catégories en mal d’intégration et de reconnaissance.

    Prescriptions de consommation (vêtements, aliments) finissent toujours, organisées par effets de conformismes de masse, par grossir les dividendes des grands groupes financiers ainsi que des groupements religieux les plus fanatiques (salafistes, frères musulmans) qui contrôlent les « certifications » du Hallal, comme le documente bien la chercheuse Florence Bergeaud :  http://www.seuil.com/ouvrage/le-marche-halal-ou-l-invention-d-une-tradition-florence-bergeaud-blackler/9782021341614 .

    Malgré l’opposition artificiellement entretenue entre occident et monde musulman (voir ici les excellents livres de George Corm, Historien et économiste Libanais,  par exemple "La nouvelle question d'Orient"  https://journals.openedition.org/lectures/23059 ), les mêmes préjugés sexistes s’attaquent de manière tout à fait obsessionnelle, ici comme là, aux droits des femmes, à leur corps, leur vie, leur liberté.

    https://www.francetvinfo.fr/monde/usa/etats-unis-le-missouri-nouvel-etat-a-adopter-une-loi-restrictive-sur-l-avortement_3448323.html

    https://www.francetvinfo.fr/monde/afrique/algerie/algerie-des-femmes-en-campagne-contre-le-port-du-voile_3191905.html

     

    Et cela prouve que traditionnalisme, capitalisme, religion, patriarcat, masculinisme, du nord au sud et de l’est à l’ouest,  participent du même combat acharné contre les femmes et les minorités, contre l’intelligence, le respect de l’autre et la possibilité même d’une égalité entre tous, de principe, de droit et de fait. La domination masculine est la mère de toutes les dominations capitalistes.  

    https://www.francetvinfo.fr/societe/droits-des-femmes/injures-violences-stereotypes-quatre-chiffres-qui-montrent-l-ampleur-du-sexisme-en-france_3149541.html

     

    La culture n’échappe pas à ces emprises réactionnaires, en tant qu’elle participe d’un marché et s’inscrit dans des contextes dans lesquels elle peut jouer un rôle décisif de conditionnement de générations de cerveaux humains. Le rôle d'influents réactionnaires dans la vie et la carrière du dessinateur Hergé, dont les albums, brillants par ailleurs, véhiculent dans la plus tendre jeunesse une idéologie tenace agressivement réactionnaire, est ici éclairé :

    https://www.francetvinfo.fr/culture/bd/collabo-businessman-et-entremetteur-l-abbe-wallez-le-sulfureux-second-pere-detintin_3128051.html

     

    Mais elle participe aussi du détournement de l'attention par rapport aux enjeux cruciaux de la survie sur terre, ceci sans doute parce que ces super riches qui s'enorgueillissent d' "aimer l'art", se préparent en même temps qu'ils s'ennivrent de sensations subtiles et conduites par des grands artistes qui travaillent comme des parfumeurs de génie, à tenter de survivre à l'extinction programmée de l'humanité ou d'une partie (pauvre) de celle-ci, par des îles achetées  aménagées à coup de dizaines de millions et plus tard des fuites interstellaires privées.

     https://www.fondationlouisvuitton.fr/fr/expositions/hors-les-murs/philippe-parreno-marilyn.html

      

     

     

    Que dire ?

     

    Joël Auxenfans. Où se trouve. Peinture affiche. 2019.

     

    Pourtant, d’où que l’on vienne et où que l’on se tienne, il y a tant à faire ensemble pour sauver d’urgence ce qui reste de vie sur la terre, et pour passer des beaux moments paratagés, que c’est une chose lamentable de voir autant de dévoiements des consciences, stériles, violents, imbéciles, fallacieux. Heureusement que partout se lèvent des créations, des actions, positives, critiques et productrices d’un monde qui sauve l’avenir.

    https://www.francetvinfo.fr/sante/environnement-et-sante/tribune-la-republique-des-pollueurs-doit-etre-paralysee-des-ong-appellent-a-la-desobeissance-civile-pour-le-climat_3274159.html

    https://www.demain-lefilm.com  

    https://jardinage.lemonde.fr/article-208-interview-christine-aubry-specialiste-agriculture-urbaine.html

    https://tval.valdemarne.fr/un-composteur-electromecanique-a-cherioux-video-4899.html

     

     Ce très beau texte de Jean-Pierre Vernant situe bien en quoi l'enjeu spatial, dans la ville comme dans la campagne, détermine bien l'enjeu de société, en quoi dessiner l'espace se fait par la politique et réciproquement.

    «  Vers le VIIIème siècle, avec l’avènement de la Cité-État, de la polis, tout change. L’espace urbain ne gravite pas autour d’une citadelle royale qui le domine, il est centré autour de l’agora, qui, plus encore que le marché où s’échangent les produits, est par excellence le lieu où circule librement la parole entre partenaires égaux. Le miracle grec (qui n’en est pas un) : un groupe humain se propose de dépersonnaliser le pouvoir souverain, de la mettre dans une situation telle que personne ne puisse l’exercer seul, à sa guise. Et pour qu’il soit impossible de s’approprier le pouvoir, on le « dépose au centre ». Pourquoi ? Parce que, pour une communauté d’individus qui se considèrent tous, sur le plan politique, en tant que citoyens d’une même cité, comme « semblables » et « égaux », le centre incarne, à équidistance de chacun, un espace commun à tous, non appropriable, public, ouvert aux yeux de tous, socialement contrôlé, où l’avis de chacun, librement exprimé par la parole au cours d’un débat général, est mis à la disposition de tous. Déposer le kratos, le pouvoir de domination, dans le lieu pensé comme central, dont les membres de la cité sont à égale distance, ce n’est pas seulement le dépersonnaliser, mais le neutraliser, le désacraliser en quelque sorte pour en faire l’enjeu d’une discussion ouverte, d’une approche critique : une communauté entend régler elle-même, souverainement parce que sans souverain, par la discussion publique argumentée, toutes les questions d’intérêt général. Ce qui implique qu’à côté de ce « commun », de ce « public », il va y avoir des affaires privées. (…) »

    Jean-Pierre Vernant, « La traversée des frontières » Points Essais 2004 p.159

    Aujourd’hui, 2700 ans après les grecs, il nous faut penser que la ville et le jardin sont une seule et même chose, une continuité politique et civique, dans laquelle le dessin, l’art, la création ont un rôle central à jouer pour inventer des nouvelles manières de trouver belle la vie en compatibilité avec la continuation de celle-ci sur la Terre.

    Il y a tant à faire !!

     

     

    Que dire ?

    Joël Auxenfans. "Les haies". Projet de verger-poulailler bio sur 6h dans la Beauce. Ce projet avec d'autres a reçu le soutien de la Région Centre-Val de Loire, dans le cadre du programme "500 ans de la Renaissance et de la mort de Léonard de Vinci".

     

     


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    Les projets d’artistes

    Joël Auxenfans. Porcelaine. Peinture affiche. 2018.

     

    Les projets d’artistes n’ont pas la prétention de remplacer à eux seuls tout ce qui se fait par ailleurs. Mais ils sont une forme de réponse et d’annonce faite à leur époque et vers l’époque qui suit, une contribution libre et pour cela peut-être, utile.

     

    Les projets d’artistes

     

    Sonia Delaunay. Peinture abstraite. Début vingtième siècle.

     

    Lorsque Sonia Delaunay, artiste française venue d’Ukraine, a créé un langage plastique abstrait dès les années vingt et des vêtements à partir de ses découvertes plastiques, elle contribue à faire évoluer les mentalités sur la représentation du corps, le statut des femmes, la liberté de création …

     

    Les projets d’artistes

     

    Sonia Delaunay. Création de costumes de bain. Début vingtième siècle.

     

     

    Avec le Cinéma devenu une industrie soucieuse de retours juteux sur investissement, on touche à l’extrême opposé. C’est-à-dire à l’esclavage dans lequel se placent les intervenants sur toute la chaîne de production, du casting à l’affiche de film. C’est expliqué ici mieux que je ne le ferais: https://www.francetvinfo.fr/culture/cinema/vous-avez-l-impression-que-toutes-les-affiches-de-films-se-ressemblent-c-est-normal-elles-sont-faites-pour-ca_3045267.html

    Cette explication vaut aussi pour le résultat calamiteux de l’impact du marketing et de l'arrivisme politique sur l’affiche. Les partis politiques misent tellement sur les moindres détails de la campagne médiatique pour (croire) gagner des voix, qu’ils considèrent l’affiche comme leur « chose », empêchant toute création libre. Que ce soit le cas pour un dictateur semblerait normal. Cela le semble moins pour des partis qui se prétendent engagés dans un projet d’émancipation sociale.

     

    Les projets d’artistes

    Auteur inconnu. Affiche de Ian Brossat 2018.

    Imperméabilité à l'idée de création libre, immobilisme et confiscation de l'expression publique.

     

    C’est flagrant avec l’affiche du Parti Communiste pour la campagne des européennes de 2019. Ian Brossat y pose avec exactement la même rhétorique qu’un jeune chef de Komsomol : le regard magnanime fixant le lointain prometteur de grandes réformes et de progrès social, accompagné d’un lettrage de club de foot de seconde division ou encore pour un cirque ;  quelquechose d’inconcevable après que l’histoire moderne soit passée par là.

    Cette histoire et son enseignement semblent ruisseler sur ce cadre du PCF comme sur une cuirasse. Celle d’un « héros du Potemkine » sans doute. Ce qui est triste vient de ce que la personne de Ian Brossat est sans doute engagée sincèrement dans des luttes et solidarités sociales, un combat juste. Mais cette action s’inscrit dans un esprit de chapelle, un esprit au service du Parti et par conséquent une volonté de contrôle de la forme du message ; donc un besoin de juguler la liberté de création des images par ceux qui sont pourtant formés pour les créer, et cela donne ce type de propagande avortée, financée pour sans cesse se reconduire dans ses échecs stériles.

    Edouard Louis, ici interviewé à Médiapart, https://www.youtube.com/watch?v=he6CWAHa278 expose bien le rôle qu’il assigne à la création littéraire, et à la forme que doit prendre l’écriture pour que le message de l’écrivain « oblige la bourgeoisie à ne pas détourner l’attention ». J’admire beaucoup ce type de projet littéraire. Et il faut lire « Qui a tué mon père », un excellent roman.

     

    Les projets d’artistes

    Joël Auxenfans. Marianne battue. Peinture affiche. 2018.

     

    C’est, à ma façon, ce que je vise par les peintures affiches. Peindre une image  à plusieurs interprétations possibles et ne pas mettre de slogan univoque produit un effet différent de celui produit par une propagande au ras des paquerettes. La lourdeur et l’absence de sensibilité ne paient pas. Et de fait, il n’y a pas d’affiche plus invisibles et plus insipides que celles du PCF actuellement et depuis plus de 25 ans.

    Si un écrivain cherche la forme de ses écrits, ce n’est pas pour se contenter d’une esthétique abstraite et éthérée, raccoleuse. C’est au contraire que ses mots atteignent à une esthétique parce qu’ils sont portés par une visée expressive déterminée par une critique.

     

     

    Les projets d’artistes

    Joël Auxenfans. Voilée dévoilée. Peinture affiche. 2018.

     

    Si l’on produit une affiche en tant qu’artiste, cela veut dire que l’on suppose l’affiche porteuse d’une équation qui équillibre la forme et le sens. Une formule, qui comprend aussi la liberté, l’intuition, le risque de se tromper, la sensibilité, bref l’incarnation d’une vraie vie humaine qui s’exprime toute entière à travers ce médium.

    Ce n’est pas là une chose dont une société de production de cinéma ou un chef de parti peuvent avoir même idée, ou bien qu'il préfèrent tenir à l'écart. C’est pourquoi, dans ce contexte de surdité généralisée et de pouvoir confisqué, il faut persévérer dans la création malgré tout de peintures affiches différentes, résistantes, même si elles ne rencontrent qu’un public limité. Cette résolution, qui a tout d’une escalade d’engagement un peu puérile, me semble néanmoins quelque chose de nécessaire à poursuivre artistiquement et politiquement.

    Un excellent film « Leto » (2018) de Kirill Serebrennikov, montre une chose similaire. En faisant un récit filmique d’une remarquable invention sur le jeune Viktor Tsoi et la culture rock underground de Léningrad au début des années 1980, ce film montre la nécessité qui poussait ces jeunes soviétiques à exister au delà du « soviétisme ».

    Et cela pourrait être valable pour aujourd’hui chercher à sortir du carcant de la Religion industrielle (Pierre Musso) par laquelle toute la société productiviste et consumériste mondialisée s’exaspère et se désespère dans une imbécillité généralisée et destructrice.

     

    Les projets d’artistes

     

    Joël Auxenfans. Affiche de la Table ronde "Autour des haies de Joël Auxenfans" à l'ENSA TALM du Mans. 2018.

     

    « Les haies » abordent par un autre versant la problématique des peintures affiches. En accompagnant des agriculteurs bio ou des collectivités, institutions ou associations qui veulent planter des haies, le projet incorpore une dimension esthétique, historique et philosophique à des plantations le long des champs ou à des bois dessinés.

     

    Les projets d’artistes

    Joël Auxenfans. "Les haies". Projet pour une ferme bio en Beauce. Longueur totale des plantations projetées : 2000 m. 2018.

     

    C’est par ces haies que le travail et la responsabilité des bio sont mis en lumière dans le paysage, dans le débat public, et deviennent un objet politique. Ces deux faces se rejoignent en ce que l’art y est chaque fois la colle qui réunit plusieurs constituants pour une forme active.

    De prochains rendez-vous permettront peut-être d’avancer encore sur ces deux versants "des formes politiques". À suivre !

     

     

     

     


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    Coucou !... Qu'est-ce que regarder ?

     

    Joël Auxenfans. Collage dans la ville. 2018.

    En ces temps où l’artiste se voit presque assigné de se tenir comme ces dames au bal qui font tapisserie, est-il possible de faire exister une relation artistique avec le public qui soit à elle-même à la fois son accomplissement et sa propre médiation ? Cette question pourrait être posée à l’occasion du Multiple Art Days qui s’est tenu à la Monnaie de Paris. Un bel ensemble d’œuvres d’éditions contemporaines se trouve rassemblé, dans un mélange d’intimité et de créativité débridée, quelque chose de sain, vivace, international, stimulant…

    Mais le souci réside dans le relatif entre-soi qui règne, c’est-à-dire qu’il est difficile de voir à l’œuvre une relation aux publics non triés. Peut-être est-ce la condition d’un travail sérieux, comme pour un colloque de chercheurs en sciences, qui ont besoin, à un moment précis, de croiser leurs arguments plutôt que de diffuser leur savoir à des gens ignorant tout de leur champ disciplinaire. Il faut laisser un temps à chaque type de travail, recherche, enseignement, confrontation, etc.

    Pour ma part, j’ai opté pour une action à l’extérieur de MAD. D’abord parce que je n’avais pas pu être invité à y participer à l’intérieur, et cela sans ressentiment. Mais aussi parce que, par ce geste, je souhaitais signifier que c’est aussi au dehors des hauts murs qu’il me semble intéressant pour un artiste contemporain de se trouver, pour tester la relation visuelle de son travail artistique aux publics tout venant.

    Ce qui fait que l’œuvre dans l’espace public est d’emblée plus politique que l’œuvre confinée dans les expositions spécialisées ou les collections privées. Disons que l’œuvre collectionnée ou présentée comme un potentiel objet de collection figure dans une stratégie de valorisation, de singularisation qui caractérise la collection, comme l’expliquent très bien Luc Boltanski et Arnaud Esquerre, dans leur livre « Enrichissement, une critique de la marchandise », paru chez Gallimard en 2017.

    Et cette stratégie a des conséquences, il me semble, sur la visée et l’adresse de la création de l’artiste. Celui-ci, pour exister parmi les autres artistes en concurrence avec lui sur le marché de l’acquisition et de la collection, crée quelque chose à l’adresse d’un public précis, celui de ses potentiels acheteurs. Et je pense que cela influe sur le contenu et la forme des créations de l’artiste

    Je ne prétends pas du tout qu’existe un artiste pur qui ne serait influencé par rien, par aucune tactique de conformisation au désir de l’autre à des fins de survie ou pour conforter une position. Mais cette tentation de conformisation peut être, disons, objet d’une identification et peut-être d’une résistance, d’une émancipation, ou pour le moins d’un travail. Peut-être est-ce là d’ailleurs une partie de ce qui alimente le travail créatif intéressant des artistes présentés à MAD.

    Il s’y trouve cette tension entre la conformisation à la demande des commanditaires ou acquéreurs potentiels et la liberté acquise par l’artiste, que Michael Baxandall, dans son livre « L’œil du quattroccento, l’usage de la peinture dans l’Italie de la Renaissance » (Gallimard 1985), décrit, en montrant les protocoles minutieux qui lient l’artiste à celui qui commande l’œuvre, mais aussi les écarts de l’artiste, nécessairement subtils, mais parfois décisifs.

    L’artiste a dans sa responsabilité de pouvoir choisir de ne pas seulement se ranger parmi d’autres artistes pour se faire repérer et apprécier dans un lieu privilégié de sélection. Il peut aussi choisir le terrain sur lequel il s’expose, pour ré ouvrir une relation moins professionnelle mais plus humainement universelle.

    Évidemment, il y a là un risque de dissoudre la distance nécessaire à la manifestation de la singularité artistique parmi le caractère prosaïque des regards du quotidiens. Mais c’est aussi il me semble au sein même de ces regards du quotidien, immergé dans ce magma plus ou moins sympathique, plus ou moins toxique, que le travail artistique peut espérer créer un étonnement, une estime, venant de personnes qui ne s’attendaient pas à rencontrer de l’art ainsi sur leur chemin. Ce qui n’est pas le cas des visiteurs de MAD, et ce n’est certes pas une critique offensante à leur encontre.

    Car le public de MAD vient pour voir de l’art ; il vient même dans un cadre autrement attendu de ce point de vue. Il sait à l’avance, et il connaît les œuvres, les artistes, les éditeurs qu’il est susceptible de trouver. Il se rend là dans ce but. Il est professionnel, et même lorsqu’il ne l’est pas, il l’est plus ou moins, de part sa position socio culturelle.

    Un habitant ou un passant qui se promène ou rentre chez lui, un touriste qui déambule dans la rue, ne vient pas chercher de l’art contemporain. C’est là un test. Va-t-il rencontrer quelque chose qui va le surprendre et qu’il va en même temps identifier comme relevant de l’artistique ? Là est pour moi la question à son stade le plus fort.   

    Cette expérience, présenter mon travail artistique dans des conditions qui ne prédéterminent pas au départ le spectateur à s’attendre à voir de l’art contemporain, je la pratique depuis 2011 de manière un peu sauvage, dans les manifestations de rue, à la fête de l’Humanité, par des collages ou des distributions en pleine ville. Cela permet de rencontrer des situations nouvelles, en tout cas différentes de celles que l’on peut espérer produire au sein de forums, expositions, salons spécialisés. Cela permet parfois de mesurer des réactions de surprise dans leur état le plus « vierge », le moins conditionné par une culture de milieu, de « champ » dirait Pierre Bourdieu.

    Évidemment, il y a dans cette aspiration à échapper au vase clos du monde artistique, un romantisme dont il faut se prémunir : croire que l’on peut trouver ou créer des conditions de virginité culturelle d’un public non trié, non spécifiquement préparé à voir de l’art contemporain, et surtout croire que cela puisse être un critère supérieur de validation artistique, comparativement aux lieux institutionnellement établis.

    Preuve que je n’oppose pas les deux et espère plutôt obtenir les grâces des deux types de millieux, j’ai affiché mes affiches sur des boites de bouquinistes situées en face d’une entrée de MAD, de l’autre côté de la voie de circulation assez passante du quai Conti.

    J’ai pu constater que ces conditions, même sans être idéales, en particulier parce qu’elle maintiennent une séparation presque totalement étanche entre les publics ordinaires qui marchent le long des bouquinistes et le public très affuté de MAD qui reste lui de l’autre côté –  côté « Monnaie » –,  pouvaient générer des relations de regard que je qualifierais d’authentiques, c’est-à-dire d’effectivement opérantes hors des prérequis attendus dans le milieu ambiant de l’art confirmé.

     

    Coucou !... Qu'est-ce que regarder ?

    Joël Auxenfans. Affichage à l'occasion de MAD. 2018. 

     

    J’ai pu remarquer plus d’étonnement, plus de sourire, plus d’amusement et au final plus de spiritualité peut-être de la part des passants du quai, jeunes ou vieux, envers mes affiches (plutôt que les objets d’édition habituels des bouquinistes), que je n’en ai remarqué dans le public de MAD à l’égard des œuvres présentées. Il y a certainement une vanité un peu puérile à vouloir comparer ce qui ne devrait peut-être pas l’être car les milieux sont différents, les œuvres aussi, les conditions de présentations aussi, etc…  

    Mais j’aime beaucoup cette phrase de Michelangelo Pistoletto dans son livre avec Edgard Morin « Impliquons-nous, dialogue pour un siècle » (Acte sud 2016) : « L’art est plus spirituel que la religion dans la mesure où il ne dogmatise pas. ».

    J’aime cette idée en ce qu’elle nous montre que le mérite spécifique de l’art, préférentiellement à la religion, peut résider dans sa faculté à ne pas dogmatiser, à condition que soit activée cette résistance à la dogmatisation. Et c’est en cela que mon action en dehors de Mad, comme « en dehors » en général  (aussi bien que au dedans parfois ) des institutionnalisations de l’art, me paraît un terrain à creuser. D’autres avant moi ou en même temps que moi ont creusé ou creusent aussi cette question.

    Coucou !... Qu'est-ce que regarder ?

     

    Joël Auxenfans. Affichage à l'occasion de MAD. 2018. 

     

    Coucou !... Qu'est-ce que regarder ?

     

    Joël Auxenfans. Affichage à l'occasion de MAD. 2018. 

     

    Coucou !... Qu'est-ce que regarder ?

     

    Joël Auxenfans. Affichage à l'occasion de MAD. 2018. 

     

     

    Coucou !... Qu'est-ce que regarder ?

     

    Joël Auxenfans. Affichage à l'occasion de MAD. 2018.  

     

    Coucou !... Qu'est-ce que regarder ?

     

    Joël Auxenfans. Affichage à l'occasion de MAD. 2018.  

    Coucou !... Qu'est-ce que regarder ?

     

     

    Joël Auxenfans. Affichage à l'occasion de MAD. 2018.  

     

    Ces expériences me semblent faire partie de la preuve du travail au même titre que le travail plastique lui-même. Elles font corps avec lui parce qu’elles sont partie prenante dans le résultat escompté. Et cela interroge le regard : que voit-on, et que regarde-t-on ?

    Faut-il être préparé à voir, savoir que l’on va voir, que l’on est susceptible de voir, pour voir vraiment quelque chose qui nous apporte une rencontre ? Faut-il que la rencontre soit une confirmation de ce que l’on sait et de ce que l’on s’attend de rencontrer pour que cela soit valide ? Faut-il que l’écart rencontré entre nos attentes et la vision soit juste celle qui fait frémir l’attendu pour que l’émotion vienne ? Ou faut-il que cela soit inattendu, que l’on ne pouvait prévoir voir cela pour que l’on puisse considérer qu’on a eu une « vision » au sens de surprise ?

     

    Coucou !... Qu'est-ce que regarder ?

     

    Joël Auxenfans. Affichage à l'occasion de MAD. 2018.  

    Coucou !... Qu'est-ce que regarder ?

     

    Joël Auxenfans. Affichage à l'occasion de MAD. 2018.  

    Coucou !... Qu'est-ce que regarder ?

     

    Joël Auxenfans. Affichage à l'occasion de MAD. 2018.

     

    Coucou !... Qu'est-ce que regarder ?

     

     

    Joël Auxenfans. Affichage à l'occasion de MAD. 2018.  

     

     

    Coucou !... Qu'est-ce que regarder ?

     

    Joël Auxenfans. Affichage à l'occasion de MAD. 2018.  

    Coucou !... Qu'est-ce que regarder ?

     

    Joël Auxenfans. Affichage à l'occasion de MAD. 2018.  

    Coucou !... Qu'est-ce que regarder ?

     

    Joël Auxenfans. Affichage à l'occasion de MAD. 2018.  

     

    Ma question porte sur la prédictibilité de l’intensité de l’écart. Entre un amateur « assez blasé » de l’art contemporain, pour qui presque tout est déjà familier, et qui évolue entre ces stands, ces artistes, ces œuvres comme entre les plantations de son jardin, et un passant qui se trouve confronté à voir quelque chose qu’il ne s’attendait pas du tout à voir là, quel est celui qui va aimer et sentir le plus fortement ? Et pour lequel des deux ai-je  une préférence à plaire ? Ma réponse d’artiste avide de reconnaissance est évidemment : « Les deux » !

    Et les deux ont leurs défauts. Les passants sont distraits et ne regardent pratiquement rien ; ils ne tournent pas leurs yeux hors de leur axe, et ils sont pas si fréquents ceux qui daignent se tourner vers les choses situées à côté d’eux. Ou bien ils sont dans un état d’abrutissement esthétique que l’étonnement ne peut venir chez certains que de choses prodigieusement grossières, minimum requis pour les voir s’extasier authentiquement. Mais les connoisseurs, eux, sont dans leur Smartphone pour leurs contacts, leurs rendez-vous, leurs soucis professionnels. Ils ne regardent souvent pas au delà de leur intérêt professionnel étroit. Il ne repèrent pas ce qui sort du cadre de leurs préoccupations. Ils ne voient pas, ils ne regardent pas.

    Pourtant, parmi ces extrêmes, il y a des situations vivantes, des regards, des rencontres sensibles que je crois justifiées, de part et d’autre : de mon côté et de celui du spectateur. Quel qu'il soit. 

    Coucou !... Qu'est-ce que regarder ?

     

    Joël Auxenfans. Affichage à l'occasion de MAD. 2018.   

     

     

     


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