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    Coucou !... Qu'est-ce que regarder ?

     

    Joël Auxenfans. Collage dans la ville. 2018.

    En ces temps où l’artiste se voit presque assigné de se tenir comme ces dames au bal qui font tapisserie, est-il possible de faire exister une relation artistique avec le public qui soit à elle-même à la fois son accomplissement et sa propre médiation ? Cette question pourrait être posée à l’occasion du Multiple Art Days qui s’est tenu à la Monnaie de Paris. Un bel ensemble d’œuvres d’éditions contemporaines se trouve rassemblé, dans un mélange d’intimité et de créativité débridée, quelque chose de sain, vivace, international, stimulant…

    Mais le souci réside dans le relatif entre-soi qui règne, c’est-à-dire qu’il est difficile de voir à l’œuvre une relation aux publics non triés. Peut-être est-ce la condition d’un travail sérieux, comme pour un colloque de chercheurs en sciences, qui ont besoin, à un moment précis, de croiser leurs arguments plutôt que de diffuser leur savoir à des gens ignorant tout de leur champ disciplinaire. Il faut laisser un temps à chaque type de travail, recherche, enseignement, confrontation, etc.

    Pour ma part, j’ai opté pour une action à l’extérieur de MAD. D’abord parce que je n’avais pas pu être invité à y participer à l’intérieur, et cela sans ressentiment. Mais aussi parce que, par ce geste, je souhaitais signifier que c’est aussi au dehors des hauts murs qu’il me semble intéressant pour un artiste contemporain de se trouver, pour tester la relation visuelle de son travail artistique aux publics tout venant.

    Ce qui fait que l’œuvre dans l’espace public est d’emblée plus politique que l’œuvre confinée dans les expositions spécialisées ou les collections privées. Disons que l’œuvre collectionnée ou présentée comme un potentiel objet de collection figure dans une stratégie de valorisation, de singularisation qui caractérise la collection, comme l’expliquent très bien Luc Boltanski et Arnaud Esquerre, dans leur livre « Enrichissement, une critique de la marchandise », paru chez Gallimard en 2017.

    Et cette stratégie a des conséquences, il me semble, sur la visée et l’adresse de la création de l’artiste. Celui-ci, pour exister parmi les autres artistes en concurrence avec lui sur le marché de l’acquisition et de la collection, crée quelque chose à l’adresse d’un public précis, celui de ses potentiels acheteurs. Et je pense que cela influe sur le contenu et la forme des créations de l’artiste

    Je ne prétends pas du tout qu’existe un artiste pur qui ne serait influencé par rien, par aucune tactique de conformisation au désir de l’autre à des fins de survie ou pour conforter une position. Mais cette tentation de conformisation peut être, disons, objet d’une identification et peut-être d’une résistance, d’une émancipation, ou pour le moins d’un travail. Peut-être est-ce là d’ailleurs une partie de ce qui alimente le travail créatif intéressant des artistes présentés à MAD.

    Il s’y trouve cette tension entre la conformisation à la demande des commanditaires ou acquéreurs potentiels et la liberté acquise par l’artiste, que Michael Baxandall, dans son livre « L’œil du quattroccento, l’usage de la peinture dans l’Italie de la Renaissance » (Gallimard 1985), décrit, en montrant les protocoles minutieux qui lient l’artiste à celui qui commande l’œuvre, mais aussi les écarts de l’artiste, nécessairement subtils, mais parfois décisifs.

    L’artiste a dans sa responsabilité de pouvoir choisir de ne pas seulement se ranger parmi d’autres artistes pour se faire repérer et apprécier dans un lieu privilégié de sélection. Il peut aussi choisir le terrain sur lequel il s’expose, pour ré ouvrir une relation moins professionnelle mais plus humainement universelle.

    Évidemment, il y a là un risque de dissoudre la distance nécessaire à la manifestation de la singularité artistique parmi le caractère prosaïque des regards du quotidiens. Mais c’est aussi il me semble au sein même de ces regards du quotidien, immergé dans ce magma plus ou moins sympathique, plus ou moins toxique, que le travail artistique peut espérer créer un étonnement, une estime, venant de personnes qui ne s’attendaient pas à rencontrer de l’art ainsi sur leur chemin. Ce qui n’est pas le cas des visiteurs de MAD, et ce n’est certes pas une critique offensante à leur encontre.

    Car le public de MAD vient pour voir de l’art ; il vient même dans un cadre autrement attendu de ce point de vue. Il sait à l’avance, et il connaît les œuvres, les artistes, les éditeurs qu’il est susceptible de trouver. Il se rend là dans ce but. Il est professionnel, et même lorsqu’il ne l’est pas, il l’est plus ou moins, de part sa position socio culturelle.

    Un habitant ou un passant qui se promène ou rentre chez lui, un touriste qui déambule dans la rue, ne vient pas chercher de l’art contemporain. C’est là un test. Va-t-il rencontrer quelque chose qui va le surprendre et qu’il va en même temps identifier comme relevant de l’artistique ? Là est pour moi la question à son stade le plus fort.   

    Cette expérience, présenter mon travail artistique dans des conditions qui ne prédéterminent pas au départ le spectateur à s’attendre à voir de l’art contemporain, je la pratique depuis 2011 de manière un peu sauvage, dans les manifestations de rue, à la fête de l’Humanité, par des collages ou des distributions en pleine ville. Cela permet de rencontrer des situations nouvelles, en tout cas différentes de celles que l’on peut espérer produire au sein de forums, expositions, salons spécialisés. Cela permet parfois de mesurer des réactions de surprise dans leur état le plus « vierge », le moins conditionné par une culture de milieu, de « champ » dirait Pierre Bourdieu.

    Évidemment, il y a dans cette aspiration à échapper au vase clos du monde artistique, un romantisme dont il faut se prémunir : croire que l’on peut trouver ou créer des conditions de virginité culturelle d’un public non trié, non spécifiquement préparé à voir de l’art contemporain, et surtout croire que cela puisse être un critère supérieur de validation artistique, comparativement aux lieux institutionnellement établis.

    Preuve que je n’oppose pas les deux et espère plutôt obtenir les grâces des deux types de millieux, j’ai affiché mes affiches sur des boites de bouquinistes situées en face d’une entrée de MAD, de l’autre côté de la voie de circulation assez passante du quai Conti.

    J’ai pu constater que ces conditions, même sans être idéales, en particulier parce qu’elle maintiennent une séparation presque totalement étanche entre les publics ordinaires qui marchent le long des bouquinistes et le public très affuté de MAD qui reste lui de l’autre côté –  côté « Monnaie » –,  pouvaient générer des relations de regard que je qualifierais d’authentiques, c’est-à-dire d’effectivement opérantes hors des prérequis attendus dans le milieu ambiant de l’art confirmé.

     

    Coucou !... Qu'est-ce que regarder ?

    Joël Auxenfans. Affichage à l'occasion de MAD. 2018. 

     

    J’ai pu remarquer plus d’étonnement, plus de sourire, plus d’amusement et au final plus de spiritualité peut-être de la part des passants du quai, jeunes ou vieux, envers mes affiches (plutôt que les objets d’édition habituels des bouquinistes), que je n’en ai remarqué dans le public de MAD à l’égard des œuvres présentées. Il y a certainement une vanité un peu puérile à vouloir comparer ce qui ne devrait peut-être pas l’être car les milieux sont différents, les œuvres aussi, les conditions de présentations aussi, etc…  

    Mais j’aime beaucoup cette phrase de Michelangelo Pistoletto dans son livre avec Edgard Morin « Impliquons-nous, dialogue pour un siècle » (Acte sud 2016) : « L’art est plus spirituel que la religion dans la mesure où il ne dogmatise pas. ».

    J’aime cette idée en ce qu’elle nous montre que le mérite spécifique de l’art, préférentiellement à la religion, peut résider dans sa faculté à ne pas dogmatiser, à condition que soit activée cette résistance à la dogmatisation. Et c’est en cela que mon action en dehors de Mad, comme « en dehors » en général  (aussi bien que au dedans parfois ) des institutionnalisations de l’art, me paraît un terrain à creuser. D’autres avant moi ou en même temps que moi ont creusé ou creusent aussi cette question.

    Coucou !... Qu'est-ce que regarder ?

     

    Joël Auxenfans. Affichage à l'occasion de MAD. 2018. 

     

    Coucou !... Qu'est-ce que regarder ?

     

    Joël Auxenfans. Affichage à l'occasion de MAD. 2018. 

     

    Coucou !... Qu'est-ce que regarder ?

     

    Joël Auxenfans. Affichage à l'occasion de MAD. 2018. 

     

     

    Coucou !... Qu'est-ce que regarder ?

     

    Joël Auxenfans. Affichage à l'occasion de MAD. 2018.  

     

    Coucou !... Qu'est-ce que regarder ?

     

    Joël Auxenfans. Affichage à l'occasion de MAD. 2018.  

    Coucou !... Qu'est-ce que regarder ?

     

     

    Joël Auxenfans. Affichage à l'occasion de MAD. 2018.  

     

    Ces expériences me semblent faire partie de la preuve du travail au même titre que le travail plastique lui-même. Elles font corps avec lui parce qu’elles sont partie prenante dans le résultat escompté. Et cela interroge le regard : que voit-on, et que regarde-t-on ?

    Faut-il être préparé à voir, savoir que l’on va voir, que l’on est susceptible de voir, pour voir vraiment quelque chose qui nous apporte une rencontre ? Faut-il que la rencontre soit une confirmation de ce que l’on sait et de ce que l’on s’attend de rencontrer pour que cela soit valide ? Faut-il que l’écart rencontré entre nos attentes et la vision soit juste celle qui fait frémir l’attendu pour que l’émotion vienne ? Ou faut-il que cela soit inattendu, que l’on ne pouvait prévoir voir cela pour que l’on puisse considérer qu’on a eu une « vision » au sens de surprise ?

     

    Coucou !... Qu'est-ce que regarder ?

     

    Joël Auxenfans. Affichage à l'occasion de MAD. 2018.  

    Coucou !... Qu'est-ce que regarder ?

     

    Joël Auxenfans. Affichage à l'occasion de MAD. 2018.  

    Coucou !... Qu'est-ce que regarder ?

     

    Joël Auxenfans. Affichage à l'occasion de MAD. 2018.

     

    Coucou !... Qu'est-ce que regarder ?

     

     

    Joël Auxenfans. Affichage à l'occasion de MAD. 2018.  

     

     

    Coucou !... Qu'est-ce que regarder ?

     

    Joël Auxenfans. Affichage à l'occasion de MAD. 2018.  

    Coucou !... Qu'est-ce que regarder ?

     

    Joël Auxenfans. Affichage à l'occasion de MAD. 2018.  

    Coucou !... Qu'est-ce que regarder ?

     

    Joël Auxenfans. Affichage à l'occasion de MAD. 2018.  

     

    Ma question porte sur la prédictibilité de l’intensité de l’écart. Entre un amateur « assez blasé » de l’art contemporain, pour qui presque tout est déjà familier, et qui évolue entre ces stands, ces artistes, ces œuvres comme entre les plantations de son jardin, et un passant qui se trouve confronté à voir quelque chose qu’il ne s’attendait pas du tout à voir là, quel est celui qui va aimer et sentir le plus fortement ? Et pour lequel des deux ai-je  une préférence à plaire ? Ma réponse d’artiste avide de reconnaissance est évidemment : « Les deux » !

    Et les deux ont leurs défauts. Les passants sont distraits et ne regardent pratiquement rien ; ils ne tournent pas leurs yeux hors de leur axe, et ils sont pas si fréquents ceux qui daignent se tourner vers les choses situées à côté d’eux. Ou bien ils sont dans un état d’abrutissement esthétique que l’étonnement ne peut venir chez certains que de choses prodigieusement grossières, minimum requis pour les voir s’extasier authentiquement. Mais les connoisseurs, eux, sont dans leur Smartphone pour leurs contacts, leurs rendez-vous, leurs soucis professionnels. Ils ne regardent souvent pas au delà de leur intérêt professionnel étroit. Il ne repèrent pas ce qui sort du cadre de leurs préoccupations. Ils ne voient pas, ils ne regardent pas.

    Pourtant, parmi ces extrêmes, il y a des situations vivantes, des regards, des rencontres sensibles que je crois justifiées, de part et d’autre : de mon côté et de celui du spectateur. Quel qu'il soit. 

    Coucou !... Qu'est-ce que regarder ?

     

    Joël Auxenfans. Affichage à l'occasion de MAD. 2018.   

     

     

     


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    Manipulation

    Joël Auxenfans. Affiche du film "La banderole" à voir sur vimeo  https://vimeo.com/276635327 

    MOT DE PASSE : banderole

     

    On discerne désormais, les limbes électoralistes une fois dissipées, combien les stratégies d’enfumage médiatique et de mystification de l’opinion ont joué à plein pour l’élection présidentielle

    https://www.ouest-france.fr/elections/presidentielle/macron-au-louvre-un-rite-initiatique-indispensable-selon-serge-moati-4977714

    https://www.francetvinfo.fr/politique/emmanuel-macron/arnaud-jolens-un-metteur-en-scene-cher-a-emmanuel-macron_2789397.html

    https://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/carriere/entreprendre/aides/emmanuel-macron-une-operation-de-communication-savamment-orchestree_2799941.html ,

    Notre président, continuant dans cette stratégie de manipulation, est à présent adoubé par le pape. On voit bien que la politique est, comme le reste des activités humaines, aux prises avec des critères esthétiques, des formes politiques qui sont aussi le fruit d’un art.

    Soit cet art est instrumentalisé pour maintenir les dominations et sert à manipuler les gens, à les maintenir dans l’inconscience, l’ignorance, les préjugés, l’incapacité à exercer un sens critique. Soit cet art sert à l’émancipation, à la prise de conscience, à la pensée , à l’invention d’un monde choisi.

     

     

    Manipulation

    Joël Auxenfans. Affichage urbain. Juin 2018.

     

     

    Ce clivage est particulièrement perceptible, par exemple, dans le film d’Eisenstein « La Ligne générale » (1929). Le passage du film sur la procession religieuse organisée pour faire pleuvoir expose à un degré intense l’état de soumission dans lequel le prêtre et ses adjoints souhaitent maintenir les paysans. Eisenstein révèle d’ailleurs le stratagème employé par le prêtre, puisqu’il prétend promettre la pluie sur la base de la foi en son Dieu alors qu’il dissimule dans son manteau un baromètre, qui est un instrument scientifique, à l’opposé des supertitions qu’il prétend lui-même publiquement entretenir.

    Donc il ment, et cache la vérité à ses ouailles. Malheureusement pour lui et heureusement pour le peuple des petits paysans pauvres, ceux-ci s’aperçoivent de la supercherie dès lors qu’il ne pleut pas. Et ils se mettent à secouer la poussière de leurs vêtement en se relevant de leur posture prosternée, pour enfin se tenir debout, comme des hommes et non comme des bêtes soumises. La poussière qui est secouée symbolise la poussière des crédulités ancestrales, des traditions sans fondement actuel, des rapports de dominations jamais identifés ni critiqués…

     

    On apprend dans France Info que « L'échange s'est tenu au Vatican et a duré 57 minutes, le plus long entretien jamais accordé par le pape argentin à un chef d'Etat ou de gouvernement » (France Info). https://www.francetvinfo.fr/monde/vatican/pape-francois/direct-suivez-la-premiere-rencontre-entre-emmanuel-macron-et-le-pape-francois-au-vatican_2820631.html

    Avec ce résultat indirect - inédit et scandalleux pour notre république laïque - , que des groupes de pressions catholiques vont pouvoir influencer ouvertement ou de manière occulte la rédaction des lois, sans être considérés comme représentant des intérêts privés. « Le projet de loi « pour un Etat au service d’une société de confiance», qui revient aujourd'hui à l'Assemblée, prévoit la suppression des associations à but cultuel du registre des lobbys. Certains y voient un traitement de faveur » (Libération).

    « En clair : si Aides, l'association de prévention et de lutte contre le Sida, demande plus de moyens au gouvernement pour lutter contre le VIH, c'est un lobby. En revanche, lorsque des institutions religieuses se prononcent contre le mariage pour tous, elles n'en sont pas. » http://www.liberation.fr/france/2018/06/26/les-associations-religieuses-sont-elles-des-lobbys-comme-les-autres_1661770 .

    C’est là un coup bien pervers porté aux droits de femmes, le moment-même où La République En Marche s’active bruyamment à l’Assemblée pour inscrire la parité Femmes-Hommes dans la Constitution. Notre Macron est un peu Pénélope : il défait la nuit ce qu’il prétent faire le jour. Malheureusement pour la population, il défait beaucoup plus vite, en douce ou en force, ce qu’il ne fait que semblant de faire de positif, pour complaire et endormir la vigilance.

     

    Manipulation

     

     Joël Auxenfans. Parution dans la presse Nationale et internationale de l'affiche "Ken". 26 mai 2018.

     

     

    Manipulation

     

    Joël Auxenfans. Parution dans la presse Nationale et internationale de l'affiche "Ken". 26 mai 2018. 

     

     

    Manipulation

     

    Joël Auxenfans. Parution dans la presse Nationale et internationale de l'affiche "Ken". 26 mai 2018.

     

     

    En termes de choix de société, Emmanuel Macron ne s’est d’ailleurs jamais caché d’avoir une nostalgie – une vocation ! - monarchiste : http://www.lepoint.fr/politique/emmanuel-macron-plus-royaliste-que-socialiste-07-07-2015-1943115_20.php . Il faut bien constater que le libéralisme, en ses accents les plus intégristes, au lieu de la modernité qu’il prétend afficher, marche de pair avec le monarchisme le plus arrogant, le plus rétrograde et le plus autoritaire.

     

    Autre volet : les comptes de campagne.

    Longtemps, Mélenchon fut – seul – systématiquement et bruyamment désigné comme ayant commis des irrégularités dans ses comptes de campagne. Non seulement il s’en est clairement défendu, en montrant les parti-pris incroyables de la commission ou de journalistes à son encontre, mais il a averti que cette campagne de presse malveillante et acharnée servait d’écran de fumée pour masquer les fautes beaucoup plus graves d’autres candidats pas du tout "candides".

    Les faits, depuis, lui ont donné cent fois raison :

    https://www.francetvinfo.fr/elections/presidentielle/info-franceinfo-prix-casses-ristournes-cachees-les-petits-arrangements-de-la-campagne-demmanuel-macron_2789279.html L’enquête nourrie des deux reporters de France Info, Sylvain Tronchet et Elodie Guéguen, rend la dignité à cette profession de journaliste si soumise à la puissance des donneurs d’ordre des milieux d’affaire.

     

    Génocide

    Entre temps, dans ce contexte incroyablement franco-français, on apprend que plus de 30 000 migrants sont morts en Méditerrannée entre 1993 et 2017. https://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/refugies-une-liste-de-33-000-morts-publiee-par-un-journal-allemand_1959817.html. Les expulsions et mises en camps de rétention se multiplient à grands frais ; encore plus durement, en nombre et en ignominie, que sous Hollande qui déjà lui, faisait bien pire que Sarkozy.

    L’argument captieux de la prétendue « invasion » de migrants, qui fait dire par les porte-paroles de l’ignominie officielle que l’on «  ne peut pas accueillir toute la misère du monde » (Rocard, cité depuis par Macron) n’est qu’un leurre cynique pour cantonnner les citoyens dans des pulsions d’inhumanité criminelles. L’horreur peut donc se perpétuer sous nos yeux quotidiennement en toute tranquilité https://www.francetvinfo.fr/monde/europe/migrants/migrants-au-moins-trois-bebes-morts-et-une-centaine-de-disparus-dans-un-naufrage-au-large-de-la-libye_2826765.html

     

    Mais en fait, il est démontré par des chercheurs en économie que les migrants ne sont pas un fardeau pour les économies des pays européens https://www.francetvinfo.fr/monde/europe/migrants/une-etude-demontre-que-les-migrants-ne-sont-pas-un-fardeau-pour-les-economies-europeennes_2811703.html.

     

    Manipulation

     

    Joël Auxenfans. Drapeau "Le français est tissu de migrations" Affiche éditée par souscription  en 2013 et édition du drapeau tissu en 2017 grâce à une production de Piacé le Radieux. 

     

    Transformer en « problèmes » ou en menace, les migrants qui fuient les guerres, les famines, les sécheresses, alors qu’ils ne sont que le résultat de l’échec du libéralisme à l’échelle de la planète, participe d’un discours falsificateur et mystificateur. C’est au contraire le libéralisme défendu par Macron et ses compères, qui, par ses prédations des mondes économiques locaux et des agricultures vivrières en particulier, en les forçant dans des commercialisations mondialisées de produits à seule fin du lucre des possesseurs de capitaux, engendre ces migrations massives pour cause de guerres sur le foncier, les ressources, les misères insupportables…

    Cette perspective officielle mensongère, criminalisant les victimes, se construit sur les mêmes prémisses racistes que le colonialisme et la traite des pauvres, des fugitifs, des dominés, des femmes, des sans droits, telle que l’Occident pré capitaliste puis capitaliste, l’a porté à un degré indépassable et pourtant sans cesse perpétué.

    La juriste internationale Valérie Cabanes, dans son ouvrage remarquable "Un nouveau droit pour la terre, pour en finir avec l'écocide" (Seuil 2016), l'explique ainsi, en citant un organisme international : "  Le réseau des solutions pour le développement durable des Nations Unies reconnaît que « si le monde continue sur cette trajectoire au rythme actuel, sans réduction drastique de la consommation des ressources et de la pollution, les conséquences seront la continuation de la pauvreté et des menaces environnementales catastrophiques. Les modèles de croissance actuels ne fournissent pas suffisamment d’emplois décents, et ils aggravent les inégalités sociales. De nombreux écosystèmes clés sont menacés ou détruits ». Voici un double aveu. D’une part, notre modèle économique n’a pas tenu ses promesses quant à l’amélioration des conditions d’existence de la grande majorité des humains, d’autre part, il a hypothéqué l’avenir de nos enfants en détruisant le milieu naturel et en perturbant le cycle de la vie sur Terre."

     

    Le pire, dans ce storytelling néolibéral anti migrants, complice de l'idéologie des néofascistes, est de faire publiquement, comme le fait notre président, le procès des associations et des navires qui, courageusement et sans en tirer bénéfice, secourent les migrants en train de mourir noyés. Le gouvernement se dédouanne ainsi de son inaction, en reprochant à ces associations de secours en mer de « faire le jeu » des trafiquants

    https://www.francetvinfo.fr/monde/europe/migrants/aquarius/cest-dun-cynisme-absolu-macron-accuse-long-lifeline-de-faire-le-jeu-des-passeurs-les-parlementaires-divises_2822795.html , alors qu’ils ne font qu'une partie du travail accompli par ailleurs tout à fait institutionnellement par les gardes côtes.

    Question en réponse à l’hypocrisie de Monsieur Macron : Pourquoi y a-t-il des trafiquants ? Parce que ceux qui dirigent les pays européens et les institutions européennes, dont Monsieur Macron fait partie, organisent le pillage et la corruption dans leur propres intérêts, dans les pays pauvres (Voir le livre de Juan Branco « L’ordre et le monde » (paru chez Fayard en 2016) https://www.babelio.com/livres/Branco-Lordre-et-le-monde/855193, et conduisent cyniquement une politique aggravant la difficulté, le barrage, l’obstruction et les camps d’internements pendant des durées encore allongées par une nouvelle loi infame, dans des enclos grillagés aussi pour les enfants, pour complaire aux opinions les plus intoxiquées des pays riches et légitimer officiellement, banaliser, les vues des partis d’extrême droite…

    La rareté et la difficulté de l’accueil font le lit et la prospérité des trafics. Si les migrants circulaient aussi librement que les milliers de milliards de capitaux souvent illégaux des amis « aisés » du président (protégés qu’ils sont par le verrou de Bercy), alors le trafic cesserait. Si la misère n’était pas systémmatiquement organisée dans les pays en développement par les organismes du type FMI et Banque mondiale, au service exclusif de la privatisation et du profit pour les multinationales, les gens pourraient rester et vivre au pays de leur enfance et de leurs racines.

    D’ailleurs, la « part » que prétend prendre la France pour accueillir les réfugiés ou les migrants fuyant les guerres, les persécutions ou la mort économique, est ridiculement faible comparée à celle d’autres pays beaucoup plus pauvres comme le Liban, ou comparables comme l’Allemagne. Cette hypochrisie génocidaire à l’égard de l’ « étranger », en particulier africain, est à l’image de la politique étrangère de la France, vouée aux intérêts lucratifs des milieux d’affaire faisant main basse sur les richesses (type Bolloré), et de cette incroyable veulerie atlantiste française, qui fait désormais depuis quelques décennies, office de boussole, et constitue désormais la marque de fabrique de notre diplomatie.

    L’obsession des gouvernements français successifs est la même depuis des décennies : juguler les légitimes aspirations des autres peuples à exister à parité dans le concert mondial, empêcher l’émergence de relations qui ne soient pas de domination, perpétuer l’ordre des anciennes « grandes puissances » en refusant de voir le monde changer.

    C’est ce qu’explique très bien Bertrand Badie dans son livre, « Nous ne sommes plus seuls au monde, un autre regard sur l’« ordre international » » (La Découverte 2016). Et c’est cette violence des puissances anciennes, moteur originel de l’accélération anthropocène, qui génère les désordres régionaux si tragiques, qui se propagent ou se regénèrent aussi vite que les puissances occidentales prétendent les avoir éradiqués par la force militaire, le plus souvent illégalement au regard des normes de relations internationales (Voir, sans jeu de mot, la Libye de Sarkozy, qui n’est autre que « l’alibi de Sarkozy » pour dissimuler ses comptes de campagne).

    Mais il doit y avoir aussi fondamentalement une raison racialiste, néo coloniale, qui inflige aux pauvres gens venant d’Afrique ou d’Orient, risquant leur vie et souffrant par centaines de milliers dans leur chair des épisodes dignes des enfers (violences, racket, viols, tortures, trafics), un traitement institutionnel aussi outrageusement indigne. Violence d’État que tente de cacher dans un napage de bons sentiments, la médiatisation de jeunes courageux qui, sans papiers, ne manquent pour autant pas d’agir utilement alors que cette société les rejette dans la clandestinité, le non droit, une exploitation et une précarité effrenées.

     

    Prise d’otages

    Entre temps, l’opinion publique en Angleterre, accomplissant une prise de conscience beaucoup plus essentielle que le Brexit, pense nécessaire de renationaliser ses chemins de fer, bradés au privé depuis Margaret Tatcher et Tony Blair http://m.rfi.fr/economie/20180623-royaume-uni-renationalise-train-virgin?ref=fb .

    On y apprend que le coût du ferroviaire privatisé, outre les accidents en chaîne, devenait six fois plus cher que dans le public. La place qu’il faut ménager en chaque prestation au profit des actionnaires, pèse arithmétiquement sur l’ensemble du dispositif à la fois technique, salarial, d'investissements et de sécurité. Cela est valable structurellement dans pratiquement tout domaine de l’ordre du service à la collectivité, puisqu’il n’y est fondamentalement pas question, en principe, du lucre, mais de droits garantis pour tous.

    Qu’importe, Pour privatiser le rail français avec l’anomie acquise de l’opînion désinformée, les discours ambiants (entendez médiatiques) seront ceux de la culpabilisation, lorsque ce ne sera pas de la criminalisation, des grévistes en général et de ceux des services publics en particulier. Ces soit-disant « preneurs d’otages ». Alors que, comme le dit très bien Frédéric Lordon, les vrais preneurs d’otages, derrière l’écran de fumée médiatique, sont ces actionnaires à paradis fiscaux, qui, faisant peser la menace du chômage et de la mort économique de tout son poids sur l’ensemble du corps salarial, exerce un chantage à la misère qui génère à lui seul l’essentiel de l’anxiété et des souffrances du monde salarié et des familles qui en dépendent.

     

    Pour adressser des signes cabalistiques rassurants, à l’attention de la caste dissimulée des très très riches, ce « grand collectionneur» François Pinault a d’ailleurs su jouer le pas de deux en critiquant, puis finalement complimentant, la politique excusivement au service des milliardaires du nouveau président des riches, Emmanuel Macron. Décidément, après Sarkozy et Hollande, ce dernier, ami ou protégé de l'un et l'autre, est le digne héritier d’une véritable dynastie !

    On retrouve cet esprit intact dans le quotidien bourgeois « Le figaro ». Le ton, la vision du monde qui inspirent d’un bout à l’autre ce journal jusque dans ses moindres petits détails sont entièrement au service du projet que "le monde est ainsi et ne doit pas changer". Mais qu "’il faut, bien sûr, se tenir les premiers bien informés pour savoir saisir à son avantage (entendez avant les autres et à leur détriment), les occasions de s’enrichir davantage ou de prendre une position la meilleure possible pour perpétuer le statut social de l’élite à laquelle on se pique bien entendu d’appartenir comme il se doit".

     

    Croyants

    Les petits bourgeois, qu’il lisent avec zèle ou habitude Le Figaro ou qu’ils se laissent simplement imprégner par cette ambiance idéologique flottante néo libérale qui requiert de toute façon le moindre effort intellectuel et éthique possible, sont ceux qui portent invariablement au pouvoir, scrutins après scrutins, ces habiles prestidigitateurs du Capital, comme notre président Macron, après qu’il l’eurent fait pour Monsieur Hollande et avant lui pour Monsieur Sarkozy.

    Ces petits bourgeois semblent chaque fois conquis d’avance, fascinés par les moirages des récits fabriqués sur « la compétence » de nos élites, - compétence qu'elles ont surtout d’ailleurs pour savoir bien se servir elles-mêmes dans le plat commun, contre tout le monde, et sous le couvert de lois écrites sous leur dictée – , sont à présent d’une apathie phénoménale.

    C’est en particulier impressionnant de voir des parents d’élèves macronistes, s’interdire toute opposition au sieur Macron, malgré le fait que c’est par l’action de ce dernier que leurs enfants vont devoir s’entasser dans des classes surchargées, à 29 ou à 31. Un sacrifice religieux libéral digne de celui d’Isaac par Abraham ! Mais attention, ce n’est pas un mouton qui sera mis miraculeusement en classe surchargée à la place de leur enfant,… à moins que...

    Une religion qui rappelle celle analysée par Pierre Musso dans son ouvrage « La religion industrielle, Monastère, manufacture, usine, Une généalogie de l’entreprise » (Fayard 2017). Les fondements de la croyance des sociétés depuis le Moyen-âge en Occident, sont inscrits dans une articulation entre la foi et la raison, entre l’irrationnel et l’action transformatrice et organisatrice, à travers l’Incarnation en laquelle se combinent esprit et matérialité. Et ce mythe, structuré depuis des siècles, induit une faculté à entrainer et fédérer les « croyants », dans l’entreprise ou ailleurs, à persévérer dans une course à la fois mystique et arraisonnante, qui détruit à présent aussi bien la Terre que l’Humanité.

    Nous voici, dociles apparemment pour la plupart d’entre nous, en de bonnes mains !

     

    Manipulation

     

     

    Joël Auxenfans. Portrait de militants anonymes. Peinture affiche. 2018.

     

     

    Manipulation

     

     

    Joël Auxenfans. Portrait de militants anonymes. Peinture affiche. 2018.

     

     

    Manipulation

     

     

    Joël Auxenfans. Portrait de militants anonymes. Peinture affiche. 2018.

     

    Aussi est-ce un moyen qu’a à sa portée l’art, de créer des situations nouvelles, soit par des évènements, soit par des images qui font des micro ou macro événements. Lorsque le sous commandant Marcos déclare « Si ta révolution ne sait pas danser, ne m’invite pas à ta révolution. », il fait allusion sans doute à cela. Si tous les contestataires du « système » (grand bien leur fasse) ne peuvent pas enhardir leur pensée vers l’invention de manières de voir et de vivre enviables, estimables, nouvelles, librement ré-interprétatives, alors ils échoueront à créer la synergie en faveur d’un autre monde. Ils ont en face d'eux le super pouvoir du "soft power" capitaliste, qui, lui, par contre, en la matière, sait y faire !!...

     

    Et c’est malheureusement cela qui est en cours d’accomplissement. À part quelques stars qui savent surfer sur la notoriété acquise auprès des médias, et qui servent plutôt à se faire valoir qu'à engendrer vraiment des mouvements de prise de conscience ou de combativité populaire, rien ne sort d'efficacement perturbateur des responsables des organisations qui ont la responsabilité et le pouvoir de décider de ce qui est édité, publié, affiché...

    De leur côté, et dans leur coin, les militants révoltés sont tellement aux prises avec une multiplication des Zones À Défendre (hôpital, école, recherche, droits sociaux, etc.) impactées de toutes parts, qu’ils ne peuvent pas se multiplier mais au contraire s’épuisent, s’isolent, jamais suivis par le soutien des autres, ces derniers étant soumis au matraquage permanent des médias.

    Regardons la succession des rendez-vous sportifs mondiaux et télévisuels et faisons la se recouper avec le calendrier des atteintes massives aux droits humains et aux exigences environnementales, nous y voyons la parfaite superposition des rendez-vous manqués. Les lois scélérates passent les unes après les autres, comme les buts dans les cages d’une équipe sans joueurs.

    Bravo ! crient en cœur les abrutis, alors que c'est dans leur camp que les buts rentrent ! Et le lendemain, ils sont au chômage plus facilement, avec moins de retraite, moins de salaires, plus de poisons dans leur environnement, leur enfants et leurs vieillards plus en danger et méprisés, mais, toujours, la canette d’alcool à la main, ils continuent de surfer béatement et de manière infantilisée sur le bonheur artificiel que leur inculquent leurs écrans. Bravo !

    Le match est perdu d'avance, le match est truqué, il ne sert qu’à détourner l’attention générale des vrais enjeux, les perdants sont toujours les mêmes ! Ce sont les peuples, et le plus « beau » (si je puis dire) est qu’ils applaudissent en chœur à l’accentuation de leur propre esclavage ! Ils braillent, ils hurlent et poussent des rugissements virils de plaisir ou de triomphe à chaque action spectaculaire, mais c'est une victoire par délégation et de pure fiction, car ce ne sont que de minuscules points mobiles sur un rectangle vert, qui s'agitent, et qui gagnent ou perdent, mais seulement dans un jeu. 

    Tandis que les gens vrais, eux, pendant ce temps et alors qu'ils sont par ailleurs, dans le monde réel, si incroyablement silencieux, divisés, inorganisés, et alors qu'une par une, les mesures de recul social et environnemental sont appliquées sans coup férir par leurs gouvernants, eux, dis-je, perdent, mais pour de  vrai !!

     

     

     


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    Deux nouvelles affiches ont été éditées en partie avec le soutien d’autres personnes que je remercie à cette occasion.

     

     

     

    L’exposition continue !

     

     

    L’exposition continue !

     

     

    Lien vers Vimeo https://vimeo.com/268063746

        

    Il s’agit de « Ken », portrait du président Macron en homme parfait, stéréotypé et appliquant un programme voulu par le monde marchandisé que lui inspire le milieu financier auquel il est affidé, plastronnant en buste de baigneur immaculé en plastique, poli ciré lustré, sans défaut, avec juste l’articulation à peine perceptible à l’angle, un peu comme la marque râpée au cou du collier du chien dans la fable de La fontaine « Le chien et le loup ».

    Et il s’agit aussi de « E », militante anonyme de la France Insoumise, dont le visage inconnu du prublic intrigue encore davantage que le portrait du président.

    La première image, je l’ai décidée et réalisée aussitôt après le deuxième tour du scrutin présidentiel de 2017. Il nous était unanimement présenté comme un messie, comme l’archange du changement et de la jeunesse éternelle, celle qui « innove » par définition, alors même qu’il occupait le ministère de l’économie et des finances de Hollande quelques mois auparavant. Depuis, on l’a, avec zèle, sacré Jupiter, nouveau souverain de la monarchie présidentielle de la Vème république. Il me fallait bien trouver à répondre un peu de vérité par un portrait approprié. Le voici !

    Pour l’autre portrait, c’est une autre histoire, mais qui rejoint la première.

    Après les portraits de célébrités comme JL Mélenchon, j’ai cherché à représenter des gens que je trouve engagés dans des actions militantes honnêtes mais inconnues, invisibles. Montrer une personne plutôt qu’une icône politique, car le militant est trop souvent perçu et montré comme une sorte d’obsédé politique, qui ne fait que penser, argumenter, agir en militant. Ce qui ne manque pas d’être réducteur, car ce sont chaque fois des gens singuliers avec une histoire personnelle. Et aussi bien eux-mêmes que la médiatisation aux prises avec les simplifications qu’elle entraine consubstantiellement avec elle, construisent ce mythe du militant ou de cet activiste, qui réduit en même temps l’audience envers un public dépolitisé qui ne peut se reconnaître en des gens si « différents », bien que ce ne soit en fait pas le cas.

    Donc « E » est un portrait d’anonyme, qui initie une suite d’autres portraits d’inconnus. Elle a les cheveux au vent, elle n’est pas corsetée dans le corps ou l’esprit, elle regarde en face le spectateur, elle sourit simplement mais de manière humaine et non ambitieuse ou prometteuse, je ne lui vois pas d’arrogance ou d’arrière pensée, et la lumière baigne son visage. Une image idéalisée si l’on veut, mais qui provient pourtant d’une simple photographie privée prêtée par « E », que j’ai retouchée, puis peinte, librement.

     

    C’est là que ces deux affiches se rejoignent : elles sont chacune le fruit d’un processus qui est aussi dicté par ma fantaisie, ma liberté. Ce qui n’est pas si fréquent en ces temps de réquisition des images et des textes au service du matraquage commercial, politique ou pour les desseins déshumanisants du new management. Ici, avec « E » et « Ken », ce qui prime, c'est la liberté intuitive avec laquelle j’ai pu les travailler, les construire, sans commande, sans discours univoque, sans manipulation grossière de la relation entre producteur de l’image et regardeur.

     

    C’est une idée qui pourrait commencer à faire son chemin, et qui se résume en ceci : les organisations ou institutions gagneraient à considérer les artistes comme souverains, sans les asservir par des arraisonnements réducteurs de leur liberté de penser et de créer. Cela fait plus d’un quart de siècle que presque aucune image éditée par les partis qui se disent libérateurs ou émancipateurs n’a vraiment compté, s’est faite vraiment appréciée pour avoir été pleinement elle-même un moment de liberté, en plus du message de prétendue liberté qu’elle véhiculait.

    Cela signifie que ces décideurs interdisent qu’existent des images libres, expressions de la « liberté » humaine qu’ils appellent de leurs vœux. Cela signifie que, affiche après affiche, ces décideurs montrent la preuve du contraire de ce qu’ils affirment défendre,  la liberté. Puisqu’en  réalité, ils ne tiennent pas du tout à ce que cette liberté protéiforme se développe, avec eux et autour d’eux, disons aussi, finalement, qu’elle leur échappe. Ils veulent garder le contrôle et ne font pas confiance aux artistes, ce qui indique un vrai abîme entre leurs discours et la conception réelle qu’ils se font dans les faits, consciemment ou non, de leur mode opératoire.

     

    C’est bien sûr dommage, mais c’est pourtant un fait désormais inscrit dans les trente ans écoulés de l’histoire contemporaine. Encore un argument en faveur d’une relecture attentive de l’héritage de Mai 68.

     

    Pourtant, je dois justement rendre hommage à la direction de la Contemporaine http://www.lacontemporaine.fr/ , qui, pour son événement du 8 mars 2018 célèbrant son centenaire, son changement de nom, et la pose de la première pierre de son futur bâtiment à l’entrée du campus de l’université Paris Nanterre, m’a justement laissé carte blanche pour la création de quatre affiches issues de ses fonds d’archives.

    Ces images ont été éditées, diffusées, valorisées officiellement, et d'abord peintes d’après des images choisies par moi et modifiées, interprétées par moi d'après des photographies d'Élie Kagan et Monique Hervo. Elles ont été affichées sur tout le campus de Paris Nanterre, apportant la preuve que l’on peut commander à un artiste des images qui représentent une institution ou un mouvement de pensée sans mettre en camisole la création, sans que l’artiste se mette lui-même en camisole par l’emprise d’un raisonnement utilitariste et réducteur, simplificateur et appauvrissant.

     

    L’exposition continue !

     

    L’exposition continue !

     

    L’exposition continue !

     

    L’exposition continue !

     

    C’est la même relation qu’a su instaurer la Terrasse espace d’art de Nanterre pour son exposition hommage à mai 68 "1968/2018, des métamorphoses à l’oeuvre".

     

    L’exposition continue !

     

    Joël Auxenfans. Un des six panneaux disposés dans la ville de Nanterre avec plusieurs affichages combinés.

     

     

    L’exposition continue !

     

    Joël Auxenfans. Combinaisons de mes images peintes en affiches grand format. 2018.

     

    Les images diverses qui s'y trouvent rassemblées, de Chris Marker, Jean- Luc Godart, Henri Cueco, La Malassis, et de nombreux autres artistes de mai 68 et nos jours, ou bien de militants anonymes de l'époque, sont, il faut le dire, absolument à l’opposé, dans leur vitalité et leur inventivité, leur parti pris, des images et des affiches fabriquées laborieusement par les partis ou les institutions qui officialisent, le plus souvent par des moyens asservis, leur « ligne générale » libératrice.

     

    « La ligne générale » est d’ailleurs la titre d’un chef d’œuvre d’Eisenstein, commandé par le parti bolchevik. Mais là, quelle puissance avant tout expressive et créatrice, avant toute autre forme de discours transmis. Ou plutôt on voit comme le discours transmis fait corps avec quelque chose qui, justement, possède un corps, une chair, une vie intérieure. Comme si l’urgence impérieuse de création du cinéaste trouvait son prolongement ou son carburant dans l’urgence à changer le monde de base, dans cette misère populaire terrible et cet asservissement profond et écrasant de la russie tzariste.

     

    Utiliser les formes, utiliser les mots, pour dire quelque chose qui se face l’écho et l’acteur du mouvement social. Que l’intimité artistique et sensible de l’artiste puisse trouver là précisément son mode opératoire expressif est paradoxal, mais cela peut réussir.

     

    Partout à présent aussi des motifs de contestation et de révolte grossissent. Mais le pouvoir n’écoute pas. Des classes scolaires sont supprimées pour des dizaines de milliers d’élèves de maternelle. Et pourtant notre candidat Macron s’était présenté justement comme le président « ni droite ni gauche », car les classes sociales (les riches et les pauvres) selon lui, n’existent pas, et sont, avec sa vision, supprimées. Certes. Mais la réalité, ce sont bien plutôt des chapelets de cadeaux par milliards aux plus riches, et pour les pauvres, justement, des classes supprimées, car l’argent , par un effet de vases communiquant, est affecté là où le président décide de ses propres priorités.

     

    Plutôt que de laisser sans réponse un tel tour de passe passe, j’ai produit une banderole dont le texte, écrit en petites lettres comme celles des livres pour enfants, extrêmement lisibles, dit : « Macron président des classes supprimées ». Ce n’est pas un texte qui assène un message univoque. Il joue sur plusieurs tableaux de significations qui entrent en résonnance : il y les classes opprimées, le président des riches , les classes sociales, « ni gauche  ni droite », prétendument supprimées, mais les classes scolaires réellement supprimées…

     

    L’exposition continue !

     

    Joël Auxenfans. Mon installation de banderole et affiches, entre kiosque et bouche de métro. 2018, 1er mai.

     

    C’est avec cette panoplie que je me suis rendu à la manifestation du 1er mai 2018. Ayant trouvé un emplacement près de l’entrée du Jardin des Plantes, j’ai fixé la banderole à une barrière d'entrée de métro, après avoir apposé quelques-unes de mes affiches récentes sur deux vitres d'un kiosque à journaux fermé ce jour-là, en ajoutant aussi deux Mélenchons pour faire bonne mesure. J’ai pu filmer ou photographier les dizaines des manifestants qui sont venus à chaque instant s’approcher et apprécier ces affiches, mi souriants, mi interrogatifs, en tout cas admiratifs. J’ai pu voir que mes affiches invitent vraiment le spectateur à regarder, c’est-à-dire à penser par lui même, sans se contenter d’être une caisse enregistreuse des slogans imposés clé en main.

     

    L’exposition continue !

     

    L’exposition continue !

     

    L’exposition continue !

     

    L’exposition continue !

     

    L’exposition continue !

     

    L’exposition continue !

     

     

    Même une voiture de journalistes de Radio France s’est arrêtée. Les occupants se sont amusés avec cet affichage, et l’un d’eux – qu’il en soit remercié – m’a acheté une affiche pour, a-t-il dit, « l'afficher en salle de rédaction » ! Preuve que les journalistes sont, plus souvent qu’on le dit, curieux de choses hors du « main stream ». Interviwé par d’autres journalistes de médias étrangers ou marginaux, il m’a fallu dire deux ou trois choses sur le travail présenté. Mais aussi sur ce qui s’est passé à cet endroit-là avec les « casseurs.

     

    Car mon emplacement se trouvait précisément là où ont commencé les attaques des casseurs. J’étais là lorsque "cela" s’est déclanché, dans un ordre quasi militaire. On aurait dit des techniciens, masqués, qui avaient une prestation de service à rendre. Ils s’y employaient avec tout un équipement, et dans un ensemble parfaitement coordonné. J’étais, positionné, entre un kiosque à journaux sur lequel j’avais collé mes affiches, et la bouche de métro sur la grille de laquelle j’avais attaché ma banderole, à 5 mètres du MacDo attaqué.

     

    Je me suis échappé de cette zone de violences, en traversant vers l’est l’avenue, jusqu’aux CRS près de la gare d'Austerlitz. Je me suis frayé un passage vers eux en leur disant que les casseurs venaient de commencer à casser devant moi le MacDo et les sucettes publicitaires ou les abribus, sous des encouragements bruyants et excités, les fracas étant effectués sous les acclamations et les cris encourageants et provocateurs de centaines de jeunes qui étaient bon public pour les casseurs.

    Je me suis approché des CRS et leur ai dit que les casseurs brisaient tout. Ils m’ont répondu qu’ils étaient au courant.

    Or il s’est passé au moins une heure, avant que les CRS interviennent. En fait, ils se sont arrangés pour ne pas intervenir pour ne pas stopper les casseurs. Ils sont intervenus bien après lorsque les casseurs étaient ailleurs, et ce fut pour capturer à la place des jeunes parmi ceux qui acclamaient les casseurs. Bref, du menu fretin sans conséquence.

     

    Donc je pense que le ministre de l’intérieur se trompe ou ment lorsqu’il déclare à la radio :

    "Par rapport au McDonald's qui a été incendié, cela s'est produit d'une manière brutale, a justifié Gérard Collomb sur France 2. Les forces de l'ordre interviennent cinq minutes après. Parce que vous ne pouvez pas fendre la foule qui se trouve devant les black blocs".  

    https://www.francetvinfo.fr/decouverte/1er-mai/manifestations-du-1er-mai-les-questions-que-souleve-l-intervention-de-la-police-lors-des-violences-a-paris_2733151.html .

     

    Si les CRS sont des professionnels de la répression de la violence. Lorsqu’il ne l’exerce pas eux-même bien au delà de la sécurité recherchée, auprès de gens non violents, ils doivent certainement savoir parfaitement repérer, par des indicateurs  infiltrés en civils dans le cortège, ceux qui s’apprêtent à se transformer en casseurs (car il faut tout un équipement encombrant pour se faire "casseur"). Or, pendant les trois bons quart d'heure où je suis resté dans le secteur, afin de me tenir assez près des mes affaires que je souhaitais récupérer, les CRS ont laissé entièrement libres les casseurs de tout faire.

    Alors qu’ils auraient pu se faufiler au besoin en s’excusant auprès des gens normaux et non violents, pour atteindre le véritable terrain d’opération de leur mission.

    Mais ils n’en ont rien fait. C’était particulièrement comique, lorsqu’ils remontaient le boulevard qui remonte vers la porte d’Italie en repoussant des gens parfaitement pacifiques comme moi et des centaines d’autres, alors qu’il n’y a avait plus aucune raison de le faire et alors que les casseurs n’avaient pas le moins du monde été capturés.

     

    J’en ai eu la preuve pour une raison simple : j’avais besoin de retourner extactement au lieu où avait commencé le coup monté des casseurs, puisque c’était là que se trouvait mon vélo, ma banderole et mes affiches.  J’ai donc pu finalement m’approcher de l’entrée du Jardin des Plantes où mon vélo se trouvait antivolé sur une barrière. J’ai expliqué à un CRS ma situation et il a accepté de m’accompagner, virilement mais efficacement, vers ses collègues qui encerclaient et tenaient sous surveillance, assis par terre, une centaine de jeunes braillards qui avaient acclamé les casseurs ; je les reconnaissais à leur tenue un peu tirant sur le brun et leur âge. Ceux-là maintenant n’étaient plus très fiers. Mais de vrais casseurs, que nenni !!... Les vrais sont loin, prêts à recommencer, apparemment sans être inquiétés.

     

    J’ai pu reprendre mon vélo, ma banderole, toute salie par les échaufourées, et le kiosque où j’avais affiché mes images, le voici,… fracassé !!

     

    L’exposition continue

     

    Le kiosque saccagé à côté du MacDo lui aussi détruit. 

     

    Mais, n’en déplaise à cette passante qui disait à ses filles lorsque les violents étaient au « travail », « vous voyez les filles, c’est ça une manif ! », et contrairement à l’image qui restera sur le devant des écrans, entretenue par les médias, ce n’est pas ça, une manif, celle des gens !! Non !... 

     

     

     

     


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    "1968/2018, des métamorphoses à l’oeuvre"

    Un ensemble de documents d’archives,

    d’oeuvres historiques et contemporaines, un lieu de fabrique

     

    Exposition à la Terrasse espace d'art de Nanterre du 16 mars 2018 au 26 mai 2018. 57 Boulevard de Pesaro 92000 Nanterre. 01 41 37 52 06.

     

    Horaires d'ouverture :

    Pendant les expositions : 
    Du mardi au vendredi de 12h à 18h. 
    Samedi de 15h à 18h. 
    Et sur rendez-vous. 

    Fermé les jours fériés. 

    Entrée gratuite

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    "1968/2018, Des métamorphoses à l'oeuvre". La Terrasse espace d'art, Nanterre, du 16.03 au 26.05 2018

    Joël Auxenfans. Ensemble d'images pour un affichage urbain. 135 x 383 cm. 2018.

     

     

     

     

     

     

    Joël Auxenfans. Ensemble d'images pour un affichage urbain. 135 x 280 cm. 2018.

     

    "1968/2018, Des métamorphoses à l'oeuvre". La Terrasse espace d'art, Nanterre, du 16.03 au 26.05 2018

    Joël Auxenfans. Ensemble d'images pour une participation à un affichage urbain (en bas). 135 x 383 cm. 2018.

     

     

     


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    « Carte blanche » à Joël Auxenfans

    La Contemporaine / BDIC, pour célébrer son centenaire, le lancement de la construction de son nouveau bâtiment et son changement de nom, a demandé à Joël Auxenfans de réaliser quatre peintures éditées en affiches. En partant du fonds iconographique très riche de La Contemporaine, l’artiste a suivi une intuition et une opportunité. La conjonction des cinquante ans de mai 68 et de la date du 8 mars l’a incité à s’inspirer de photographies d’Élie Kagan et de Monique Hervo. Ces « reprises » d’archives prouvent que rien en art n’est arrêté dans une chronologie linéaire, que se mêlent plutôt des histoires de l’art, de la société, et celle du peintre.

     

    Affichage sur le campus, projection et table-ronde avec la participation de Judith Revel, philosophe, et Christian Joschke, historien de l’art.

     

    8 mars 2018, Université Paris Nanterre, 200 allée de l’Université 92000 Nanterre, Salle Reverdy (bâtiment L) à 17h00

     

     


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