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    Deux nouvelles affiches ont été éditées en partie avec le soutien d’autres personnes que je remercie à cette occasion.

     

     

     

    L’exposition continue !

     

     

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    Lien vers Vimeo https://vimeo.com/268063746

        

    Il s’agit de « Ken », portrait du président Macron en homme parfait, stéréotypé et appliquant un programme voulu par le monde marchandisé que lui inspire le milieu financier auquel il est affidé, plastronnant en buste de baigneur immaculé en plastique, poli ciré lustré, sans défaut, avec juste l’articulation à peine perceptible à l’angle, un peu comme la marque râpée au cou du collier du chien dans la fable de La fontaine « Le chien et le loup ».

    Et il s’agit aussi de « E », militante anonyme de la France Insoumise, dont le visage inconnu du prublic intrigue encore davantage que le portrait du président.

    La première image, je l’ai décidée et réalisée aussitôt après le deuxième tour du scrutin présidentiel de 2017. Il nous était unanimement présenté comme un messie, comme l’archange du changement et de la jeunesse éternelle, celle qui « innove » par définition, alors même qu’il occupait le ministère de l’économie et des finances de Hollande quelques mois auparavant. Depuis, on l’a, avec zèle, sacré Jupiter, nouveau souverain de la monarchie présidentielle de la Vème république. Il me fallait bien trouver à répondre un peu de vérité par un portrait approprié. Le voici !

    Pour l’autre portrait, c’est une autre histoire, mais qui rejoint la première.

    Après les portraits de célébrités comme JL Mélenchon, j’ai cherché à représenter des gens que je trouve engagés dans des actions militantes honnêtes mais inconnues, invisibles. Montrer une personne plutôt qu’une icône politique, car le militant est trop souvent perçu et montré comme une sorte d’obsédé politique, qui ne fait que penser, argumenter, agir en militant. Ce qui ne manque pas d’être réducteur, car ce sont chaque fois des gens singuliers avec une histoire personnelle. Et aussi bien eux-mêmes que la médiatisation aux prises avec les simplifications qu’elle entraine consubstantiellement avec elle, construisent ce mythe du militant ou de cet activiste, qui réduit en même temps l’audience envers un public dépolitisé qui ne peut se reconnaître en des gens si « différents », bien que ce ne soit en fait pas le cas.

    Donc « E » est un portrait d’anonyme, qui initie une suite d’autres portraits d’inconnus. Elle a les cheveux au vent, elle n’est pas corsetée dans le corps ou l’esprit, elle regarde en face le spectateur, elle sourit simplement mais de manière humaine et non ambitieuse ou prometteuse, je ne lui vois pas d’arrogance ou d’arrière pensée, et la lumière baigne son visage. Une image idéalisée si l’on veut, mais qui provient pourtant d’une simple photographie privée prêtée par « E », que j’ai retouchée, puis peinte, librement.

     

    C’est là que ces deux affiches se rejoignent : elles sont chacune le fruit d’un processus qui est aussi dicté par ma fantaisie, ma liberté. Ce qui n’est pas si fréquent en ces temps de réquisition des images et des textes au service du matraquage commercial, politique ou pour les desseins déshumanisants du new management. Ici, avec « E » et « Ken », ce qui prime, c'est la liberté intuitive avec laquelle j’ai pu les travailler, les construire, sans commande, sans discours univoque, sans manipulation grossière de la relation entre producteur de l’image et regardeur.

     

    C’est une idée qui pourrait commencer à faire son chemin, et qui se résume en ceci : les organisations ou institutions gagneraient à considérer les artistes comme souverains, sans les asservir par des arraisonnements réducteurs de leur liberté de penser et de créer. Cela fait plus d’un quart de siècle que presque aucune image éditée par les partis qui se disent libérateurs ou émancipateurs n’a vraiment compté, s’est faite vraiment appréciée pour avoir été pleinement elle-même un moment de liberté, en plus du message de prétendue liberté qu’elle véhiculait.

    Cela signifie que ces décideurs interdisent qu’existent des images libres, expressions de la « liberté » humaine qu’ils appellent de leurs vœux. Cela signifie que, affiche après affiche, ces décideurs montrent la preuve du contraire de ce qu’ils affirment défendre,  la liberté. Puisqu’en  réalité, ils ne tiennent pas du tout à ce que cette liberté protéiforme se développe, avec eux et autour d’eux, disons aussi, finalement, qu’elle leur échappe. Ils veulent garder le contrôle et ne font pas confiance aux artistes, ce qui indique un vrai abîme entre leurs discours et la conception réelle qu’ils se font dans les faits, consciemment ou non, de leur mode opératoire.

     

    C’est bien sûr dommage, mais c’est pourtant un fait désormais inscrit dans les trente ans écoulés de l’histoire contemporaine. Encore un argument en faveur d’une relecture attentive de l’héritage de Mai 68.

     

    Pourtant, je dois justement rendre hommage à la direction de la Contemporaine http://www.lacontemporaine.fr/ , qui, pour son événement du 8 mars 2018 célèbrant son centenaire, son changement de nom, et la pose de la première pierre de son futur bâtiment à l’entrée du campus de l’université Paris Nanterre, m’a justement laissé carte blanche pour la création de quatre affiches issues de ses fonds d’archives.

    Ces images ont été éditées, diffusées, valorisées officiellement, et d'abord peintes d’après des images choisies par moi et modifiées, interprétées par moi d'après des photographies d'Élie Kagan et Monique Hervo. Elles ont été affichées sur tout le campus de Paris Nanterre, apportant la preuve que l’on peut commander à un artiste des images qui représentent une institution ou un mouvement de pensée sans mettre en camisole la création, sans que l’artiste se mette lui-même en camisole par l’emprise d’un raisonnement utilitariste et réducteur, simplificateur et appauvrissant.

     

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    C’est la même relation qu’a su instaurer la Terrasse espace d’art de Nanterre pour son exposition hommage à mai 68 "1968/2018, des métamorphoses à l’oeuvre".

     

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    Joël Auxenfans. Un des six panneaux disposés dans la ville de Nanterre avec plusieurs affichages combinés.

     

     

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    Joël Auxenfans. Combinaisons de mes images peintes en affiches grand format. 2018.

     

    Les images diverses qui s'y trouvent rassemblées, de Chris Marker, Jean- Luc Godart, Henri Cueco, La Malassis, et de nombreux autres artistes de mai 68 et nos jours, ou bien de militants anonymes de l'époque, sont, il faut le dire, absolument à l’opposé, dans leur vitalité et leur inventivité, leur parti pris, des images et des affiches fabriquées laborieusement par les partis ou les institutions qui officialisent, le plus souvent par des moyens asservis, leur « ligne générale » libératrice.

     

    « La ligne générale » est d’ailleurs la titre d’un chef d’œuvre d’Eisenstein, commandé par le parti bolchevik. Mais là, quelle puissance avant tout expressive et créatrice, avant toute autre forme de discours transmis. Ou plutôt on voit comme le discours transmis fait corps avec quelque chose qui, justement, possède un corps, une chair, une vie intérieure. Comme si l’urgence impérieuse de création du cinéaste trouvait son prolongement ou son carburant dans l’urgence à changer le monde de base, dans cette misère populaire terrible et cet asservissement profond et écrasant de la russie tzariste.

     

    Utiliser les formes, utiliser les mots, pour dire quelque chose qui se face l’écho et l’acteur du mouvement social. Que l’intimité artistique et sensible de l’artiste puisse trouver là précisément son mode opératoire expressif est paradoxal, mais cela peut réussir.

     

    Partout à présent aussi des motifs de contestation et de révolte grossissent. Mais le pouvoir n’écoute pas. Des classes scolaires sont supprimées pour des dizaines de milliers d’élèves de maternelle. Et pourtant notre candidat Macron s’était présenté justement comme le président « ni droite ni gauche », car les classes sociales (les riches et les pauvres) selon lui, n’existent pas, et sont, avec sa vision, supprimées. Certes. Mais la réalité, ce sont bien plutôt des chapelets de cadeaux par milliards aux plus riches, et pour les pauvres, justement, des classes supprimées, car l’argent , par un effet de vases communiquant, est affecté là où le président décide de ses propres priorités.

     

    Plutôt que de laisser sans réponse un tel tour de passe passe, j’ai produit une banderole dont le texte, écrit en petites lettres comme celles des livres pour enfants, extrêmement lisibles, dit : « Macron président des classes supprimées ». Ce n’est pas un texte qui assène un message univoque. Il joue sur plusieurs tableaux de significations qui entrent en résonnance : il y les classes opprimées, le président des riches , les classes sociales, « ni gauche  ni droite », prétendument supprimées, mais les classes scolaires réellement supprimées…

     

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    Joël Auxenfans. Mon installation de banderole et affiches, entre kiosque et bouche de métro. 2018, 1er mai.

     

    C’est avec cette panoplie que je me suis rendu à la manifestation du 1er mai 2018. Ayant trouvé un emplacement près de l’entrée du Jardin des Plantes, j’ai fixé la banderole à une barrière d'entrée de métro, après avoir apposé quelques-unes de mes affiches récentes sur deux vitres d'un kiosque à journaux fermé ce jour-là, en ajoutant aussi deux Mélenchons pour faire bonne mesure. J’ai pu filmer ou photographier les dizaines des manifestants qui sont venus à chaque instant s’approcher et apprécier ces affiches, mi souriants, mi interrogatifs, en tout cas admiratifs. J’ai pu voir que mes affiches invitent vraiment le spectateur à regarder, c’est-à-dire à penser par lui même, sans se contenter d’être une caisse enregistreuse des slogans imposés clé en main.

     

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    Même une voiture de journalistes de Radio France s’est arrêtée. Les occupants se sont amusés avec cet affichage, et l’un d’eux – qu’il en soit remercié – m’a acheté une affiche pour, a-t-il dit, « l'afficher en salle de rédaction » ! Preuve que les journalistes sont, plus souvent qu’on le dit, curieux de choses hors du « main stream ». Interviwé par d’autres journalistes de médias étrangers ou marginaux, il m’a fallu dire deux ou trois choses sur le travail présenté. Mais aussi sur ce qui s’est passé à cet endroit-là avec les « casseurs.

     

    Car mon emplacement se trouvait précisément là où ont commencé les attaques des casseurs. J’étais là lorsque "cela" s’est déclanché, dans un ordre quasi militaire. On aurait dit des techniciens, masqués, qui avaient une prestation de service à rendre. Ils s’y employaient avec tout un équipement, et dans un ensemble parfaitement coordonné. J’étais, positionné, entre un kiosque à journaux sur lequel j’avais collé mes affiches, et la bouche de métro sur la grille de laquelle j’avais attaché ma banderole, à 5 mètres du MacDo attaqué.

     

    Je me suis échappé de cette zone de violences, en traversant vers l’est l’avenue, jusqu’aux CRS près de la gare d'Austerlitz. Je me suis frayé un passage vers eux en leur disant que les casseurs venaient de commencer à casser devant moi le MacDo et les sucettes publicitaires ou les abribus, sous des encouragements bruyants et excités, les fracas étant effectués sous les acclamations et les cris encourageants et provocateurs de centaines de jeunes qui étaient bon public pour les casseurs.

    Je me suis approché des CRS et leur ai dit que les casseurs brisaient tout. Ils m’ont répondu qu’ils étaient au courant.

    Or il s’est passé au moins une heure, avant que les CRS interviennent. En fait, ils se sont arrangés pour ne pas intervenir pour ne pas stopper les casseurs. Ils sont intervenus bien après lorsque les casseurs étaient ailleurs, et ce fut pour capturer à la place des jeunes parmi ceux qui acclamaient les casseurs. Bref, du menu fretin sans conséquence.

     

    Donc je pense que le ministre de l’intérieur se trompe ou ment lorsqu’il déclare à la radio :

    "Par rapport au McDonald's qui a été incendié, cela s'est produit d'une manière brutale, a justifié Gérard Collomb sur France 2. Les forces de l'ordre interviennent cinq minutes après. Parce que vous ne pouvez pas fendre la foule qui se trouve devant les black blocs".  

    https://www.francetvinfo.fr/decouverte/1er-mai/manifestations-du-1er-mai-les-questions-que-souleve-l-intervention-de-la-police-lors-des-violences-a-paris_2733151.html .

     

    Si les CRS sont des professionnels de la répression de la violence. Lorsqu’il ne l’exerce pas eux-même bien au delà de la sécurité recherchée, auprès de gens non violents, ils doivent certainement savoir parfaitement repérer, par des indicateurs  infiltrés en civils dans le cortège, ceux qui s’apprêtent à se transformer en casseurs (car il faut tout un équipement encombrant pour se faire "casseur"). Or, pendant les trois bons quart d'heure où je suis resté dans le secteur, afin de me tenir assez près des mes affaires que je souhaitais récupérer, les CRS ont laissé entièrement libres les casseurs de tout faire.

    Alors qu’ils auraient pu se faufiler au besoin en s’excusant auprès des gens normaux et non violents, pour atteindre le véritable terrain d’opération de leur mission.

    Mais ils n’en ont rien fait. C’était particulièrement comique, lorsqu’ils remontaient le boulevard qui remonte vers la porte d’Italie en repoussant des gens parfaitement pacifiques comme moi et des centaines d’autres, alors qu’il n’y a avait plus aucune raison de le faire et alors que les casseurs n’avaient pas le moins du monde été capturés.

     

    J’en ai eu la preuve pour une raison simple : j’avais besoin de retourner extactement au lieu où avait commencé le coup monté des casseurs, puisque c’était là que se trouvait mon vélo, ma banderole et mes affiches.  J’ai donc pu finalement m’approcher de l’entrée du Jardin des Plantes où mon vélo se trouvait antivolé sur une barrière. J’ai expliqué à un CRS ma situation et il a accepté de m’accompagner, virilement mais efficacement, vers ses collègues qui encerclaient et tenaient sous surveillance, assis par terre, une centaine de jeunes braillards qui avaient acclamé les casseurs ; je les reconnaissais à leur tenue un peu tirant sur le brun et leur âge. Ceux-là maintenant n’étaient plus très fiers. Mais de vrais casseurs, que nenni !!... Les vrais sont loin, prêts à recommencer, apparemment sans être inquiétés.

     

    J’ai pu reprendre mon vélo, ma banderole, toute salie par les échaufourées, et le kiosque où j’avais affiché mes images, le voici,… fracassé !!

     

    L’exposition continue

     

    Le kiosque saccagé à côté du MacDo lui aussi détruit. 

     

    Mais, n’en déplaise à cette passante qui disait à ses filles lorsque les violents étaient au « travail », « vous voyez les filles, c’est ça une manif ! », et contrairement à l’image qui restera sur le devant des écrans, entretenue par les médias, ce n’est pas ça, une manif, celle des gens !! Non !... 

     

     

     

     


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    "1968/2018, des métamorphoses à l’oeuvre"

    Un ensemble de documents d’archives,

    d’oeuvres historiques et contemporaines, un lieu de fabrique

     

    Exposition à la Terrasse espace d'art de Nanterre du 16 mars 2018 au 26 mai 2018. 57 Boulevard de Pesaro 92000 Nanterre. 01 41 37 52 06.

     

    Horaires d'ouverture :

    Pendant les expositions : 
    Du mardi au vendredi de 12h à 18h. 
    Samedi de 15h à 18h. 
    Et sur rendez-vous. 

    Fermé les jours fériés. 

    Entrée gratuite

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    "1968/2018, Des métamorphoses à l'oeuvre". La Terrasse espace d'art, Nanterre, du 16.03 au 26.05 2018

    Joël Auxenfans. Ensemble d'images pour un affichage urbain. 135 x 383 cm. 2018.

     

     

     

     

     

     

    Joël Auxenfans. Ensemble d'images pour un affichage urbain. 135 x 280 cm. 2018.

     

    "1968/2018, Des métamorphoses à l'oeuvre". La Terrasse espace d'art, Nanterre, du 16.03 au 26.05 2018

    Joël Auxenfans. Ensemble d'images pour une participation à un affichage urbain (en bas). 135 x 383 cm. 2018.

     

     

     


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    « Carte blanche » à Joël Auxenfans

    La Contemporaine / BDIC, pour célébrer son centenaire, le lancement de la construction de son nouveau bâtiment et son changement de nom, a demandé à Joël Auxenfans de réaliser quatre peintures éditées en affiches. En partant du fonds iconographique très riche de La Contemporaine, l’artiste a suivi une intuition et une opportunité. La conjonction des cinquante ans de mai 68 et de la date du 8 mars l’a incité à s’inspirer de photographies d’Élie Kagan et de Monique Hervo. Ces « reprises » d’archives prouvent que rien en art n’est arrêté dans une chronologie linéaire, que se mêlent plutôt des histoires de l’art, de la société, et celle du peintre.

     

    Affichage sur le campus, projection et table-ronde avec la participation de Judith Revel, philosophe, et Christian Joschke, historien de l’art.

     

    8 mars 2018, Université Paris Nanterre, 200 allée de l’Université 92000 Nanterre, Salle Reverdy (bâtiment L) à 17h00

     

     


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  • "La contribution du dominé au maintien de domination"

     

    Joël Auxenfans. Peinture affiche. 2017.

     

     

     

     

     

    « La contribution du dominé au maintien de sa domination » (Bernard Lahire)

     

    On n’en croit pas ses yeux et ses oreilles de tant de bêtise : quoi, des femmes, qui n’ont plus de quoi, de part leur âge, à s’exposer tant que cela aux risques de la prédation et des violences sexuelles en tout genre, des femmes qui appartiennent toutes sans exception à l’establishment, qui n’ont pas à devoir trimer ou subir quotidiennement des situations d’une guerre sexiste larvée ou accomplie où les agresseurs ne sont pas par principe punis ou dissuadés, ces femmes, ivres de leur propre égo, de leur réussite sociale, abusant de leur pouvoir et du poids de leur parole publique en oblitérant celles de millions de victimes, ces femmes-là, dis-je, devraient donner le ton ?

    Est-ce leur ton, d’ailleurs ?  Ou plutôt celui des dominants, à savoir l’idéologie patriarcale millénaire, dont elles ne sont en définitive que les porte paroles dénaturées.

    https://www.francetvinfo.fr/culture/cinema/affaire-harvey-weinstein/laetitia-casta-pas-d-accord-avec-balancetonporc-apres-ca-va-etre-quoi-balance-ta-salope_2557023.html

    https://www.francetvinfo.fr/societe/harcelement-sexuel/cent-femmes-dont-catherine-deneuve-et-catherine-millet-defendent-la-liberte-d-importuner-des-dragueurs-dans-une-tribune_2552731.html

    https://www.francetvinfo.fr/societe/harcelement-sexuel/c-est-malheureusement-une-verite-brigitte-lahaie-s-excuse-mais-ne-retire-pas-son-affirmation-que-l-on-peut-jouir-lors-d-un-viol_2557949.html

    C’est l’escalade dans la hideur et l’inhumanité !

     

    Bernard Lahire, dans son superbe ouvrage  « Kafka, éléments pour une théorie de la création littéraire », La Découverte 2010, place un intertitre en page 479, pour développer la prise de position fondamentale de Kafka, qui s’est toujours placé du côté des victimes de la domination des chefs, des patrons, des autoritaires, des tyrans autoproclamés ou placés là par d’autres. Il écrit cela ainsi : « La contribution du dominé au maintien de sa domination ».

    Ces bourgeoises sont l’exacte expression - la quintessence - de cette définition du mécanisme de perpétuation des dominations, qu’elles soient socio-économiques ou sociale, de genre, raciale, etc.

    Casta, Deneuve, Millet, Lahaie, toutes ces femmes arrivées à la « notoriété » et qui vivent de ses prébendes, expriment une position qui reflètent tellement, prioritairement à tout autre, celle des porcs machistes et mysogynes, celle de la perpétuation et du statu quo, de l’inaction, du frein au mouvement des mentalités, au nom de leur petite histoire personnelle qui n’intéresse personne, au nom de leurs amitiés, de leurs complicités, et dans une totale incapacité à comprendre la situation réelle de la majorité statistique des autres femmes, des victimes et de toutes les autres, qui en ont marre et qui, surtout, souffrent.

    Cette indifférence à la souffrance, aux principes de justice et d'équité, au nom de leur pseudo philosophie hédoniste en vase clos, cette faculté à donner les leçons à la victime, alors qu’elles n’en sont pas ou s’arrangent pour incorporer le point de vue de ceux qui imposent ces violences, c’est bel et bien là une trahison.

    Trahison des femmes, mais aussi de ces hommes qui ne se rangent pas docilement du côté de l’héritage des temps obscurs, de l’esclavage, des rapts, des viols, du silence, de la terreur, du droit de cuissage, de l’abus, de la discrimnation systématique, des préjugés lourds et stupides, du langage taillé sur mesure pour les violents, qui, dans la langue commune, passent alors, par magie des mots, pour ne jamais l’être vraiment.

    Ces femmes, qui ont participé quelque fois jadis à des belles œuvres d’art, à des inventions libératrices, à des audaces, sont restées figées dans ce temps de leur vie. Elle lancent dans cette polémique lamentablement obscène, leur dernier sursaut de velléité à exister. C’est souvent le vice de la réussite et du mérite ancien : il aveugle et fait croire à la facilité de ses propres mérites. Comme ce chanteur célèbre, Aznavour, qui propose de faire le tri entre migrants pour se garder de côté les « génies » à toutes fins utiles, sans aucune considération pour la situation insoutenable de ces milliers de gens. Cette mentalité est celle des chanceux gagnants, qui ont oublié, enivrés par la foi en leur seul talent, la dureté du chemin pour ceux qui aspirent à vivre  leur vie dignement ou simplement survivre...

    Cette ignominie, n’est certes pas la seule violence qui existe actuellement. Elle est seulement l’une des plus représentative : dès lors que ces personnes ont atteint un objectif personnel, elles transposent leur vision depuis les étoiles, abstraitement, en refusant de voir avec les yeux de la condition humaine. Et la condition humaine s’en souviendra. Car ces gens se sont salis, pour toujours.

    L’une des grandes nouveautés de notre temps, c’est que la médiatisation universelle, par delà ses immenses défauts, facilite la décentralisation et la transversalité des sources, et par là, la possilité de savoir et découvrir ce qui a tendance à vouloir rester caché. Or cette omerta va avoir de plus en plus de mal à se perpétuer. Et l’immense mérite des révoltées de « balance ton porc »  et « Meetoo » est d’avoir, elles, mis sur les rails le mouvement de conscience et de débat public qui se répand à tous les niveaux de la société, à tous les âges, dans toutes les catégories socio professionnelles.

    Et pourtant, s'opposant à ces femmes qui ont eu le courage de dénoncer cette situation de violence intolérable, d’autres femmes bien dotées en prestige et en notabilité viendraient saper ce mouvement historique d’émancipation ? Quelle honte !  Quelle honte !...

    Heureusement, il y a d’autres femmes de talent d’aujourd’hui et non plus du passé, qui, à leur tour, portent l’étendard de la libération en y mettant leur génie. Comme Leila Slimani qui, dans cet article divin http://www.liberation.fr/france/2018/01/12/un-porc-tu-nais_1621913?utm_campaign=Echobox&utm_medium=Social&utm_source=Facebook , répond aux quelques imbéciles m’as-tu-vue qui répètent les mantras des machistes avec une totale inconséquence. Heureusement que des femmes comme Leila Slimani existent et se développent, car elles vont faire triompher cette cause essentielle, véritable pierre angulaire de toute autre libération et de toute vérité humaine, véritable passage pour la libération économique et sociale et environnementale à venir.   

    Heureusement qu’il y a des hommes comme Steven Spielberg ou d’autres, qui ne reprennent pas les idées ordurières des argumentations de ces femmes du parti du déni de justice ! https://www.francetvinfo.fr/societe/harcelement-sexuel/video-je-n-y-vois-pas-une-chasse-aux-sorcieres-spielberg-repond-a-la-tribune-signee-par-deneuve_2558349.html

    Si l’on reprenait la théorie de la dialectique du maître et de l’esclave (Angela Davis d’après Hégel), on pourrait dire que si la violence faite aux femmes est d’abord insoutenable par celles-ci, il est certain aussi, qu’à part l’aveuglement ambiant distillé par une société violente, un homme qui croit s’accomplir en ne faisant qu’assouvir ses pusions sexuelles ou de domination sur la misère et la souffrance d’un autre être humain, ne peut pas être considéré comme heureux.

    Il est même très malheureux, et tout le bagage de traditions, religions et coutumes qui corrobore cette injustice n’y fera rien. Car la personne qui en sait plus sur la situation réelle que le tyran, si elle n’a toutefois pas totalement et définitivement incorporé les critères de celui-ci (comme le dit si bien Étienne de La Boétie), c’est précisément celle à qui sont imposées ici soumission, violence et servitude : la femme.

    Moins la femme est considérée comme un objet, un accessoire, un être inférieur ou un instrument, et plus la possibilité pour un homme de pouvoir partager pleinement avec elle, avec son accord, les joies et les plaisirs, constitue un accomplissement entier, une joie et un honneur. Tout autre chemin n’est que misère.

    Et c’est collectivement que ces femmes-ci s’organisent avec des hommes honnêtes (qui n’aspirent pas qu’à perpétuer ces monstruosités d’un autre âge), alors elles et ils gagneront ensemble la liberté et le bonheur partagés.   

     


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  • Nous vivons des temps de blocages.

    Joël Auxenfans. Peinture affiche. 2017.

     

     

    Nous vivons des temps de blocages.

    Temps des censures d’abord. Une tendance lourde à priver les citoyens de leur liberté de choix, d’interprétation, de débat et de création. Cette pression s’exerce au fond de la part d’une composante de la société qui relève d’une forme de remarquable « mixité » sociale : les milieux religieux et les milieux traditionnalistes, fervent militants du modèle patriarcal, trouveront toujours une occasion pour empêcher la liberté d’expression, pour condamner, avant même d’avoir commencé à réfléchir, pour culpabiliser et calomnier.

    Ce climat, qui n’est certes pas celui d’un « réchauffement », se manifeste régulièrement, mais semble-t-il en mode d’expansion. Ce fut par exemple à Clichy il y a quelques années, une étape franchie par le recul incroyable d’une mairie (socialiste), censée être protectice du principe laïque et de la liberté de création, face à la pression d’une petite association musulmanne. Cela visait une œuvre exposée par une artiste, Zoulikha Bouabdellah, elle-même musulmanne et donc aucunement dans une volonté d’injurier qui que ce soit, mais dans la visée de poser la situation critique des femmes aujourd’hui, prises entre un héritage (ici musulman) et une exigence contemporaine qui les entraine vers d’autres formes de vie et de contraintes.  http://loeildelaphotographie.com/fr/2015/01/28/article/27115/clichy-une-oeuvre-de-zoulikha-bouabdellah-retiree-quand-la-peur-devient-censure/

    En dépit de l’expression de solidarité d’autres artistes et des commissaires de l’exposition, ce fut là une étape franchie qui n’aurait jamais dû l’être.

    Cette situation s’est maintes fois répétées ces dernières années, chaque fois venant de milieux soit d’extrême droite intégriste religieuse, comme à Versailles pour l’affiche d’un film  http://www.europe1.fr/france/versailles-censure-une-affiche-de-film-trop-gay-1548111  et auparavant pour une œuvre d’un artiste d’art contemporain Anish Kapoor http://next.liberation.fr/culture/2015/09/09/physique-ou-insidieuse-jusqu-ou-ira-la-censure-dans-l-art_1378956  ou bien de milieux intégristes et traditionnalistes d’autres religions.

    Ce phénomène en arrive à toucher l’école publique dans laquelle des professeurs de différentes disciplines sont régulièrement victimes d’ingérences sur leur manière de conduire leur pédagogie qui, rappellons-le est inscrite dans la loi comme relevant de leur liberté pédagogique dans le respect des programmes. Ces attaques mettent en cause la qualification et les missions des personnels de l’éducation nationale.

    Elles sous tendent une remise en cause le l’unicité du cadre des contenus scolaire, leur caractère laïc, et le fait que l’école soit le sanctuaire dans lequel chaque élève se voit offrir la possibilité de découvrir et partager des notions que son milieu et son héritage familiaux ne lui fournissent pas dans tout un caractère d’universalité nécessaire pour devenir des citoyens autonomes,  libres et souverains de leurs corps, de leurs pensées, de leurs dires et de leurs actions. Cette remise en cause, encouragée par le laissé-faire de certaines hiérarchies saturées de problèmes multiples à résoudre par ailleurs, est d’une grande gravité.

    On voit aller de pair les menaces sur les idées, sur les principes, sur les pratiques, de la république et de la civilisation : Ce n’est pourtant pas en reconduisant telles quelles, les idées des anciens et les dogmes religieux imposés par des rapports de domination, que la société a avancé. Si n’avaient pas existé à chaque génération depuis l’origine des temps humains, des personnes qui avaient décidé d’assumer courageusement leur intelligence créatrice et d’affronter les archaïsmes ou les automatismes de pensée et de technique de leurs ainés ou de leurs contemporains, nous en serions encore tous à tailler les silex.

     

    À l’autre extrême de cette situation, on trouve la disruption, permanente désormais, au gré des intérêts exlusifs et des critères des milieux d’affaires, qui précipite la société et la terre vers la catastrophe avec une grande violence. Toute nouveauté ne sera pas jugée à la mesure du service qu’elle peut rendre en évaluant les effets secondaires que son emploi massif pourrait induire. Toute nouveauté sera mise en œuvre avec tous les moyens d’imposition possible le plus vite possible, à l’échelle la plus massive possible dans le seul et unique but de faire du profit pour quelques personnes tirant un avantage de leur position sociale ou économique. 

    On découvre dans le travail scientifique des psychosociologues Robert- Vincent Joule et Jean Léon Beauvois, par exemple dans l’ouvrage « Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens » (Presses universitaires de grenoble 2002), une foule d’éléments troublants qui doivent être considérés.

    La question est de savoir jusqu’à quel point on peut considérer légitime et éthique d’employer des techniques facilitant des comportements d’autrui conformes à nos vœux ? À travers toutes ces techniques auxquelles ont été attribuées des appellations évocatrices, telles que « amorçage », « effet de gel », « pied dans la porte », « porte au nez », « mais vous êtes libres de », « pied dans la bouche », « pied dans la mémoire », etc, on découvre un éventail de moyens astucieusement mis en œuvre par les expérimentateurs pour conduire leurs recherches scientifiques sur les comportements sociaux.

    Et l’on découvre que plus la réponse à la sollicitation de l’expérimateur aura été prise dans l’illusion de liberté, plus la personne sera amenée à persister dans des choix qui ne sont plus les siens, au travers de ce qui est nommé une  « escalade d’engagements ». Les manipulateurs font flores dans les milieux qui gouvernent la société selon leurs visées : marketting, média, politique, management… Et ce sont eux qui détiennent ces techniques dont nous sommes les cibles.

    Il est donc très difficile d’être soi-même suffisamment au fait de ces techniques pour les discerner au cœur de situations qui semblent inoffensives ou interchangeables, alors qu’elles nous déterminent au plus haut point avec une probalité de réussite démultipliée, presque toujours à notre insu et à notre détriment ; aussi bien les individus que le corps social tout entier. Les connaître, c’est déjà s’en défendre un peu et éventuellement en faire soi-même un usage à bon escient autour de nous.

    Ailleurs, Robert-Vincent Joule répond dans cet article à des questions venant du milieu du commerce, et avec une ironie savoureuse, nous donne un cap d’exigence à tenir : http://www.technique-de-vente.com/decouvrez-linterview-de-robert-vincent-joule-chercheur-en-psychologie-sociale/

    Jean Léon Beauvois, lui, montre comment ces techniques, généralisées par les pouvoirs des dominants à l’ensemble du corps social, contreviennent finalement largement aux principes et aux visée d’une véritable démocratie. https://questionsdecommunication.revues.org/6749 Jean-Léon Beauvois, « Les influences sournoises. Précis des manipulations ordinaires » Paris, Bourin, coll. Sociétés, 2011.

     

    Le tableau ne serait pas complet si l’on oubliait le rôle incroyablement nuisible des écrans. Selon Michel Desmurger, chercheur à l’INSERM et auteur de « TV Lobotomie, la vérité scientifique sur les effets de la télévision » (Max Milo 2012), ceux-ci sont consommés de manière statistiquement cumulative par les gens et en particulier les enfants; avec des ravages inouïs sur les facultés de concentration, l’indifférence aux souffrances d’autrui, le goût pour la violence, les conduites à risques, la sédentarité, le tabagisme, le consumérisme des produits prédateurs du marché mondialisé, la reconduction des comportements sexistes et misogynes, etc : https://www.youtube.com/watch?v=5miCBg-fW4g . Ici ce sont des pédiatres qui tirent la sonnette d’alarme :  https://www.youtube.com/watch?v=9-eIdSE57Jw .

     

    Tout cela produit, de l’autre côté, des victimes en masse, souvent en grande difficulté pour se défendre et renverser la tendance. Et il est remarquable de constater à quel point ce sont bien les idées néolibérales qui tirent parti le mieux de ces techniques et de ces médias dominants, pour piloter la société selon les visées des hommes d’affaires. En face, dans l’absence de réaction collective suffisante, ce sont les femmes les premières victimes : http://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/reforme-du-code-du-travail/reforme-du-code-de-travail-des-associations-feministes-denoncent-les-consequences-pour-les-femmes-des-ordonnances_2360353.html 

    On a l’impression que l’inaction et l’hébétude de la société face à ces attaques historiquement graves, est l’exacte photographie des effets de manipulation et de conditionnement des puissances politiques et économiques dominantes.

    Et il y a bien de l’autre côté des avantagés à cette situation : « Selon un rapport publié par l'ONG Oxfam, les 10% des ménages français les plus riches bénéficieront "d'une hausse de revenus au moins 18 fois plus importante que les 10% les plus pauvres", avec le projet de loi de finances 2018. » (France info).

    Ou bien ici, cette « perle » d’évidence quant à la dissociation complète entre objectifs et pratiques capitalistes d’un côté et besoins humains de l’autre , avec ces laboratoires privés subventionnés par l’État, qui ne veulent pas produire  des médicaments utiles : http://www.francetvinfo.fr/sante/medicament/manque-d-antibiotiques-il-faut-creer-des-laboratoires-pharmaceutiques-publics-pour-les-medicaments-pas-assez-rentables_2380941.html

     

    Ou encore ici sur le rôle de la Commission européenne, entièrement dédiée aux intérêts des multinationales pollueuses et responsables de l’écocide, telles que Monsanto. http://www.francetvinfo.fr/monde/environnement/pesticides/glyphosate-le-rapport-d-une-agence-europeenne-copie-de-celui-de-monsanto_2373604.html

     

    Donc, il y a blocage : les milieux réactionnaires et traditionnalistes se sentent incités à envahir la société républicaine et imposer des vues de soumission des consciences avec une grande violence. Les milieux d’affaires, eux, ne rencontrent pas l’opposition que mériteraient les mesures incroyablement rétrogrades qu’ils imposent avec leur personnel politique dévoué. Seuls certains milieux (fermiers bio en circuits courts, agriculteurs bio, militant(e)s féministes, France Insoumise avec son programme l’avenir en commun, etc.) osent s’activer hors des dogmes, des blocages et ouvrent des perspectives en phase avec une idée d’avenir de l’humain et de sa place sur terre. Mais il faut reconnaître que la prise de conscience des autres composantes de la société est tardive, lente et bien peu dynamique. Et l’effet devient ici la cause…

     

    Nous vivons des temps de blocages.

     

    Joël Auxenfans. Dessin d'un projet de verger participatif. Normandie. 2017.

     

     

     

     


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