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    Horreur totale, ou, comment se mettre dans la tête d’un électeur de Hamon

    Joël Auxenfans. Drapeau "Le Français est tissu de migrations". Production Piacé le Radieux. 250 x 300 cm. 2017.

     

     C’est fait, Hamon a fait le boulot : il a gardé sa candidature en dépit d’un score anticipé trois fois inférieur (7%) à celui de Mélenchon (20%), alors qu’il tançait auparavant celui-ci de se désister pour lui lorsqu’ils faisaient tous deux un score de 10 à 15 %. Donc, règle numéro un de tout socialiste : ne pas faire soi-même ce que l’on exige des autres !

      

    Observation numéro 2 : le programme de Hamon n’avait bien évidemment, et comme celui de hollande cinq ans avant, pas vocation à être appliqué, puisque, lorsque celui de Mélenchon fut en passe de réussir l’élection, Hamon garda pour son seul échec ses 6,35 %, qui auraient pourtant fait passer Mélenchon devant Fillon, mais surtout largement devant Le Pen et peut-être même devant Macron.

     

    L’hypocrisie suprême, véritable marque de fabrique du PS, consiste en ceci : quatre jours avant le scrutin, Hamon déclarait sur les ondes qu’il voterait Mélenchon au deuxième tour, sachant pertinemment que les clés de l’accès au deuxième tour étaient dans sa main, et qu’il ne les donnait pas. Lui et son lieutenant et faire valoir scientifique Thomas Piketty, déclaraient ces balivernes alors qu’ils savaient tous les deux compter : 19 + 6 = 25%, et 25 - 6 = 19% !! 

    Résultat, Le PS peut désormais hypocritement crier au loup contre Mélenchon, alors que c’est bien le PS la cause unique de la présence au deuxième tour du seul et unique choix « Macron-Le Pen ». Tandis que c’est bien UNIQUEMENT la gestion de trahison des promesses du PS, avec Hamon au gouvernement ensemble avec Macron, qui a provoqué la vague Le Pen qui n’a cessé de monter depuis cinq ans. Alors qu’auparavant, Sarkozy, il est vrai par démagogie tacticienne criminelle (mais il n’est pas à cela près), avait réussi à absorber partiellement cette poussée de rage électorale lors du scrutin de 2007. 

      

    Car c’est bien de la rage que nous et nos enfants allons hériter. Celle qui mit Trump au pouvoir aux US, et qui met aux manettes tous les fous de Dieu et autres intégristes religieux ou néo libéraux. Celle d’un processus de destruction des bases de la République et du vivre ensemble, des possibilités de lutter politiquement pacifiquement, de se voir reconnaître les droits à s’opposer légalement à une politique néfaste. 

    Avec Macron et grâce au PS de Hamon qui est resté en travers du puissant mouvement politique innovant politiquement de Mélenchon pour en empêcher la réalisation, la société française voit encore une fois la ruse mensongère du PS : l’un fait semblant par la gauche, tandis que l’autre, à tout hasard, récupère le tout par la droite : et les français, pris au piège, vont encore une fois déguster. 

    C’est à croire que « l’électorat socialiste type », dont un sondage juste avant le premier tour chiffrait, semble-t-il et cela semble logique, à 70% le nombre d’électeurs de Hamon souhaitant un désistement de leur candidat pour Mélenchon, manifestent le syndrome de Stockholm : Ils finissent pas aimer se faire avoir et subir les reculs sociaux que leur imposent leurs chefs. 

    C’est cette aptitude jalousement entretenue à se laisser berner au titre d’un fatalisme atavique de citoyens désactivés intellectuellement que s’accumule ainsi, de quinquennats en quinquennats, des frustrations et des dégradations immenses, mondiales, profondes, très difficiles à contenir et à transformer en combativité citoyenne, pacifique et créative. 

    C’est l’horreur totale ! Du droit pour la Terre (voir l’excellent ouvrage, véritable réquisitoire d’une précision passionnante et très lisible, de Valérie Cabanes « Un nouveau droit pour la Terre », paru en 2016 chez Seuil), totalement nié par Macron, Le Pen et tous les autres. Avec un Hamon juste hypocrite, puisque, s’il avait voulu vraiment répondre à cet enjeu planétaire gravissime, il aurait passé outre ses prétendus désaccords avec Mélenchon pour vraiment changer le paradigme d'exploitation-production-consommation de notre pays et du monde. 

    Avec Le Pen en embuscade,  prête à se jeter sur la société française pour en détruire irréversiblement les ressorts démocratiques avec la bénédiction discrète des marchés financiers. Avec l’Europe et les marchés financiers si sûrs de tirer les marrons du feu quel que soit désormais le résultat en bénissant le Sieur Hamon, auteur de ce superbe échec planifié avec validation de Hollande (premier personnage politique visité par Hamon après la primmaire socialiste). 

      

    Nous y voilà ! Donc, ne pas se laisser « Trumper » ! L’ultra libéralisme de Macron, véritable arme de destruction massive de l’espoir et du progrès social et environnemental, ne doit pourtant pas nous laisser franchir, par Marine Le Pen et le FN, les portes du pouvoir. Car la cinquième République, dont on remarquera que cette candidate Frontiste ne remet rien en question de ses pouvoirs présidentiells exorbitants inventés sur mesure pour De Gaulle et issus du contexte de la guerre d’Algérie de 1958, ne doit pas devenir désormais l’instrument exclusif des fascistes. 

      

    On voit lorsque des nationalistes réactionnaires polonais prennent le pouvoir, ce que cela donne de mesures de répressions imbéciles et contre démocratiques, de violations des droits fondamentaux et de régression, de racisme et de mysogynie. On voit la même chose aux US, mais aussi en Turquie : le pouvoir entre les mains des fanatiques du racisme et de l’obscurantisme rétrograde, c’est une difficculté parfois insurmontable à rétablir la démocratie. 

    Le prix à payer en souffrances et en vies sacrifiées, en répression, en injustices criminelles et en pratiques mafieuses est trop cher payé pour les peuples. Or, le peuple ne doit pas s’affaiblir. Il doit conforter l’immense acquis du résultat de Mélenchon au premier tour. Il doir continuer pacifiquement à continuer l’explication, la pédagogie programmatique de l’avenir en commun qui a encore de grandes marges de progression dans l’opinion. 

    Et cela ne pourra pas se faire sous le joug de la domination violente, contagieuse et sans partage, du FN à l’Élysée et au gouvernement. Elle pourra en revanche continuer à se développer dans un contexte très explicite de l’extension des pouvoir illimités des marchés financiers sur l’économie et la société, sous Macron - l'horreur !! 

    Macron et Le Pen, ces deux hyènes du système que l’on voit sur leurs affiches si sophistiquées pour étourdir et manipuler le peuple http://www.francetvinfo.fr/politique/emmanuel-macron/presidentielle-emmanuel-macron-et-marine-le-pen-devoilent-leurs-affiches-pour-le-second-tour_2162814.html, doivent être également renversées politiquement. Encore faut-il choisir l’option qui nous en laisse le plus pacifiquement les moyens, sans en passer par la guerre civile. 

    Sans être masochiste, je dirais que les régressions fulgurantes que prévoit Macron dès cet été par ordonnances, comme il l’annonce lui-même, seront un excellent outil didactique (bien que violent à tous points de vue), pour alimenter la maturation des idées de l’Avenir en commun, des luttes des salariés et des citoyens pour imposer progressivement des paradygmes tels que la sixième république, la planifiaction écologique, la réforme des médias, la démocratisation du travail, etc… 

    Marine Le Pen ne doit absolument pas passer. C’est comme d’allumer un incendie dans une forêt déssechée pour voir si on est capable ensuite d’éteindre, en croyant que cela provoquerait « nécéssairement » des réactions en chaîne imprévisibles et donc aussi peut-être favorable, par l’ampleur du dégoût : c’est un raisonnement faux, très dangereux, criminel, car les victimes ne sont le plus souvent pas ceux qui s'inventent pour eux-mêmes ces scénarios stupides et irresponsables, qui allument les feux de la violence inconséquente, les victimes sont souvent ceux qui ne savent ni ne peuvent se défendre et souffrent, en masse et individuellement, le martyre dans l'indifférence de la vie quotidienne. 

    La société française explosera sous la violence du FN au pouvoir. Au contraire, on peut pacifiquement changer la société français dans les cinq ans à venir, sans en passer par la case « déflagration » et destruction irrémédiable des liens sociétaux. Certes, il sera difficile, dans l’hypocrisie et la Novlangue « moderne » du jeune loup et des vieux routards du libéralisme qui l'accompagneront dans ce pseudo "renouveau" effréné, de contester une hégémonie médiatique écrasante, mais la France Insoumise a déjà des armes efficaces, susceptibles d’une grande expansion dans les mois et années à venir. 

    C’est cela qu’il ne faut pas inconsidérément laisser détruire par des contextes de violences urbaine et de raids de milices fascistes qui ne manqueraient pas de fleurir dans nos villes, villages et campagnes, sous un régime de « Front National » en pleine possession de tous les leviers du pouvoir. 

      

    Il n’y a pas photo : c’est Macron qu’il faut voter, en vomissant aussitôt après (et même avant si besoin et plusieurs fois même !), et en élisant dans la foulée, les députés pour le combattre : ceux de la FI, du PC, mais certainement pas du PS : on sait maintenant à quoi sert ce parti, comme ces groupouscules puritains de gauche qui prélèvent à chaque scrutin depuis quarante ans, juste ce qu’il faut de voix pour que la majorité ne soit pas atteinte :  à empêcher le changement d’advenir, coûte que coûte... 

      

    Quant à cet électorat (celui du Ps), il aurait besoin de penser un peu hors des automatismes du fameux syndrome de Stockholm : 

    Non, il n’est nul besoin de bénir et de jouir des coups de trique des dominants, non il n’est pas obligatoire de bêler d’approbation ou de consentir perpétuellement et silencieusement aux mensonges et aux trahisons des représentants de l’appareil du PS. Il est possible d’avoir une conscience politique, … et de s’en servir. En ralliant la France Insoumise et militant avec tout son cœur, son intelligence, sa jeunesse (au moins d’esprit, qui peut être perpétuelle, elle ! ) et sa créativité. 

    Le monde en a besoin !! 

     

     

     

     

     

     

    Horreur totale, ou, comment se mettre dans la tête d’un électeur de Hamon

     

     

    Joël Auxenfans. Affiches Mélenchon et Drapeau à l'exposition "Archinature" à Piacé le Radieux, du 8 avril au 8 mai 2017.

     

     

     

     

     

     


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  • Esprit boutique

     

    Joël Auxenfans. Installation d'affiches dans un abri bus. 18 mars 2017, Paris.

     

     

    Sur le parcours du défilé de la France Insoumise pour la sixième République de Jean-Luc Mélenchon ce samedi 18 mars 2017, il était amusant de constater l’intérêt du public pour ma « boutique » d’affiches installée in situ dans un abribus du boulevard du Temple.

     

    Esprit boutique

     

    Sur la partie externe du caisson publicitaire Decaux de l’abribus, j’avais laissé l’affichage des équipes de campagne du candidat, et m’étais contenté de coller la dernière affiche que j’ai pu réaliser.

     

    Esprit boutique

    Joël Auxenfans. Personnes en train de photographier les affiches avant le début du défilé. Ils seront des centaines par la suite. 

     

    Les gens par centaines venaient s’attrouper pour photographier mon affiche, et les autres affiches précédentes, mais ils ne venaient pas pour l’affiche officielle de la France Insoumise. Elle était transparente à leurs yeux. Ils fondaient vers l’abribus pour les peintures affiches, et en particulier pour la petite dernière qui se vendait comme des petits pains.

    Cette affiche est éditée avec l’aide du Centre d’art de Piacé le Radieux http://www.piaceleradieux.com/. Ce centre d’art programme une exposition collective « Archinature », du samedi 8 avril au samedi 8 mai 2017, et m’a invité à y participer.

     

    La « cause » que je défends depuis plusieurs années (si ce n’est depuis plusieurs décennies), du statut de l’image peinte ou de l’affiche dans la cité et dans l’espace politique, trouve là une forme d’accomplissement et de preuve : oui, il existe une alternative à l’affiche de propagande.

    Ou plutôt, oui, il existe, à côté de l’affiche de propagande – du « matériel » comme on dit –, une place et un rôle pour la création d’art d’auteur, singulière, problématique, alternant entre le premier et le second degré, convoquant l’histoire de la peinture et des images, de la politique, …

    Et ce rôle n’est pas nuisible à la mobilisation ou à la « clairvoyance » politique des militants ou du public. Au contraire, il leur assigne un second plan de réflexivité, moins fusionnel avec l’objectif militant, plus proche du doute et de la pensée, plus intime avec la délectation, la médiation, la contempla(c)tion.

    Certes, ces valeurs semblent à première vue éloignées des vertues militantes, d’activisme, d’enthousiame, d’engagement. Mais elles replacent justement ces composantes de la pratique sociale dans un champ plus vaste, plus profond, plus lent à court terme, mais peut-être plus complet et efficace à long terme.

     

    L’équipe de Jean-Luc Mélenchon, avec le travail immense des centaines de participants répartis sur le territoire national, a réussi le pari de réunir une foule considérable, estimée à 130 000 personnes, place de la République. En même temps, les sondages reconnaissent une marge d’erreur dans leurs calculs – rectifiés ou non – qui peut peut faire passer l’estimation du score électoral de Jean-Luc Mélenchon de 10,5 à 18%.

    Pas de quoi justifier en tout cas que Benoît Hamon puisse se croire autorisé de s’arroger le rôle de leader à gauche pour lequel chacun devrait s’effacer d’office. Il s’agit-là d’un abus politicien de plus, après tant d’autres.

    Un tel candidat, qui fut ministre pendant la moitié du quinquennat porteuse de grands moments de régression sociale, qui « rend hommage » au bilan de Hollande, qui donne l’investiture à Myriam El Komri et Manuel Valls, qui « bidouille » telle ou telle mesure d’un concurrent plus pour ménager chèvre et choux que par cohérence, un tel candidat, dis-je, quelle légitimité politique  doit-on lui accorder préférentiellement à Jean-Luc Mélenchon ?

    Voici à cet égard quelques extraits savoureux collectés sur France Info en direct du meeting de Benoït Hamon à Bercy, qui a rassemblé dix fois moins de participants que ce fut le cas la veille place de la République  avec Jean-Luc Mélenchon http://www.francetvinfo.fr/politique/benoit-hamon/direct-presidentielle-regardez-le-meeting-de-benoit-hamon-a-bercy_2101609.html :

     

    « franceinfo

    Notre journaliste Sophie Brunn nous en dit plus sur le changement de ton (souligné par moi NDLR) de Benoît Hamon à l'occasion de ce grand discours parisien :

    "On a déjà vu #Hamon proche des gens, on veut montrer qu'il sait aussi être solennel" explique son entourage."

     "Je suis le candidat de la feuille de paie, du pouvoir d'achat, de la France qui se lève tôt, dont d'autres candidats parlent tout le temps mais ne voient jamais."

    "Candidat du pouvoir d'achat", c'est une formule utilisée par Emmanuel Macron avant Benoît Hamon, mais aussi par Laurent Fabius en 2006. Et "la France qui se lève tôt" est une expression de Nicolas Sarkozy, candidat en 2007. »

     "Soyez le coeur brûlant de la gauche, le coeur battant de la France", retour de la métaphore cardiaque de Benoît Hamon, dont c'est le slogan de campagne.

    "Point "Patrick Bruel" atteint. Benoît Hamon vient de se casser la voix en exhortant les jeunes de France à s'offrir un avenir meilleur, en égrénant une série de prénoms.

    Cela fait penser au fameux "c'est notre projeeeeeeeet" d'Emmanuel Macron. »

    (…)

     

    Que penser d'autre si ce n'est qu’il s’agit-là de pures exercices de formes de langage, de cosmétique et de mise en scène, empruntés à tel ou tel de ses prédécesseurs menteurs, mais absolument pas d’un engagement sincère, cohérent, souverain. Cet homme louvoye avec ses anciens concurrents qu’il veut garder auprès de lui au prix de la clarté, de l’éthique et même du réalisme.

    Ce sont là des calculs d’hapoticaire pour ramener à lui des composantes antinomiques et passer pour l’homme du changement lorsqu’il n’est que celui de la continuité, à la suite du président du « changement maintenant », qui s’avéra un monument de mensonges et de promesses non tenues…

     

    C’est ce que j’appellerai ici « l’esprit de boutique » : tenir son fond de commerce – à savoir sauver l’hégémonie du PS, y compris dans des négociations à venir avec Macron, ancien Banquier chez Rothschild, puis conseiller de Hollande, puis ministre de l'économie... –, en ménageant tel ou tel « client », tel ou tel « appui » prompt à se retourner contre lui à tout moment. 

    Mais de volonté réelle, de contenu réel, de chiffrage réel du programme, il n'y en a point du tout.

     

    Il se trouvera bien quelques benêts pour le suivre afin – but ultime ! – que rien ne change vraiment...

     

     

     

     


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  • Joël Auxenfans. Le "changement maintenant", toujours, jamais. Peinture affiche. 2017.

     

     

     

    La fixité avec laquelle la répétition du même s’instaure dans le débat politique, fait figure de hiératisme. Invariablement, les publics de nos médias officiels vont embrayer sur les avatars les plus improbables et s’y soumettre, comme un seul homme.

    Ainsi nos deux anciens ministres du gouvernement Hollande vont impeccablement se faire passer pour l’incarnation du « renouveau », du « sang neuf », de « la jeunesse », lors même qu’ils proviennent et ont contribué à produire ce qu’ils prétendent contester. Il s’arrangent avec leur conscience pour louvoyer au gré des intérêts électoralistes, par des interpellations fracassantes et raccoleuses, ou des modifications de pseudo réformes en fonction d’intérêts sous jacents et de raccomodements d’états majors.

    Le plus haut placé par les sondagiers a un programme de sept pages tout compris, avec des gros caractères, des formules publicitaires et des photos euphorisantes jusqu’à la coupe, tandis que le programme de la France Insoumise se déploie lui sur 125 pages rédigées en caractère de corps 12, en texte, étayé, noir sur blanc, avec des dizaines de cahiers thématiques sans cesse enrichis, qui détaillent et approfondissent une volonté ambitieuse de réforme dans un monde et un pays qui en ont besoin. https://avenirencommun.fr/avenir-en-commun/

    Qu’importe, les naïfs électeurs répèteront comme un mantra les idées officielles, à savoir que tout protectionnisme est par essence catastrophique, que réguler l’économie et la finance nous conduit tout droit en Corée du nord, que planifier est par définition soviétique, et que la personne de Jean-Luc Mélenchon parle en insultant ses interlocuteurs.

    C’est vrai que nous avons en face des gens bien éduqués, policés, tout en subtilités : Il se servent dans les caisses en cachette ou dissimulent des pratiques immorales, mais ils savent, avec leur caste montée au créneau d’un seul mouvement singeant l’indignation, justifier l’indéfendable avec des tournures, des contre attaques, des sophismes et des menaces, qui portent le sceau d’une oligarchie au dessus des lois communes.

    Les frères d’Adama Traoré passent en comparution immédiate lors d’altercations avec la police. Mais Christine Lagarde, jugée coupable de graves négligeances dans la gestion des affaires de l’État, repart à la direction du FMI sans punition, pour un demi milliard d’euros refilés en douce à l’escroc qui fut occasionnellement ministre de la ville d’un gouvernement socialiste.

    Les « réformes courageuses » que prônent les uns et les autres des candidats du pseudo changement, signifient chaque fois, en bonne traduction de la novlangue politicienne, une invariable régression sociale, source de souffrances accrues pour la majorité. Lorsque par opportunisme, un candidat a glissé une mesure phare lui servant à capturer l’attention de citoyens hagards, c’est pour qu’apparaisse ensuite que la dite mesure sera réduite comme peau de chagrin, ou qu’elle ne s’appliquera que si l’on juge que les conditions sont réunies (et que l’on s’efforcera de ne pas réunir)…

     

    Pour vouloir voter Hamon après toutes les promesses socialistes trahies ; pour vouloir voter Macron avec tout l’exercice de prestidigitation auquel il se livre avec l’appui des médias, dont tout montre qu’il s’agit de raccolage électoral de l’ordre de la fascination pure et simple, il faut avoir chevillé au corps le besoin d’être trompé et dominé.

    L’actualité du « Discours de la servitude volontaire » d’Étienne de La Boétie est telle qu’on la sent irradier le paysage électoral d’un faisceau éblouissant, littéralement aveuglant. Quand pourra-t-on espérer que nos contemporains soient en mesure de discuter, juger, comparer, analyser, et choisir en connaissance de cause, les orientations politiques bonnes pour tous.

    Au milieu de ce bal des vendus, il ne vous reste tous, autant que vous êtes, qu’à convaincre autour de la seule candidature réellement de gauche et alternative, avec un programme réellement travaillé collectivement en profondeur, chiffré et élaboré avec plus de 3000 contributions, avec des ateliers thématiques, à travers une vraie éducation populaire de haut niveau, et qui est un programme réaliste PARCE QUE réellement transformateur et émancipateur : https://avenirencommun.fr/

    Les livres programmes "l’avenir en commun", que j’ai distribués à gauche et à droite sont lus, appréciés, et circulent. Voici le texte de présentation du livre actuellement une des meilleurs ventes depuis son lancement http://www.edistat.com/livre_tarifs.php?ean=9782021317510 :

    Je ne vois, en ces circonstances, pas grand chose à y ajouter :
     
    “Les élections de 2017 en France nous donnent le pouvoir de changer l'histoire de notre pays. Mais aussi celle du monde où il prend place. Prenons nos responsabilités. Qu'ils le veuillent ou non, tous les êtres humains sont confrontés aux mêmes urgences : le changement climatique, la destruction de l'écosystème, la contagion de la misère, l'accumulation insensée de la richesse et du pouvoir dans quelques mains, la ruine de la démocratie jusque dans son berceau, dans cette Europe qu'il faut changer ou quitter. Nous sommes tous impliqués. Ferons-nous nos choix sous l'emprise de la peur et du chacun pour soi ? Ou bien opterons-nous raisonnablement pour l'intérêt général humain ? Cet avenir en commun, voila ce que propose de construire tout de suite le programme de la France Insoumise et son candidat Jean-Luc Mélenchon.”

     

    Et rendez-vous le 18 mars 2017 à la Bastille à 14h, pour la 6ème République, avec Jean-Luc Mélenchon !


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  • L’hydre

    Joël Auxenfans. Peinture affiche. 2017.

     

    Nous vivons des moments incroyables. À l’heure où j’écris ces lignes, Monsieur Hamon, nouvellement choisi lors des primaires socialistes, vient de déclarer qu’il refusait « d’offrir des têtes » (celles de ses anciens collègues au gouvernement Hollande).

     http://www.lexpress.fr/actualite/politique/elections/legislatives-hamon-refuse-d-offrir-des-tetes-a-melenchon_1875578.html 

    En faisant cela, il n’écoute pas ce que lui demande de manière posée, claire et courtoise Jean-Luc Mélenchon. https://www.youtube.com/watch?v=tQIsWprmxDA 

    À savoir de tourner la page écrite par les auteurs de la politique désastreuse et injuste que refusent les Français. C’est-à-dire de rompre CLAIREMENT avec tous ceux qui ont imposé les lois scélérates de Hollande, comme l’ANI, le CICE, la loi El Komri, les reculs sociaux, l’austérité, la destruction des services publics http://www.francetvinfo.fr/sante/hopital/l-hopital-ne-veut-plus-etre-la-variable-d-ajustement-du-systeme-de-sante-francais_2047605.html (il y a des centaines d’informations tragiques comme celle-ci dans tous les domaines depuis des années... ).

    Donc Monsieur Hamon est présenté comme s’il avait « gagné », lors de la primaire, primaire dont on sait maintenant combien c’est un procédé importé directement des USA et qui piège la démocratie http://www.francetvinfo.fr/politique/ps/primaire-a-gauche/on-n-elit-pas-un-president-comme-on-choisit-un-fer-a-repasser-et-si-les-primaires-etaient-une-fausse-bonne-idee_2037055.html,  contre ceux qui ont mené cette politique, en se faisant passer comme quelqu’un qui est prétendument contre cette politique.

    Et, une fois désigné, c’est précisément avec ceux qui ont mené cette politique qu’il prétendait combattre, qu’il insiste et veut coûte que coûte s’allier. En soutenant par exemple l’investiture de Mme El Komri comme candidate à la législative dans le 18ème arrondissement de Paris, ou Monsieur Valls à Créteil, Monsieur Hamon soutient directement cette politique désavouée par les français et les participants à la primaire.

    Nous avons donc à nouveau là, de manière flagrante, aussi flagrante que la signature du TSCG de Sarkozy-Merkel par Hollande le lendemain de son élection sur la promesse de le renégocier, encore une sempiternelle trahison d’un socialiste.

    Monsieur Hamon, celui qui se fait passer pour plus à gauche, devient celui-là même qui ouvre la porte aux politiciens que les citoyens (naïfs), en le choisissant lui, croyaient avoir chassés.

     

    L’hydre

    Joël Auxenfans. Le vrai visage du faux changement. Photomontage. 2017.

     

     

    L’hydre

    Joël Auxenfans. Les vrais faux nouveaux. Photomontage. 2017

     

     

    C’était, rappelez-vous, exactement la même chose lorsque Monsieur Montebourg, en 2011, qui s’était présenté aux primaires de l’époque pour le plus à gauche, avait ostensiblement choisi de soutenir François Hollande, celui-là même dont tout signifiait (et ses projets écrits dès 1985 ce que l'on apprend ici https://blogs.mediapart.fr/edition/actualite-et-verites-de-la-campagne-de-la-france-insoumise/article/280117/frederic-lordon-soutenir-melenchon ) qu’il serait le plus lénifiant et souple des socialistes envers le capital.

    Et les années qui suivirent démontrèrent l’énormité de cette trahison en chaine : celle de Montebourg en soutenant Hollande, puis celle de Hollande en soutenant le MEDEF envers et contre toutes les promesses faites au peuple.

    On a affaire ici à un phénomène clair de trahison et d’incohérence politicienne délibérées et structurelles, pourvu que le pouvoir échoue perpétuellement sans faute à la même caste de gens de la haute société qui s’arrangent entre eux.

    Ainsi, Monsieur Hamon ne refuse pas de s’allier avec les députés socialistes sortants qui soutiennent aujourd’hui Macron, lui-même présenté comme « nouveau » par les médias alors qu’il a été, presque toutes ces années de présidence "Hollande", le conseiller personnel de l’Élysée, qui a piloté la dérégulation au service du monde qu’il affectionne par dessus tout, celui de la grande finance (rappelons qu’il était, juste avant d’être choisi par Hollande à l’Élysée puis à Bercy, un ancien chargé d’affaire de la banque Rothschild).

    Cela veut dire que la « coalition » que Monsieur Hamon  propose, met côte à côte des politiciens et politiciennes qui ont fait leur preuve de nuisance pendant ces dernières années, de Macron à Hamon, et maintenant Jadot (qui, comme tout écologiste à la suite de ses prédécesseurs, n’a pas d’autre ligne politique réelle que la prise des places du pouvoir, unis soit-disant à toutes fins utiles (mon oeil) avec ceux qui se moquent éperdument de l’urgence écologiste, à savoir les socialistes et les néolibéraux).

    Mais enfin quel sens cela aurait-il de présenter aux français et au monde une « union » électoraliste réunissant des gens décidés à poursuivre cette politique catastrophique (pas pour tout le monde), désavouée par les français, et ceux qui combattent cette même politique depuis toutes ces années ? Cela serait une compromission généralisée et définitive (quoique,... en ce monde de prestidigitation bien contrôlée au plus haut niveau et entre soi…) pour garder le pouvoir.

    Cette situation ressemble à l’image de l’hydre, telle que l’antiquité et le Moyen Âge nous l’ont léguée. L’hydre a plusieurs têtes, mais c’est le même monstre !

    Vous chassez Valls et mettez Hamon à la place, et Hamon vous ressert Valls la minute d’après, en pleine forme et tout aussi dangereux !!... Et si ce n’est pas Valls ou Hamon, ce sera Macron, qui sert exactement les mêmes intérêts et dont on sait comment les médias de Monsieur Dassault (condamné ici http://www.francetvinfo.fr/politique/affaire/dassault/serge-dassault-condamne-a-une-amende-de-deux-millions-d-euros-et-cinq-ans-d-ineligibilite-pour-blanchiment-de-fraude-fiscale_2047117.html ) et ses amis favorisent la montée en puissance quasi magique dans l’opinion, au point qu’à côté, l’hologramme de Mélenchon sera toujours qu’un petit jeu d’enfant intelligent mais innocent.

    Macron, est présenté par les milieux d’affaires qui dirigent les médias et les sondages, comme le messie de la « nouveauté », alors qu’il a quitté ses fonctions ministérielles auprès de Hollande pour sa campagne électorale il y a quelques semaines à peine, non sans se voir reprocher d'ailleurs de siphonner les caisses publiques pour les besoins de son lobbying de pré campagne http://www.francetvinfo.fr/politique/emmanuel-macron/macron-soupconne-d-avoir-utilise-l-argent-de-bercy-pour-lancer-en-marche_2034485.html 

    Mais l’on apprend ici justement comment les sondages fonctionnent par « L’observatoire des sondages » d'Alain Garrigou, chercheur spécialisé sur ces questions http://www.observatoire-des-sondages.org/entre-amis-la-commission-les-sondeurs-et-emmanuel-macron 

    Mais faire de la recherche honnête et dérangeante dans ce pays n’est pas sans risques, comme on l’apprend par les poursuites destinées à le ruiner et l’empêcher de continuer sont travail pourtant si salutaire pour la démocratie.http://www.acrimed.org/Tentative-de-baillonner-la-critique-des-sondages-un-observatoire-menace 

    C’est la même menace pour les lanceurs d’alerte qui ont particulièrement souffert des violences ou des lâchetés d'État sous Hollande, Hamon, Valls, et Macron, comme sous leurs prédécesseurs, alors que ce sont pourtant des gens qui défendent la liberté et l’information de la population contre les abus et les fraudes immenses des grands groupes financiers :

    http://www.lemonde.fr/evasion-fiscale/article/2016/12/12/luxleaks-ce-proces-est-un-message-envoye-contre-les-lanceurs-d-alerte-et-les-journalistes_5047308_4862750.html

    Ou ici http://www.francetvinfo.fr/economie/impots/exil-fiscal/je-suis-une-rescapee-la-descente-aux-enfers-de-stephanie-gibaud-qui-a-denonce-le-systeme-de-fraude-fiscale-d-ubs_2045327.htmlStéphanie Gibaud qui dénonce la complicité des ministères français contre elle-même et en soutien de groupes financiers fraudeurs, comme l’avait constaté Hervé Falciani, (voir son livre édifiant ici http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Seisme_sur_la_planete_finance-9782707177292.html ), et qui a été condamné malheureusement lui de cinq ans de prison ferme.

    Ceci, alors que Madame Lagarde, jugée coupable et condamnée dans l’affaire du demi milliard d’euros que Bernard Tapie avait obtenu par complaisance de l’État sous Sarkozy, ne s’est pas vue infliger la moindre peine...Impunité de caste caractérisée !!

    Puis avec Fillon, premier ministre de Sarkozy  cinq ans durant et qui se présente malgré tout lui aussi comme « nouveau », ou celui qui le remplacera pour les raisons que l’on sait   http://www.francetvinfo.fr/politique/francois-fillon/penelope-fillon/affaire-penelope-fillon-quatre-questions-sur-les-nouvelles-revelations-du-canard-enchaine_2044705.html , c’est le même mouvement de fascination des gens tv lobotomisés pour effacer les bilans, et reprendre la main sur les affaires, alors que les perpétuels bénéficiaires, entre tous ces arrivistes, sont toujours exactement les mêmes : les milieux financiers.

    Quant à Marine Le Pen et les communautarismes religieux, rétrogrades, misogynes, racistes et autoritaires de son aloi, ils sont également empêtrés dans des scandales d’emplois fictifs ou de caisses noires http://www.francetvinfo.fr/politique/marine-le-pen/marine-le-pen-rejette-la-demande-de-restitution-de-300-000-euros-au-parlement-europeen_2044757.html , ils ne feront aucun mal à la finance pourtant à la source des maux dont souffrent la population et la planète.

    Tandis que ces caisses noires et autres corruptions, par affinité avec les méthodes d’extrême droite dont le patronat a historiquement usé des services lorsque la situation le demandait, sont choses courantes dans les milieux du grand patronat : http://www.lepoint.fr/politique/les-grandes-dates-de-l-affaire-de-la-caisse-noire-de-l-uimm-01-12-2015-1986318_20.php 

     

    Donc, au final, je trouve l’image de "l’hydre" très juste (même si je ne l'ai probablement pas inventée, depuis le temps que les trahisons au profit des riches existent dans l'histoire) pour définir la capacité du capital à se perpétuer en changeant de forme et se dissimulant sous des masques astucieux apparemment opposés mais appartenant en fait à la « même bête ».

    Et même lorsque ces gens se sont montrés au dessous de leurs engagements, particulièrement nuisibles à la société humaine, ils trouvent en secret le moyen par anticipation et entre amis, de se prévoir un parachute doré et honorifique.

    Ce fut le cas de Moscovici, ministre « socialiste » de « l’embrassade » historique avec Gattaz à l’université d’été du MEDEF, recyclé comme commissaire européen et qui s’y est appliqué à faire la leçon d’austérité aux grecs.

    Ce sera apparemment le cas de Hollande, qui aide en sous-main Macron à entrer à l’Élysée pour, en échange, être lui aussi propulsé par des soutiens de présidents nationaux amis, à la présidence de l’Union européenne…

    Ces gens ne reculent devant rien ; et ils sont soutenus, à tous les échelons, par les élus, qui espèrent, toujours à l'affut de l'occasion propice, avoir au moment opportun des miettes de pouvoir, et les militants aveuglés par leur esprit partisan, leur fatalisme et leurs habitudes...

    Aussi, peindre une icône de Mélenchon n’est pas ici un signe de fascination pour le bonhomme. C’est un jeu au deuxième degré pour signifier que, dans ce marécage politicien ou tout est fait pour cacher à la société civile les magots qui, toujours à son seul détriment, s’accumulent dans l'ombre, l’hydre du capital, prenant forme sous le masque de Hollande, de Fillon, de Macron, de Valls ou de Le Pen, a pris désormais depuis peu ici celui de Hamon.

    Hamon qui ne voit rien de mieux que de s’allier aujourd'hui et demain avec ses anciens adversaires à la primaire d'hier… Car tout cela en fait était bien sûr, entre amis de longue date et d’intérêts communs bien compris, une bonne blague pour berner à nouveau le pauvre peuple.

    Pour cela, je vois Jean-Luc Mélenchon, et avec lui peut-être le PCF malheureusement et honteusement très loin derrière ( et malgré quelques signes furtifs et incorrigibles de fléchissements persistants vers le PS qu’on lui connaît de longue date désormais), comme le seul politique efficace avec la France Insoumise.

    Fort de sa colère et de son  travail authentique de rationalisation pédagogique de la politique, il est, à l’image de ces chevaliers des peintures de Paolo Ucello, Saint Georges ou autre, celui qui s'active et enflamme vraiment l'opinion pour fondre ensemble sur la tête de l’hydre et laisser place enfin à une nouvelle phase de la vie.

    Pas par l'épée ou la violence, mais par la politique enfin rendue au peuple considéré non dans sa veulerie ou son ignorance mais dans son intelligence et sa combativité, seuls instruments des progrès historiques !

     

    L’hydre

     Joël Auxenfans. Peinture affiche Mélenchon 3 imprimée et affichée, 2017.

     

    La prochaine étape parisienne et nationale de cette lutte que je connaisse après l’hologramme du 5 février sera le 18 mars 2017 à Paris à la Bastille à 14h. Alors je vous ai laissé, ci dessus, en début de billet, une nouvelle image pour annoncer le rendez-vous du printemps auquel se joindre.

     

     

     

     

     

     

     

     


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  • Joël Auxenfans. Fillon, Gattaz, Marianne. Peinture affiche. 2017.

     

    Un vaste ensemble de choses dans lesquelles nous sommes en immersion nous conduit à respecter malgré nous les dominants, même s’ils n’ont aucun mérite autre que celui d’être issus d’un milieu d’héritiers du pouvoir économique, symbolique, politique, et religieux. Les exceptions ne sont ici autre chose que des exceptions : elles confirment la règle.

    La facilité avec laquelle des hommes politiques ou des représentants des intérêts des banques ou des grandes familles des plus hautes fortunes, trouvent l’aplomb de mentir ou de construire un discours entièrement opportuniste pour conquérir et conserver le pouvoir, provient de cette habitude à se représenter soi-même comme privilégié, hors du commun. Le preuve éclatante en est donnée ici : http://www.francetvinfo.fr/monde/usa/presidentielle/donald-trump/comment-jared-kushner-le-gendre-de-donald-trump-est-devenu-l-eminence-grise-du-president-americain_2010759.html !

     ou encore ici en France : http://www.francetvinfo.fr/elections/presidentielle/traditions-convictions-millions-qui-est-henri-de-castries-le-grand-patron-recrute-par-francois-fillon_2023315.html !

    Le problème vient de la facilité de sidération et d’oubli de tous les autres, séduits même par ceux là qui les oppressent, dès lors que cela est fait avec une certaine allure qui flatte aussi bien le volé que le voleur.

    La magnifique affiche ultime (voir ci dessous) de Claude Baillargeon avant de mourir, éditée en 2015 par le Parti communiste, montre une main de riche tenant un chapeau pour faire la manche, mais avec une assurance de prestidigitateur et de bonimenteur ; le pire étant que ce stratagème fonctionne tant que les opprimés s’y soumettent, pour finir de donner le dernier sous qu’il leur reste à ceux-là même qui vivent dans un superflu maladif, grotesque, destructeur et criminel.

     

     « La moitié de la distance Terre - Lune »

    Affiche du Graphiste récemment disparu Claude Baillargeon. 2015.

     

    Étienne de La Boétie, ami de Montaigne, dans son « discours de la servitude volontaire » (Folio-plus philosophie 2008), avait parfaitement énoncé ce qui se passe quant à la faculté sidérante des populations à se complaire dans la domination et l’oppression, laissant à quelques minoritaires faciles à expurger, le rôle de contestation et d’espérance d’une vie libre.

    Il écrivit par exemple ceci (P 23) :

    « Il n’est pas croyable de voir à quel point le peuple, dès qu’il est assujetti, tombe si soudain en un tel et si profond oubli de la liberté qu’il n’est pas possible qu’il se réveille pour la ravoir : servant si librement et si volontiers qu’on dirait à le voir qu’il a non pas perdu sa liberté, mais gagné sa servitude. »

    Les deux « primaires », de droite ou du Parti socialiste et apparentés, révèlent une chute du politique dans un jeu de conquête du pouvoir devenu un spectacle télévisuel, un jeu de coups médiatiques, de modifications opportunistes des programmes en fonctions des incertitudes des réactions des sondés, les coups bas envers les concurrents pourtant censés être du même bord, une incroyable mascarade…

    On ne sait si ces gens font semblant d’être amis dans un même groupe alors qu’en fait ils se détestent ou s’ils font semblant de se critiquer à mort pour en fait s’arranger en copains occultes pour des intérêts bien compris. Encore une fois, Étienne de La Boétie avait vu cela, cette ambivalence toujours aux aguets pour tirer avantage de tout changement de situation (p 53), à l’opposé absolu de toute loyauté et amitié sincère et désintéressée :

    « Cela tient certainement au fait que le tyran n’est jamais aimé, ni n’aime quiconque. L’amitié, c’est un nom sacré, c’est une chose sainte, elle ne naît jamais qu’entre gens de bien, et ne vient qu’avec une mutuelle estime ; elle ne s’entretient non pas tant par des bienfaits que par une vie vertueuse. Ce qui rend un ami assuré de l’autre, c’est la connaissance qu’il a de son intégrité ; les cautions qu’il en a, ce sont son caractère bon, la foi et la constance. Il ne peut y avoir d’amitié là où se trouve la cruauté, là où se trouve la déloyauté, là où se trouve l’injustice : de sorte qu’entre les méchants, quand ils s’assemblent, c’est un complot, non pas une compagnie. Ils ne s’entr’aiment pas, mais ils s’entre craignent, ils ne sont pas amis, mais ils sont complices. »

     

    Malgré ses dénégations et rectificatifs de circonstance, on voit bien que le champion de la droite bourgeoise libérale, conservatrice et autoritaire (il n’y a nulle contradiction entre ces trois termes, ils se combinent parfaitement au gré des intérêts des hautes fortunes et d’elles seules en fait), François Fillon déroule un projet foncièrement destructeur des acquis sociaux du modèle social que le monde entier nous envie.

    La République a en France quelque chose d’historiquement plus universaliste, c’est-à-dire que dès l’origine de la première république et de son assemblée Constituante, l’humanité entière était l’ambition ; non pas comme un projet totalitaire, bien qu’il ouvrit la voie au colonialisme, mais comme un présupposé à toute question politique : viser le bien commun à travers la liberté, l’égalité, la fraternité.

    Ces principes ont été maintes fois érodés par les puissants au cours de l’histoire des XIX et XX siècles. Chaque fois, des mouvements populaires remirent l’enjeu à sa place en actualisant les formes de l’émancipation humaine aux besoins de la société du moment.

    Encore une fois, nous assistons depuis 1983, et singulièrement depuis les derniers gouvernements,  à un effort permanent sur un temps long pour vider de son contenu la sécurité sociale, les droits sociaux, les libertés du citoyen, la démocratie au travail, l’égalité des hommes et des femmes… Et ceci malgré quelques moments d’acquis neufs qui flottent dans un océan de reniements et de régressions.

     

    François Fillon est désormais l’homme de ce rôle de la régression généralisée ; mais aussi Emmanuel Macron, le vrai magicien de la droite qui va faire prendre des vessies pour des lanternes à ses électeurs populaires  tandis que ses électeurs bourgeois se moquent éperdument que le monde change avec lui ou non. Ils sont très contents comme cela et soutiennent le jeune banquier comédien pour que cette apparence de changement leur garantisse que « tout continue comme avant », comme le fait si bien dire à son personnage principal dans le film "Le Guépard", le réalisateur italien Luchino Visconti et avant lui l’écrivain Giuseppe Tomasi Di Lampedusa dans son roman éponyme.

    Frédéric Lordon, dans un conférence donnée à HEC https://www.youtube.com/watch?v=9JwBlI0xf_k , décrit ce moment précis de renversement des dominations, d’après  cette anecdote : Marie Antoinette, lorsque tout commença à désobéir à l’ordre ancien, aurait déclaré : « Je sonne, mais personne ne vient… »  Ce moment signale un arrêt de l’acceptation de soutenir l’ordre de domination.

    Nous ne voyons pas encore poindre ce moment, bien que de nombreux signes de souffrance sociale insoutenable se manifestent. Ils ne trouvent surtout actuellement qu'à s’exprimer dans une tromperie monumentale de l’extrême droite, qui récupérera cette énergie pour la renvoyer plus violemment encore en résonnance dans le peuple et contre lui-même.

    Je ne suis pas seul à discerner que la France Insoumise, malgré les murs de honteuse propagande érigés partout à grand renfort de falsification et d’ignorance, consiste en tout autre chose. Les foules qui entendent Jean-Luc Mélenchon ne viennent pas avec une attitude de groupies hystériques ou de fanatiques venus pour des discours creux, mais pour une sorte de mélange entre un cours d’éducation populaire très clair et qui va à l’essentiel pour rendre un contexte et ses enjeux, et une invitation à une reprise de confiance, de courage et d’inventivité incessante.

    Ce monsieur crée sans cesse des situations neuves, rend confiance à des catégories dominées pour relever la tête et avec elle l’esprit, le désir, l’enthousiasme que les années quatre vingt et quatre vingt dix s’étaient chargée de ravager. Il faut se rappeler comment la télévision, par des émissions alors très suivies, comme Droit de Réponse, avaient eu pour principal résultat politique de détruire le sérieux de la recherche de la vérité politique. On le voit par exemple ici  avec des stars de l’époque Serge Gainsbourg, Renaud et d’autres, chargés malgré eux à déconsidérer aux yeux du public l’idée même de débat politique. Et ce n’est que maintenant avec le recul qu’on peut le voir pleinement.  https://www.facebook.com/Ina.fr/videos/vb.194210463958714/1277881432258273/?type=2&theater  

    Je souhaite que Jean-Luc Mélenchon parvienne, avec ses nombreux soutiens spontanés, décentralisés mais organisés, à offrir une occasion de liberté construite par le peuple, sans que cela soit aussitôt interprété, dans un fatalisme savamment orchestré médiatiquement, comme un chemin vers une inévitable tornade tyrannique.

    Car, en retournant les propos de campagne de notre président menteur, avec les violences policières, la casse du droit du travail, des retraites, des services publics, des libertés syndicales, de l’indépendance de la justice, avec les rôles prépondérants de lobbies des pollueurs et des fraudeurs sur toutes les décisions économiques et politiques, le poids écrasant de la rente, des dynasties des familles spéculatives, puis avec elles celui des idées rétrogrades, misogynes, racistes, de la violence sociale et symbolique et du creusement inouïs des inégalités, la tyrannie, en fait, « c’est (déjà) maintenant ».

    Pour illustrer cela, je cite Louis Chauvel, La spirale du déclassement, Essai sur la société ces illusions (Seuil 2016) P  22 :

    « Pour le revenu (souligné par moi, NDLR), un trader bien chanceux peut gagner quelques milliers de fois le revenu moyen mesuré en France. Rapporté à notre taille, il n’est jamais qu’à un kilomètre au dessus de nos têtes – ce n’est pas l’Himalaya, ni même Serre-Chevalier. Avec le patrimoine, nous découvrons une nouvelle frontière dimensionnelle, puisqu’avec leur cinquantaine de milliards de dollars, les membres du sommet de la verticale du pouvoir socio-économique patrimonial mondial se satellisent 100 000 fois au dessus de nos têtes – c’est un ordre de grandeur –, quelque part au dessus de la stratosphère. Ici les arbres dépassent le ciel, qui n’est plus la limite. Et pourtant, nous ne comparons ici que les pays développés du premier monde, ce qui réduit la mesure du gouffre qui sépare les cimes des abîmes. Rapportées à la taille du revenu du dixième le plus pauvre du Niger ou du Malawi – issus des pays les plus pauvres de la planète, avec moins de 200 dollars par an – , les fortunes les plus élevées du monde correspondent à la moitié de la distance Terre-Lune. »

     


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