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    Le bal des faucons et des faux-culs

     

    Joël Auxenfans. Une soutien de l'affiche. Le 5 juin 2016. 

     

    Merveilleuses, ces foules de militants éduqués, vigilants, avides de nouveaux temps pour le développement de l’humanité. Car cette dernière, reconnaissons-le, est bien mal en point : dévastations de tous ordres, inhumanité généralisée, robotisation et surveillance, consommation imbécile, abrutissement de masse orchestré scientifiquement par de grands professionnels, marchandisation de toute chose, perte de dignité et déshonneur pour les services de sécurité appliquant des consignes criminelles…

    Sans être si haut placés que le gouvernement actuel, il existe des gens « ordinaires » qui participent à ce processus de violence, en se taisant, en se refusant à discuter contradictoirement mais pacifiquement, en soutenant les violents sans prendre de nouvelles des victimes, en apportant soutien aux menteurs, leur faisant fête, en couvrant les injustices… Ils relaient en fait un état de la société : durs avec les faibles, les « critiques » et les non conformes, et complaisants avec ceux qui imposent leur loi, celle du silence et de la violence.

     

    Le bal des faucons et des faux-culs

     

    Joël Auxenfans. Affiche peinture diffusée sur des médias. 5 juin 2016.

     

    C’est d’ailleurs ce que décrit Bernard Stiegler dans son livre de 2007 « Télécratie contre démocratie », cette « philia », relation qui permet à la société de vivre ensemble, est irrémédiablement détruite par la fabrication télévisuelle et politicienne des pulsions, des replis sur soi et des haines interdisant le débat, cantonnant les gens dans leur quant à soi auto- satisfait.

    On retrouve à présent un peu partout des réflexes claniques, des comportements collectifs de horde, les individus en régression anti politique, se cherchant un chef, se rangeant derrière un dominant, faisant concomitamment le culte du silence en face des injustices sociales ou autres et celui de bruyants éclats d’appartenance au groupe ainsi « organisé » sur le mode de la domination et de collaboration zélée à celle-ci.

    Ainsi se reproduit à petite échelle l’enchaînement de compromissions et d’arrangements avec l’ordre en place qui se trouve établi à plus grande échelle, dans l’ordre social global jamais contesté, jamais critiqué, en une sorte de bal local et mondial des faucons et des faux-culs. Gens qui vivent dans la perpétuation irresponsable de mensonges.

     

    Le bal des faucons et des faux-culs

     

    Joël Auxenfans. Diffusion de l'affiche peinture dans les médias. 5 Juin 2016.

     

    C’est dire le contraste qu’opère dans ce climat le discours de Jean-Luc Mélenchon ! http://www.jlm2017.fr/live_5_juin?utm_campaign=5juin_live3&utm_medium=email&utm_source=jlm2017

    Cet homme politique présente vraiment la particularité de formuler une pensée politique en même temps qu’il crée des situations inédites, telles que ce commencement de campagne sur des chapeaux de roues, hors de tous les appareils de partis, pour générer un enthousiasme populaire par delà les tractations d’état majors.

    Alors que je traversais le quartier de l’Ourcq pour rallier la place Stalingrad, je croisai des personnes d’un certain âge, d’origine algérienne me semblait-il. L’une d’elle m’a abordé dans la rue en faisant allusion à mon grand écriteau encore vierge que je portais sur l’épaule. Lorsqu’il a su que j’allais au rassemblement de Jean-Luc Mélenchon, il s’est exclamé : « C’est le seul qui me plaise, c’est pour lui que je dis toujours à mes enfants de voter ! ». On s’est quitté sur un grand signe de complicité et de sympathie enthousiaste, qui faisait chaud au cœur, dans ce monde si froid et si rempli de faux amis.

    Une fois au « défilé », appelé ainsi parce qu’on y vit défiler de nombreuses catégories d’insoumis, provenant de divers métiers en lutte, de divers pays, de divers engagements (féministes, écologiste, agro écologique, anti fasciste, …), j’ai reçu de nombreux compliments pour ma peinture affiche Mélenchon 2, dont quelques complimenteurs m’en achetèrent un exemplaire. Mais je reçus aussi, avec désagrément je l’avoue, trois ou quatre réflexions, toujours les mêmes, me reprochant un « culte de la personnalité » envers Jean-Luc Mélenchon.

     

    Le bal des faucons et des faux-culs

     

    Joël Auxenfans. Parution dans Libération le 14 juin 2016.

     

    Il me faut faire une énième mise au point, même si la plupart des gens ont manifesté un plaisir visible à découvrir cette nouvelle image.

    Cette image ne défend pas une « ligne politique officielle ». Elle ne se trouve donc liée par aucun contrat de conformité avec une thèse orthodoxe. Elle se veut précisément paradoxale, c’est-à-dire « à côté », différente, particulière, y compris en courant le risque d’être à contre sens. Elle est anti unanimiste. C’est-à-dire qu’elle se donne à elle-même d’autres résonnances que l’espace, le temps et les interlocuteurs limités (même si on peut les souhaiter les plus nombreux possible) de la campagne de Jean-Luc Mélenchon.

     

    Je ne cache pas être par ailleurs un soutien sincère de Monsieur Mélenchon. Mais je fais exister une dissonance. Tant pis si cela ne plaît pas à certains, prompts à endosser, sans s’en rendre compte, le rôle peu glorieux de commissaire politique et de commissaire à la propagande. Les démons que Milan Kundera affrontait dans son roman « La plaisanterie » ne sont décidément pas tout à fait morts. Ils ressurgissent parfois là où on croirait ne plus devoir les rencontrer. Or c’est cette disparité, cette diversité que je défends qui fait pourtant la richesse d’un rassemblement quel qu’il soit.

    Mes images sont en ce sens des tests, un peu comme ces timbres que l’on apposait sur la poitrine autrefois, pour vérifier que le corps réagissait bien et produisait bien ses anti corps après une vaccination. Pour certains, l’absolue liberté de ton, de méthode, de dispositif et de références – y compris au risque de malentendus – que se donne une œuvre d’art, pose problème, surtout au sein d’un rassemblement militant. Cela révèle que l’accueil de postures décalées, qui interrogent, n’est pas encore au goût du jour pour certains militants pourtant très pointilleux sur les libertés.

    Or, premier point, même si l’équipe de campagne de Jean-Luc Mélenchon essaie à juste titre de limiter la célébration du « nom » ou « la personne » du candidat, pour lui préférer l’idée de « résistance » ou d’insoumission, il est inévitable que des visuels, des vidéos, des livres montrant le visage apparaissent et soient utilisés par les militants, ou par le public. Donc l’image du personnage est présente, et même omniprésente d’une manière directe ou dérivée.

    La question est alors pourquoi lorsqu’une image du candidat est peinte, elle pose un problème ? La photographie serait-elle miraculeusement porteuse d’une suppression du risque du culte et de la personnalisation excessive ? En quoi le médium peinture fait-il jouer une corde particulière chez certains spectateurs ? Serait-ce parce que ce médium rappelle le souvenir des propagandes du réalisme socialiste ? Mais je demande alors que soient comparés les types de peintures, car cette comparaison fera apparaître un autre esprit, et justement montrerait la distance qu’opère l’affiche Mélenchon 2 vis-à-vis de cette tradition.

    Je dirais même qu’en réveillant le souvenir, l’affiche Mélenchon attire l’attention sur ce point pour le placer sur un second degré. Or c’est ce second degré qui fait la différence. Les affiches réalistes socialistes n’opèrent pas ce second degré, elles embrigadent, un point c’est tout. Or, la référence à la séduction particulièrement appuyée, et à la mirifique « promesse de paradis » politique contenue dans l’affiche Mélenchon 2 sert justement à placer le spectateur au delà de ce stade du premier degré. C’est la conjonction d’une première apparence agréable au premier degré dans la manière de peindre et d’une référence désagréable dans les connotations qui surviennent à l’esprit, qui crée une résistance de l’image à la consommation brute et à l’interprétation simpliste, et donc une profondeur.

     

    Le bal des faucons et des faux-culs

    Joël Auxenfans. Dans le cortège de la loi travail (Pierre Bouvier/Le Monde).  Publication sur le site du Monde du 28.06.2016 http://www.lemonde.fr/politique/live/2016/06/28/loi-travail-suivez-la-manifestation-en-direct_4959711_823448.html#yoirJVpq27KiWKw7.99


    Rien, aucun texte ne démontrera catégoriquement par des mots qu’il faut impérativement aimer une image ou une œuvre. Mais ces mots peuvent orienter le regard et attester qu’il ne s’agit ni de fascination, ni d’idolâtrie mais bien d’une tension, d’une prise de risque, bref d’un travail sur le sens et la forme, sur la résonnance de l’image, résonnance qui ne s’effectue pas ailleurs au final que dans la « tête » des gens de manière chaque fois singulière. Aussi est-ce là un travail politique, non pas par son sujet (uniquement) mais bien dans son mode d’apparition, dans sa manière d’exister et de toucher chaque personne spécifique.

     

    Un autre point qui me paraît révélateur de la relation déstabilisante qu’opère cette affiche peinte avec le climat ambiant des images aujourd’hui, c’est qu’elle procède d’un temps passé avec de la matière, des outils, des sensations, une sensibilité, une mémoire et une culture en action dans un acte de production manuel.

    L’incroyable complexification des processus de production, de visualisation et de consommation d’aujourd’hui finit par poser le problème de l’immédiateté. De quelle immédiateté de contact aux choses et aux pensées sommes-nous capables ? Puisque nous ne faisons presque plus jamais rien de nos doigts, avec nos cœurs et nos sensibilités mais qu’au lieu de cela nous trions, classons et sommes triés et classés avec notre consentement ou non par des big datas omniprésents et invisibles, l’acte de peindre, de passer un peu de notre temps de notre vie sur une toile ou un dessin prend la forme d’une résistance à l’évolution non souhaitée du monde, tout aussi héroïque (bien que peut-être plus plaisante !) qu’une guérilla anti NSA, anti TAFTA, anti fasciste, anti dérégulation, anti pollution, etc.

     

    Je termine donc sur cet extrait intéressant de Michel Blay (Philosophe des sciences, directeur de recherche émérite de classe exceptionnelle au CNRS, il préside le Comité pour l’histoire du CNRS depuis janvier 2010) Penser ou cliquer ? (CNRS éditions Paris 2016) p.15 :

     

    « (…) Ce n’est pas tout : le numérique, en s’immisçant à toutes les échelles dans les entrelacs de la « nature », comme dit Sam Palimsano (PDG d’IBM en 2008) dans son discours, crée une sorte de monde ou de nature-machine. Cette dernière devient, dans l’artificiel et l’illusion, ce que nous finissons par concevoir comme la « Nature » tout autant qu’une « planète intelligente » de surveillance généralisée ou « la fusion de données multisources offre la possibilité unique de visualiser et de gérer des évènements en temps réel et de les archiver (Site Thales Hypervisor)».

    Nous sommes connectés dans un monde technique intelligent, c’est-à-dire surveillé et renseigné, voire contraint ; la nature ou, l’idée que nous nous en faisons, se dérobe et se dédouble dans l’artificialisation du GPS, de la carte Mappy, du vivant industrialisé, de l’alimentation « Food 2.0 », de la biofabrication et des mesures de capteurs en tout genre apparaissant sur de multiples écrans. Nous devons nous interroger : existons-nous encore ou ne sommes-nous pas déjà devenus les somnambules, sans même avoir besoin d’un stimulateur cérébral, d’une nature marchandise, produite industriellement, devenue « artificielle » et se substituant à ce qui était primitivement et gratuitement accessible ? Sommes-nous encore capables de construire nos existences, c’est-à-dire de penser de rêver et d’imaginer nos vies, ici et maintenant, pour faire, dans la liberté, société ?

    Pourquoi en est-il ainsi et peut-on d’une façon ou d’une autre échapper à ce qui apparaît comme inéluctable ? Ou, pour le dire autrement, comment pourrait-on penser un avenir où la transformation du monde et de nos vies ne s’organiserait plus seulement selon des choix politiques déclinés en programmes industriels et financiers, à la recherche de débouchés pour des produits toujours plus inutiles et inquiétants ? Ou bien encore, plus simplement, pourquoi un avenir technico-répressif, comme irrépressible, semble-t-il aujourd’hui s’imposer tout en étant si peu en accord avec les exigences de l’environnement, l’ouverture aux autres (l’être-avec et l’être-pour) et la liberté des hommes ? »

    Michel Blay poursuit p.45 :

    « Nous ne sommes ni des machines, ni des sources d’énergie, mais des hommes et des femmes existant dans leur finitude, loin des immortalités conceptuelles auxquelles on veut les réduire. Ni les concepts, ni la machine, ni le rat, ni la psychologie comportementale ou cognitive, ni la chimie, n’expliquent ni n’expriment l’homme vivant, contrairement à ce que certains laissent croire. La simplification des êtres dans ce qu’ils sont ne doit pas conduire à confondre l’être simplifié (objet possible et hypothétique d’études expérimentales) avec ce qu’il est, à moins que l’on ne souhaite, peut-être, réduire l’homme, en gommant son intériorité, à un ensemble de procédure normées et codées compatibles avec le fonctionnement des machines.

    Pourquoi mettre de jeunes enfants devant des ordinateurs ou autres machines électroniques si ce n’est pour leur inculquer le plus tôt possible des comportements machiniques les assujettissant au monde sans profondeur d’une vie réduite à des gestes quasi instinctifs et à la pratique d’une langue réduite à un outil ? Et pourquoi s’étonner ensuite d’un retour de la violence alors que rien des échanges vivants (par langage et non par signaux ou clics) entre individus n’est plus vraiment privilégié ? *

     (*à titre d’illustration on peut lire Stanislas Dehaene professeur au Collège de France et titulaire de la chaire de psychologie cognitive expérimentale qui ne manque pas, dans un discours scientiste d’un autre âge, de faire par exemple l’éloge de l’usage intensif des jeux vidéos, dans « Apprentissage et Sciences cognitives », Cités 2015, p.81-97. Voir son site à vocation promotionnelle « Mon cerveau à l’école », dont le titre évoque à lui seul le réductionnisme neuroscientifique de l’approche.)

     

    Et termine son livre, très juste, très indispensable, à lire en moins de 50 pages ;p. 51 (fin) :

    « Notre avenir, pour qu’il y ait un avenir, ne peut donc être restauré qu’au prix d’une refonte de l’idée de nature pour laquelle l’existence, englobant la science et la technique, n’est pas un vain mot, mais une ouverture sur une nouvelle façon de faire société dans la construction du sens, de l’intériorité et de la responsabilité. »

     

     

     

     


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    Ça pousse !

     

    Visite à l'imprimerie au moment décisif du "calage".

     

    Quel que soit ce qu’on pense de l’art ou de la politique, l’idée de liberté reste à mettre sans cesse sur le métier. « La liberté n’est donc pas de faire ce que je veux mais de commencer une action avec courage. »  écrit Hannah Arendt dans La crise de la culture, citation trouvée dans le journal L’Humanité.

    Aujourd’hui, presque tous ceux qui me parlent disent sentir que l’on est entré dans une période très dure, avec la haine qui monte, des injustices, des difficultés grandissantes à s’exprimer publiquement ou en privé sans violence ni tabou, à vivre ou à s’accomplir, avec par dessus tout, des menaces, des drames ou des crimes énormes souvent irréversibles partout et sur presque tout.

     

    Ceux qui ne me parlent pas, s’interdisent et m’interdisent cet échange, et se comportent en complices de la violence de cette société, au besoin en déléguant à d’autres le pouvoir de faire régner concrètement cet ordre violent de l’interdiction de critiquer, discuter, argumenter, fournir des données venant de chercheurs, de l’art, etc.

     

    D’ailleurs lire et débattre est aujourd’hui suspect. C’est dire le mérite des mouvements de protestation massifs qui se développent ces derniers mois, réprimés durement, criminalisés, caricaturés et dénigrés par les médias des dominants et des possédants dont il ne faut en revanche rien dire de la dictature et des malversations qui se chiffrent, cumulées, en centaines de milliards annuels volés à la chose publique, la Res Publica.

     

    Car lorsque un grand banquier qui a menti devant la commission d’enquête sur son implication dans les paradis fiscaux se trouve protégé par le Sénat de toutes poursuites, et lorsque un agresseur ment devant le juge et se trouve protégé par des témoignages fallacieux prenant complaisamment parti à priori pour le dominant, c’est qu’une perversion digne des époques de dictature est en route.

    Une époque de « Dupont Lajoie », du titre de ce film de Yves Boisset (1975), qui fait le récit d’un enchaînement de mensonges à fondement politique et raciste, qui, par la cohésion des lâchetés de proximité, se concrétise par des violences et des injustices en chaine laissées impunies.

     

    Ça pousse !

     On extrait d'une pile d'essai une feuille pour la scanner et régler encore mieux la machine. 

     

     

     

    Ce pose encore plus la question du statut de l’art dans ce contexte. Que les petits bourgeois censurent toute possibilité de critique sociale, n’empêche pas, fort heureusement, Ken Loach de remporter une deuxième palme d’or à Cannes, ni de dire publiquement à voix haute à la remise du prix, son opinion sur l’état de ce monde.

     

    Il aurait pu, comme tant d’autres, se taire et empocher la prestigieuse récompense. Au lieu de cela, toute son œuvre et son propos sont cohérents et ne cherchent pas à mentir sur l’état des injustices. Lui fait surgir « la voix des sans voix », surnom aussi accordé à la fois à l’Abbé Pierre http://www.emmaus-international.org/fr/preserver-la-memoire/biographie-abbe-pierre.html et à Mumia Abu Jamal http://mumiabujamal.com/v2/mumia/mumia-abu-jamal/ , journaliste noir condamné sans preuve aux USA, pendant 37 ans dans le couloir de la mort, encore en prison et maltraité par les services privés de prison et les juridictions racistes US.

     

    Une foule de grandes ou petites organisations militent, s’opposent, proposent, étudient, aident, créent, en résistance contre la violence sociétale reproduite par les stéréotypes patriarcaux et sexistes, ou bien la spoliation des richesses du monde par l’oligarchie financière et les rouages d’entraides entre les plus hautes sphères du pouvoir et de l’argent.

     

    Citons, en m’excusant d’avance de dizaines d’autres excellentes associations oubliées ici : mémoire traumatique http://www.memoiretraumatique.org/ , Générations futures http://www.generations-futures.fr/ , Robin des bois http://www.robindesbois.org/ , Greenpeace http://www.greenpeace.org/france/fr/ , Criirad http://www.criirad.org/, Sortir du nucléaire, http://www.sortirdunucleaire.org/   Survival international http://www.survivalfrance.org/ , Reporterre http://reporterre.net/ et en particulier ceci, pour être dans l’actualité des méthodes de police du président socialiste http://reporterre.net/Un-CRS-a-tire-une-grenade-sur-un-realisateur-et-l-a-blesse-pour-l-empecher-de

     

     

     

    Ça pousse !

     

     

    On vérifie au compte fil et on compare différents degrés d'encrages. 

     

    Dans ce contexte, peut-on regarder l’art comme quelque chose de strictement intact, présenté dans ces « white cubes » de la commercialisation et de la valorisation de l’art définissant un spectateur d’art contemporain idéal comme blanc, riche, éduqué, vivant à l’international, en réseaux d’entraides et de réciprocités policées strictement réservés à sa catégorie sociale extrêmement restreinte ?

     

    J’ai bien peur que non.

     

    Même si j’admire évidemment l’incroyable beauté des œuvres présentées sur le site de la galerie Continua http://www.galleriacontinua.com/ , l’une des plus puissante du monde, on y trouve néanmoins une sorte d’effet de mise sous cloche, de protection de la richesse financière concentrée dans les œuvres, de manière particulièrement aseptisée relativement à l’effroyable densité des violences sociétales en cours.

    Les œuvres dessinées au fusain de l’artiste italien Serse par exemple, http://www.galleriacontinua.com/artist/21/artpieces, ont quelque chose de prodigieusement sensuel, étourdissant de virtuosité. Mais l’ « hyper hyper » réalisme qu’elles déploient est quelque chose qui, reprenant autrement une forme de peinture née dans les années cinquante aux États Unis avec la société de consommation, n’en propose désormais qu’une version neutralisée, focalisée, il est vrai, sur d’incroyables effets de présence visuelle, mais détournés de la société vécue quotidiennement par les gens ordinaires.

     

    Comme si leur puissance résidait dans le fait de demeurer un pur effet de représentation abstraite volontairement centré hors de tout contexte. Ce n’est pas un crime. C’est juste une impression qui rejoint celles de l’émerveillement, ou de l’écrasement, qu’elles produisent au premier abord.

     

    Il y a dans ces œuvres remarquables, quelque chose d’ « abstrait » au sens où ces œuvres se définissent essentiellement par rapport à la convoitise qu’elle ne peuvent manquer de provoquer chez des gens précisément identifiés comme en capacité d’aligner les flux de liquidités nécessaires à leur acquisition, transport, assurance, stockage, présentation et valorisation. Elles sont déterminées à provoquer cette convoitise, enjeu de rivalités entre riches. Ou aussi, il est vrai, entre collections publiques, lorsque celles-ci peuvent suivre, en ces périodes de vaches maigres imposées pour cause d'exemptions d'impôts accordées aux puissants, cette course spéculative. 

     

    D’autres artistes, mondialement célèbres, eux, pour leur engagement politique courageux tel Ai Weiwei http://www.galleriacontinua.com/artist/74/artpieces trouvent dans ce « cadre » magnifique, une forme de commercialisation idéale, mais qui joue en retour relativement en diminuant la capacité de l’œuvre à faire persister une révolte qui pourtant eut lieu et a encore lieu.

    De même, l’incroyable installation de Huang Young Ping, au Grand Palais, reflète le monde actuel plus qu’elle n’en donne une autre issue que celle qui s’impose violemment à nous. Il faut voir cette vidéo sur le site de la réunion des musées Nationaux http://www.grandpalais.fr/fr/evenement/monumenta-2016-huang-yong-ping pour mesurer pourtant tout à la fois la sagesse, la puissance et la prudence admirables de l’auteur.

     

     

    Ça pousse !

     

    Plusieurs essais avant de lancer l'impression.

     

     

     

    N’ayant pour ma part, pas autant de moyens mis à ma disposition que ces artistes internationaux, il me faut faire exister un art par une démarche que je définirais comme minimale.

     

    Non parce qu’il s’agirait de faire revivre le courant du « Minimalisme » né dans les années soixante et qui misait sur des relations spatiales très limitées et épurées entre des matériaux et des dimensions, des masses et des quantités, dans une démarche d’ailleurs contestant ouvertement le marché de l’art et la domination de la peinture lyrique abstraite de son temps.

     

    Plutôt parce qu’une fois constaté que l’art en galeries et en institutions fermées avait, depuis les dernières décennies, passablement épuisé beaucoup de ses potentialités, il faut aller, comme on le dit, pour d’autres raisons, à propos des Impressionnistes du XIXème siècle, « en plein air ».

     

    Ce qui est le résultat à la fois d’un phénomène par défaut et d’une constatation, peut devenir un espace de relations intéressantes entre des questions liées à l’image, à la peinture, à l’espace public et donc aussi à la politique.

     

    Le tirage de l’affiche Mélenchon 2, à partir d’une peinture récente, effectué chez une coopérative d’impression parisienne, est quelque chose de politique puisqu’il vient s’immiscer dans une campagne électorale dont on note déjà le durcissement.

     

    Mais le politique ne se trouve pas tant dans le sujet du portrait que dans le fait de le représenter en peinture. Les équipes rapprochées du candidat, en évitant jusqu’à présent de se positionner clairement en réponse à ce projet qui leur fut envoyé, apportent la preuve qu’il ne peut y avoir la moindre ambiguïté : ce n’est pas du matériel de propagande.

     

    De même, le fait de vendre des affiches reprenant une peinture relie autrement et presque sans médiation l’œuvre d’art à une forme de public ouverte. Mais je n’idéalise pas ce dispositif ; il fait exister un travail à un certain moment et d’une certaine manière, c’est tout.

     

    Parmi d’autres projets en cours, tournés eux vers l’agriculture biologique, celui-ci accompagne de nouveau, après 2012, « la campagne » de 2017.

     

     

     


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  • Que demande… la grande fatigue ?

    Je relaie ce visuel éloquent qui parle peut-être aussi assez bien de deux manières de faire de la politique. 

     

     

     

     

     

    Il est autant de formes politiques que de manières de les formuler et de les vivre.

    Disons que le dépliant du PCF en direction de 500 000 citoyens pour préparer la « primaire à gauche » en est une http://www.pcf.fr/sites/default/files/exe_3_volets_consultation_stc.pdf .

    Et éloquente !...

     

    Voici donc ces questions prémâchées, qui seront « synthétisées au niveau national et rendues publiques ». Le problème de ce type de questions est qu’elles laissent sentir au participant à la consultation qu’il est un cobaye un peu niais, et que l’intention du questionneur est cousue de fil blanc.

    Il n’est pas possible de croire un instant que l’organisateur de la consultation est dans une posture cherchant à faire parler la réalité de manière méthodologiquement scientifique. Ou si c’est le cas, c’est en soi une faute que les données relatives à la méthode d’investigation et à sa fiabilité ne soient pas accessibles, mêmes succinctement, comme une forme d’honnêteté envers le participant ou le lecteur.

    Or cette honnêteté n’est pas là ! Qui a formulé les questions, au nom de qui ou de quoi, et avec quelle validité intellectuelle ? Quelle expérience reconnue, quelle aide et assistance universitaire, de recherche, ou simplement sur quelle références académiques ce questionnaire se base –t-il (cela aurait pu être même indiqué en petit en annexe, par exemple, « questionnaire élaboré grâce à l’assistance et la bienveillance du laboratoire de sociologie de X…ou Y… ou avec l’aide de tel ou tel institut de sondages… », etc.) ? Rien.

    Le PCF et sa direction sont donc capables, tout seuls, de gérer, formuler, instaurer les paramètres de collecte de données pour sonder un large public (500 000 personnes). Ils n’ont besoin de personne. Alors pourquoi adressent-ils ce questionnaire en direction du peuple ? Réponse : pour faire semblant !

     

    En cela le projet politique suinte littéralement du questionnaire dans sa forme elle-même : la direction du Pcf ne cherche surtout pas l’aide d’autres acteurs éventuellement utiles et valorisant son initiative, apportant un autre regard, plus scientifique, plus à même de faire parler en effet les citoyens au travers d’une enquête spécifiquement axée sur la question de la « demande du peuple ». Ceci est dit pour la forme et le cadre.

     

    Voyons le contenu : les réponses doivent obligatoirement, pour permettre sans doute une "synthèse au niveau national", être au nombre de trois prioritaires. Or les priorités se chevauchent et surtout il est très difficile de dire avec précision quelles sont les priorités au sein de l'offre. Car ces mesures ou ces arguments idéologiques se recoupent en de nombreux points et ne peuvent pas laisser facilement « sacrifiés » les autres arguments ou propositions.

    On voit qu’il s’agit d’un jeu qui se mord la queue, dans lequel les réponses sonnent comme des mantras ou des formules toutes faites, comme pour apprendre par cœur plus que pour vraiment connaître les avis des citoyens consultés. La forme de ce questionnaire est très fermée, sous des apparences ouvertes qui s’avèrent trompeuses. C’est le double contraire des questionnaires que posaient les équipes de Pierre Bourdieu et que posent certains de ses successeurs ; ni vraiment qualitatif, ni vraiment quantitatif car on a affaire à de très nombreuses questions mais allant presque toutes dans le même sens.

    Il faut lire de Bourdieu son cours au Collège de France qui vient de paraître « Sociologie générale volume1, cours au Collège de France 1981-1983 » publié chez Raisons d’agir Seuil 2015, avec une belle couverture du graphiste co-fondateur de Grapus Gérard Paris-Clavel. Cet ouvrage fait comprendre le degré d’exigence intellectuelle et méthodologique qu’il faudrait avoir et les liens avec les chercheurs qu’il faudrait générer si l’on avait vraiment le souhait de produire de la connaissance sur le peuple aujourd’hui en France de manière opératoire. Mais ce n’est évidemment pas là visiblement l’intention de la direction du PCF. C’est de la poudre aux yeux.

     

    Il me sera évidemment répondu que les conditions d’urgence et de manque de moyens expliquent cette faiblesse qualitative. C’est l’argument perpétuellement employé, même en période plus faste. Je peux comprendre que l’on veuille malgré tout, malgré les difficultés et l’urgence, aller tout de même dans un sens et produire quelque chose. Mais on ne peut pas croire que l’état des liens avec le « peuple des chercheurs » soit aussi distendu, voire aussi défiant. C’est en soit un constat consternant sur l’état de santé relationnelle d’une direction politique avec le reste de la société, aussi bien celle des chercheurs que celle du peuple.

     

    Bref, ce document ne produit pas de l’intelligence mais du rabâchage, non pas de la pédagogie mais de la répétition, et en faisant mine de questionner les gens du peuple, la direction du PCF appose en fait partout le sceau de ses propres options. C’est en fait sans le dire un simple matériel de propagande au sens le plus banal et mécanique (genre matraque) du terme et il semble illusoire de croire que cela va « faire remonter » des options politiques fondatrices inédites, « venues du peuple », peuple conçu comme force de proposition. Au contraire, le peuple est traité comme infantilisé puisqu’on lui demande de répondre à un questionnaire ou tout est joué dans un sens comme dans un autre.

     

    Triste démocratie, même au PCF.

     

    Comment, d’autre part, pourra-t-on justifier un tel retard pris vis-à-vis de la proposition de JL Mélenchon (qui, elle, percute et rebondit), et au nom de prétextes fallacieux ; comme ce questionnaire dont le titre lui-même, voulant jouer sur les mots, signifie au sens propre « ne nous cassons pas la tête », car c’est bien là le sens habituellement compris par les gens de cette expression « que demande le peuple ». On pourrait le dire pareillement par « pourquoi en faire plus ? ». C’est dire le degré de mépris involontaire envers l’enjeu politique qui entoure cette démarche par son titre même.

     

    En cela le PCF est influencé, sans recul critique et inventif, par les méthodes des sondeurs commerciaux, de la pub, du marketing et des votes en ligne. On sent que l’irréflexion, la précipitation, la panique même, et enfin et surtout la peur de créer et assumer de l’inattendu inspirent cette initiative qui s’inscrit dans un premier faux pas difficilement défendable : aligner le calendrier du PCF sur celui de primaires à gauche qui sont une importation par le PS en 2011 d’un pur produit de la politique dénaturée des États Unis dont chacun sait que les principaux « votants » sont les lobbies militaro industriels qui financent les campagnes des deux bords (excepté Sanders, et c’est tout à son honneur).

    Ici donc la représentation, au sens de capacité à inscrire un projet politique dans le show et l’entertainment, bat son plein. Et le PCF ne trouve rien de mieux que de s’y aligner ! Cela fera date dans l’histoire communiste.  

     

    Pourtant, des ouvrages comme le livre « Commun; essai sur la révolution au XXIème siècle » de Pierre Dardot et Christian Laval, paru aux éditions La Découverte 2014, apportent un éclairage nourri sur la question des visées, des formes et des moyens à employer pour orienter et enrichir la révolution politique à laquelle le peuple aspire souvent à son insu. Comme le plus souvent, ce n’est pas le chemin pris. On s’y est habitué. Et c’est mortellement triste…

     

    Quand verra-t-on une direction qui serait capable de ne pas chercher à « noyer le poisson », mais plutôt de rebondir sur les opportunités de la réalité sociale. Au lieu de plaquer une rhétorique mortifère et redondante sur le mouvement social en répétant sans cesse que tout doit venir du mouvement social en même temps que tout est fait pour le décourager, il serait plus courageux et dynamique de jouer de la dynamique rassembleuse de Jean-Luc Mélenchon, en l’appuyant d’ores et déjà de toutes les forces disponibles. Mais non, au lieu de cela, on va faire un faux questionnaire pour de fausses propositions du peuple, qui, on l’imagine facilement, fera le dos rond devant cette entourloupe loupée.

     

    Cela sent tellement le stratagème de prophylaxie pour se préserver de la fécondité politique de l’inattendu que l’on pense décidément à une volonté de préservation de positions de pouvoir plus que d’une quelconque envie de faire naître une dynamique sociale. Elle a lieu de toute façon en dehors de ce cadre, soit par les manifestations contre la loi El komri, soit par les Zadistes et les agro écologistes de terrain, soit par les assemblées Nuit debout, soit par le film Merci patron !, soit par la proposition de Jean-Luc Mélenchon.

    Mais une fois de plus, la direction du PCF est à côté, et même pire, à ne pas laisser de marge créatrice, elle sclérose sa propre capacité à comprendre et à répondre à ce qui se passe. Deux pas en arrière des masses, dirait-on, et le pied enfoncé sur le frein !

    Bon courage tout de même.    

     

     

     


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  • COMMUNIQUÉ: 

     

    Désolé de devoir faire face à l'invasion publicitaire de mes blogs, décidée par le site hébergeur Eklablog, et au discrédit occasionné auprès de mes lecteurs ou visiteurs présents, passés et à venir (et potentiels), j'adresse mes excuses à tous ceux qui m'ont accordé une attention, c'est-à-dire, environ 16 000 visites au total en cinq ans.  

    Voici la copie du message écrit dans l'urgence ce matin à Eklablog: 

     

    "J'ai reçu aujourd'hui vos contenus publicitaires pour lesquels vous m'avez averti hier. 

    Totalement en contradiction avec le contenu, la forme et l'éthique de mes quatre blogs, cette intrusion publicitaire agressive et débilitante ruine le projet qui anime mon travail artistique sur ces blogs. Je vous informe que je vais dans ces conditions scandaleuses devoir interrompre précipitamment mes quatre blogs, ce qui constitue pour moi la destruction pure et simple d'un gros travail accompli et d'une vitrine professionnelle.

    Vos choix unilatéraux d'introduire massivement des pubs agressives et impossibles à supprimer, constituent un préjudice, puisque cela dénature radicalement des années de travail et des centaines de pages et de photographies et dessins, qui va être anéanti et qui devra être recommencé entièrement ailleurs, dans des conditions qui consommeront un temps énorme, tandis que les blogs ainsi présentés criblés de pubs sont totalement discrédité dans le domaine - l'art contemporain et l'environnement - où j'exerce.

    Je considère qu'il y a rupture des conditions pour lesquelles je me suis engagé sur votre site. Je vais prendre un avocat et vous serez contactés prochainement. "

     

     


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    Affichages

     

    Joël Auxenfans. Palissade d'affichages. 2014-2016.

     

     

    La ville se regarde par ses murs, ses affiches, comme un musée et ses accrochages de peintures. Penser la ville signifier penser le temps de son développement, de son passé et de son avenir, tout en créant des instants présents de qualité.

    Qu’y a-t-il, je vous le demande, de bénéfique à la société de voir ses murs accaparés par la communication de quelques grandes multinationales seules à mêmes de s’offrir une visibilité imméritée, juste achetée et répercutée sur le prix de vente des produits. Ces langages, ces allusions, ces vols purs et simples de formes issues de l’histoire de l’art – on pourrait parler d’un pillage – viennent quotidiennement fracasser la conscience du public pour satisfaire des intérêts privés sans aucun scrupule, ni aucune légitimité autre que celle qu’achète l’argent.

     

    Au lieu de cette prostitution de la ville aux plus offrants des acheteurs d’espaces, on pourrait imaginer que les murs, et en particulier ceux qui entourent temporairement un chantier, puissent devenir un mur de réflexion, de réflexivité de la ville sur elle-même. C’est là que l’art intervient, et le mien en particulier.

     

     

     

    Affichages   

    Joël Auxenfans. Palissade d'affichages. 2014-2016. 

     

     

     

    J’ai conçu en 2014, pour un commanditaire à la tête d’un énorme chantier d’infrastructure, un projet de palissades de chantier permettant de programmer dans le temps une succession d’affichages. Plutôt que d’inviter des intervenants les uns après les autres, j’ai pensé embrasser la durée globale du chantier pour envisager un déroulement dans le temps d’une suite d’affiches qui se répondraient les unes les autres.

    À la fois petites et grandes, ces affiches, soit en quadrichromie offset, soit en monochromie sérigraphie, reprendraient les mêmes images en changeant la taille mais aussi l’aspect, l’une faisant écho à l’autre. Cette « acoustique visuelle » dans la ville, avec des images qui se parlent et se répondent, instaure une sorte de démocratie des images. Parce qu’elles ne vendent rien d’abord. Et parce qu’elles ne se soumettent pas à un message unilatéral de communicant.

     

    Les images introduisent la peinture dans la ville. Mais pas sous la forme à la mode des tags, transgression assez pauvre, proche d’un marquage de territoire et que tentent de récupérer les institutions politiques. Mais sous la forme de toiles peintes, transformées en affiches imprimées. Ainsi, plutôt qu’un catalogue ou qu’une affiche annonçant une exposition, plutôt qu’un produit dérivé, l’impression permet la production même de l’œuvre.

     

     

    En introduisant ainsi la peinture dans la ville, l’œuvre introduit du même coup la question de la légitimité de tel ou tel sujet à peindre. Plutôt que l’affirmation d’une subjectivité singulière, celle d’un style d’artiste connu ou non, l’œuvre vient au devant de l’époque qui précéda la nôtre, celle qui portait en germe toute la modernité de laquelle nous sentons aujourd’hui les craquements, les crises et les tragédies, y compris celle, la pire, de la perte du sens et des violences qu’elle entraine.

    J’ai donc ciblé la fenêtre de la visionneuse à remonter le temps sur les fameuses années fin cinquante à fin soixante dix, années dans lesquelles figurent tant d’espoirs et de tragédies, tant de conflits et de création, au sein desquelles un ferment puissant remuait le monde, la société, les idées, les valeurs et les pratiques. Années où naquirent des projets de vies différentes, des avancées de droits sociaux et démocratiques, où il semblait que le monde n’irait toujours qu’en mieux, où les jeunes auraient meilleure vie que les anciens.

     

     

    Affichages

    Joël Auxenfans. Peinture affiche. 2015.

     

    Pour cela j’ai puisé dans des archives, des sites, des catalogues, et transformé en peintures faites de ma main des photographies d’époques qui prenait à travers mon acte, justement, une nouvelle « actualité ». Ce n’était pas toujours des photos célèbres ou emblématiques, parfois elles étaient comme discrètes, juste des indices d’une atmosphère, d’un climat. Et c’était là peut-être que je pouvais y introduire, à travers l’économie de la peinture, une manière d’apparaître qui reposait l’histoire qu’elles racontaient sur un nouveau fonds.

    Des artistes célèbres, comme Daniel Buren ou François Morellet ont répondu favorablement à mon réemploi de visuels anciens de leur œuvre. Des fondations ou des association, des archives ont bien voulu jouer le jeu de l’emprunt. C’est ainsi que je remercie la Niki Charity art foundation pour Niki de Saint Phalle, la galerie Patricia Dorfmann pour Michel Journiac, Les mémoires d’Humanité et les archives départementales de Seine Saint-Denis, le musée des Beaux Arts de Dole, le Pavillon de l'Arsenal… cette liste n’est pas exhaustive.

     

     

    Affichages

     

    Joël Auxenfans. Peinture affiche. 2015.

     

    Pour moi les affichages donnent une présence à la dois directe et « médiate » : la peinture est montrée ici directement en extérieur, créant une présence hors les murs du musée, mais aussi elle passe par le traitement de l’image imprimée, ce qui en fait une relation différée, à elle-même et au public.

     

    Mai 68, c’était il y bientôt quarante ans. Et aujourd’hui que naissent partout ces mouvements Nuit Debout, par exemple, ou que se répand l’agriculture agro écologique, on a l’impression qu’enfin, le fil qui était rompu depuis les années quatre vingt, s’est renoué. Mais ce n’est là qu’une bien fragile supposition.

     

    En tout cas le projet se développe, en continu, les toiles déroulant des bribes d’un récit subjectif de la modernité, par lequel le traitement pictural s’affiche en tant qu’empreinte de l’intime aux prises avec l’histoire, faisant à la fois œuvre d’art et de politique.    

     

     

    Affichages

    Joël Auxenfans. Palissade d'affichages. 2014-2016.

     

     

     


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