• Ce qu’il ne faut pas voir, ou, de la bonne (et la mauvaise) ambition

    Chèvres tetracornes visibles au parc animalier de Neuilly la forêt dans le Calvados. Photographie Joël Auxenfans, 2015. 

     

     

     

     

     

    Ces gens qui sont aujourd’hui les assistants de réalisation du « film capitaliste » de l’écrasement des droits sociaux, je parle de tous ces employés qui se croient obligés de fusionner avec les « valeurs » des chefs d’entreprise du simple fait qu’il sont dans l’illusion d’optique que procure le fait d’être employés à seconder en toutes choses leurs patrons, se refuseront jusqu’au bout du bout à considérer frontalement le rapport  de domination auquel ils se vendent corps et âmes.

    Cet interdit ou cette fuite pour ne pas parler des faits qui sont pourtant ceux-là même qui structurent l’ensemble des problématiques mondiales a quelque chose de saisissant.

    Dans son remarquable livre « La comédie humaine du travail, De la déshumanisation taylorienne à la sur-humanisation managériale » (paru chez Érès en 2015), la sociologue du travail Danièle Linhardt nous livre un portrait lui aussi saisissant de cette religion managériale, à laquelle les responsables des Ressources Humaines croient dur comme fer et se sentent investis de la mission d’imposer partout autour d’eux au détriment du sens, de la qualité et de la santé au travail, mais pour les intérêts bien compris des propriétaires des multinationales ou des dirigeants des services publics à leur tour contaminés par cette maladie dégénérative du travail et du bien commun.

    Voici un passage qui dit ce qui se passe dans le monde salarié :

    p. 110 :

    « (…) Les salariés subissent seuls le poids de l’idéologie dominante qui dépossède de la distance critique, ne bénéficient plus de l’intelligence collective capable de défier cette idéologie subjectivement (par des valeurs, une morale et des espoirs partagés) et objectivement (par l’invention de savoirs, savoir-faire qui démontrent quotidiennement que les principes tayloriens qui prétendent faire l’économie de l’implication et des connaissances des ouvriers sont irréalistes). Ils ne peuvent plus vivre ensemble les difficultés d’une situation commune, ni mesurer les effets communs qu’elle produit sur les uns et sur les autres. Ils ne peuvent plus opposer de résistance aux exigences qu’on leur impose. Ils n’ont plus d’autres références que leur propre souffrance face à leurs difficultés. Ils ont bien du mal alors à ne pas penser que s’ils souffrent, c’est parce qu’ils ne sont pas adaptés, ou mal préparés à leur travail, qu’ils manquent de résistance et des ressources nécessaires pour tenir leur poste. Au cours d’enquêtes que j’ai menées au sein d’entreprises du secteur public comme privé, il m’a été donné d’entendre des salariés, certains de haut niveau, lâcher sous le mode de la confession qu’ils n’étaient pas à la hauteur, qu’ils manquaient d’intelligence, et que c’est pour cela qu’ils n’y arrivaient plus et se trouvaient en état de souffrance, que c’était leur faute en somme s’ils souffraient…

    Ils subissent de plus une véritable offensive idéologique et éthique de leur management qui ne ménage pas ses efforts pour les convaincre du bien-fondé de ses choix, pour les transformer (comme je l’ai évoqué dans le premier chapitre) en militants inconditionnels de leur entreprise. Vider les collectifs de leur substance, individualiser à outrance pour désamorcer la contestation est une option, encore faut-il s’assurer que les salariés individuellement s’associeront bien aux valeurs professionnelles requises. »

     

    Ce « beau monde » auquel ses bénéficiaires exclusifs consacrent l’énergie et les moyens médiatiques nécessaires pour y faire adhérer leurs « sujets » ou leurs subalternes consentants doit être dévoilé pour ce qu’il est : une arnaque de haut vol.

    Hervé Falciani, qui a pourtant fréquenté intimement le beau monde des privilégiés de la ville de sa naissance et de sa jeunesse, Monaco, est pourtant on ne peut plus clair, lui, pour dire comment fonctionne ce monde. Dans son remarquable livre écrit avec la collaboration de Angelo Mincuzzi, Séisme sur la planète finance, au cœur du scandale HSBC, Mon combat contre l’évasion fiscale, préface de William Bourdon, édition La Découverte, Paris 2015, il écrit ceci :

     

    p.85 :

    « Le commun des mortels pense que la finance, c’est comme le soleil ou la pluie : un phénomène inéluctable qui échappe à tout contrôle humain. En fait, elle est manœuvrée par des personnes qui veulent maintenir le statut quo et conserver leur suprématie sur les États, qui seraient les seuls capables de surveiller ses activités. On ne comprend pas pourquoi, alors que la police patrouille dans les rues et que l’État rend la justice, personne ne supervise vraiment la finance. L’absence de contrôle d’un système aussi important et aussi puissant n’est pas le fruit du hasard : c’est le résultat d’une volonté précise. Les capitaux ne sont pas des entités autonomes : derrière eux, il y a des personnes en chair et en os – entrepreneurs, financiers, managers de multinationales – qui ont le pouvoir de convaincre et de corrompre les politiques qui font les lois. Tout se passe au détriment des simples citoyens qui ne savent pas, ou ne comprennent pas, que la formulation des règles concernant la finance et les banques sert souvent à éviter obligations et contrôles. Ou alors, même quand la vigilance existe, ce sont les moyens de la mettre en œuvre qui manquent et, sans ressources, on ne peut rien contrôler. »

     

     

    Nous sommes donc là en présence de deux niveaux d’ambitions que je qualifierais de mauvaises. Celle consistant à vouloir approcher et tenter de ressembler servilement à des gens beaucoup trop riches pour être honnêtes. Ce sont ces employés au service de la perpétuation du système capitaliste financier, médiatique, qui ne jurent que par les crédo du milieu patronal au sein duquel ils se croient « évoluer ». Et ce sont ces affairistes acharnés à nier leur responsabilité économique envers le plus grand nombre et la société dans son ensemble, qui préfèrent perdre des millions à cause d’une fluctuation boursière que payer leur dû aux États.

     

    A l’opposé de cette lamentable et criminelle dérive, des gens ont une autre ambition, qui me paraît tout simplement la bonne, celle qui est proportionnée à l’humain et à la justesse.

     

    Je n’insisterai pas plus ici encore une fois sur le remarquable travail accompli par les agro écologistes en circuit court qui un peu partout, dans la discrétion et la modestie mais aussi dans une grande ambition, rendent vie aux sols, aux terroirs, aux paysages, au goût, au temps de vivre, à l’humain, à la biodiversité, à la santé et à l’avenir, ce qui n’est déjà pas si mal comparé aux dégâts causés par les premiers « ambitieux ».

     

    Je parlerais ici d’un lieu qui commence une aventure excellente, à la fois simple et riche, proche et néanmoins étonnante, je veux parler du parc animalier de la Ferme du Beauquet Marais, situé à Neuilly La Forêt (il existe d’autres Neuilly que le ghetto de riches situé dans les Hauts de Seine) dans le Calvados (06 86 72 38 26). En pleine nature, des dizaines de races de chèvres, cochons, ânes, vaches, lamas,  moutons, oiseaux de basse cour, (et dromadaire) de France entière et du monde entier, sont présentés au public dans des conditions saines et agréables, offrant un spectacle parfois incroyable des possibilités de la diversité des variétés animales cultivées par les humains au cours des millénaires.

     

    On y trouve plusieurs animaux à trois ou quatre cornes, dont des chèvres issues des bergeries nationales du Château de Versailles. Entre l’envie de laisser renaître les croyances irrationnelles et la simple connaissance des variations des espèces animales, il y a un écart qui rappelle celui qui sépare les délires criminels du racisme et de la diabolisation des minorités transformées en bouc émissaires véhiculés sciemment par les arrivistes divers du PS à la droite la plus extrême (mais très poreuse à l’autre droite au besoin), de la capacité réelle à analyser une situation politique et sociale, et à agir au bon endroit, au bon moment, et avec l’idée juste.

     

    Un vrai programme. 

     

     

     


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