• La politique c’est quoi au juste ?

     

     

    On a tendance à se voir imposer une idée de la politique qui serait cette chose par laquelle on « gouverne les hommes ». Et en effet il semble bien que ce soit là un sens fondamental du mot politique. Toutefois, lorsque l’on dit « gouverner les hommes », on sent que cela peut vite nous conduire à quelque chose qui serait vide, qui ne serait – de la part de politiciens professionnels –  que cette suite de mensonges et de promesses non tenues, d’artifices de communication, de « maîtrise du calendrier », de jeu avec l’image ; suite destructrice s’il en est, de ce lien sacré que la population doit entretenir avec la politique.

    Aussi est-ce là « gouverner les hommes »  que les promener ainsi de déception en déception ?

    Et même en toute occasion, la politique devrait être, en somme, faire preuve d’astuce et de stratégie, de sens de l’opportunité. Soit, mais pour quelle orientation cette ruse doit-elle être mise en action ? Pour quel fond ? La plupart des « politiques »  qui nous imposent leur spectacle le font par le fait même de dévier sans cesse, de reporter, de galvauder les aspirations légitimes des hommes à vivre décemment. C’est là il me semble le clivage principal que je vois entre avoir une habileté à manier les évènements et à en effet « gouverner les hommes » mais à une fin légitime correspondant à des besoins réels, et  le fait de manipuler l’opinion y compris contre les intérêts objectifs de la population afin de conserver à une caste restreinte, le monopole de l’exercice du pouvoir à des fins de profits lui étant exclusivement réservés.

    Aussi devra-t-on reconnaître que les hommes politiques en place – qui au sein du peuple et à moins d’être masochiste, ne satisfont personne – ont au moins ce mérite d’être capables de s’être installés à la place qu’ils « occupent ». Mais le mérite s’arrêtant là, on devra aussi reconnaître que ces politiques habiles à se placer aux postes de pouvoir et d’influence, sont en fait les pire politiques puisqu’ils ont ainsi développé un savoir-faire particulier consistant à se substituer à la volonté populaire, et à toute entière l’obstruer par leur seule personne et leur seul intérêt individuel et de caste.

    S’il est vrai que critiquer est moins constructif que produire (une pensée, une œuvre, des actions utiles), on trouvera dans la critique une forme de production légitime, en ce sens qu’il faut presque toujours et jusqu’à un certain degré détruire ce qu’il y a d’insatisfaisant (autrement dit « faire tomber tout le pourri ») avant que de pouvoir fonder une production nouvelle. Comme lorsque l’on repeint une pièce, il faut bien veiller à retirer les couches anciennes de peinture ou de papier peint qui se disloquent avant que de pouvoir passer une première couche. C’est là une base pour tout travail s’effectuant sur de l’existant.

    Qu’un travail apporte à la fois de la destruction et une forme de création est aussi à rechercher : se glisser juste dans une niche et répondre à une attente administrée par avance au sein d’un marché est plus limité que d’inventer des formes de relations nouvelles avec des partenaires nouveaux pour des œuvres forcément inédites de part leurs conditions d’émergence.

    Et le but ultime en ce sens est de générer une situation inattendue - au moins pour ceux-là qui tiennent le pouvoir ou aspirent à s'en emparer. Le risque existe que cette situation inattendue échappe aussi à celui qui l'a créée, mais cela ne change pas grand chose par rapport à la situation dans laquelle on se trouve lorsque ne faisant rien de susceptible de provoquer sciemment une situation nouvelle, on reçoit alors inévitablement d'une manière ou d'une autre les impacts non prévus des actions des autres, et plus particulièrement de ceux-là même qui  habituellement  "ordonnent" l'espace politique à leur profit. Aussi de deux maux, le moindre semble encore d'essayer d'être soi-même partie prenante d'une action créant une nouvelle situation par laquelle on puisse avoir au moins en partie la sensation de contribuer  à changer la donne. Et cela est autant faire preuve d'art que de politique.


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