• Les projets d’artistes

     

     

     

    Les projets d’artistes

    Joël Auxenfans. Le président porcelaine. Peinture affiche. 2018.

     

    Les projets d’artistes n’ont pas la prétention de remplacer à eux seuls tout ce qui se fait par ailleurs. Mais ils sont une forme de réponse et d’annonce faite à leur époque et vers l’époque qui suit, une contribution libre et pour cela peut-être, utile.

     

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    Sonia Delaunay. Peinture abstraite. Début vingtième siècle.

     

    Lorsque Sonia Delaunay, artiste française venue d’Ukraine, a créé un langage plastique abstrait dès les années vingt et des vêtements à partir de ses découvertes plastiques, elle contribue à faire évoluer les mentalités sur la représentation du corps, le statut des femmes, la liberté de création …

     

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    Sonia Delaunay. Création de costumes de bain. Début vingtième siècle.

     

     

    Avec le Cinéma devenu une industrie soucieuse de retours juteux sur investissement, on touche à l’extrême opposé. C’est-à-dire à l’esclavage dans lequel se placent les intervenants sur toute la chaîne de production, du casting à l’affiche de film. C’est expliqué ici mieux que je ne le ferais: https://www.francetvinfo.fr/culture/cinema/vous-avez-l-impression-que-toutes-les-affiches-de-films-se-ressemblent-c-est-normal-elles-sont-faites-pour-ca_3045267.html

    Cette explication vaut aussi pour le résultat calamiteux de l’impact du marketing et de l'arrivisme politique sur l’affiche. Les partis politiques misent tellement sur les moindres détails de la campagne médiatique pour (croire) gagner des voix, qu’ils considèrent l’affiche comme leur « chose », empêchant toute création libre. Que ce soit le cas pour un dictateur semblerait normal. Cela le semble moins pour des partis qui se prétendent engagés dans un projet d’émancipation sociale.

     

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    Auteur inconnu. Affiche de Ian Brossat 2018.

    Imperméabilité à l'idée de création libre, immobilisme et confiscation de l'expression publique.

     

    C’est flagrant avec l’affiche du Parti Communiste pour la campagne des européennes de 2019. Ian Brossat y pose avec exactement la même rhétorique qu’un jeune chef de Komsomol : le regard magnanime fixant le lointain prometteur de grandes réformes et de progrès social, accompagné d’un lettrage de club de foot de seconde division ou encore pour un cirque ;  quelquechose d’inconcevable après que l’histoire moderne soit passée par là.

    Cette histoire et son enseignement semblent ruisseler sur ce cadre du PCF comme sur une cuirasse. Celle d’un « héro du Potemkine » sans doute. Ce qui est triste vient de ce que la personne de Ian Brossat est sans doute engagée sincèrement dans des luttes et solidarités sociales, un combat juste. Mais cette action s’inscrit dans un esprit de chapelle, un esprit au service du Parti et par conséquent une volonté de contrôle de la forme du message ; donc un besoin de juguler la liberté de création des images par ceux qui sont pourtant formés pour les créer, et cela donne ce type de propagande avortée, financée pour sans cesse se reconduire dans ses échecs stériles.

    Edouard Louis, ici interviewé à Médiapart, https://www.youtube.com/watch?v=he6CWAHa278 expose bien le rôle qu’il assigne à la création littéraire, et à la forme que doit prendre l’écriture pour que le message de l’écrivain « oblige la bourgeoisie à ne pas détourner l’attention ». J’admire beaucoup ce type de projet littéraire. Et il faut lire « Qui a tué mon père », un excellent roman.

     

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    Joël Auxenfans. Marianne battue. Peinture affiche. 2018.

     

    C’est, à ma façon, ce que je vise par les peintures affiches. Peindre une image  à plusieurs interprétations possibles et ne pas mettre de slogan univoque produit un effet différent de celui produit par une propagande au ras des paquerettes. La lourdeur et l’absence de sensibilité ne paient pas. Et de fait, il n’y a pas d’affiche plus invisibles et plus insipides que celles du PCF actuellement et depuis plus de 25 ans.

    Si un écrivain cherche la forme de ses écrits, ce n’est pas pour se contenter d’une esthétique abstraite et éthérée, raccoleuse. C’est au contraire que ses mots atteignent à une esthétique parce qu’ils sont portés par une visée expressive déterminée par une critique.

     

     

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    Joël Auxenfans. Voilée dévoilée. Peinture affiche. 2018.

     

    Si l’on produit une affiche en tant qu’artiste, cela veut dire que l’on suppose l’affiche porteuse d’une équation qui équillibre la forme et le sens. Une formule, qui comprend aussi la liberté, l’intuition, le risque de se tromper, la sensibilité, bref l’incarnation d’une vraie vie humaine qui s’exprime toute entière à travers ce médium.

    Ce n’est pas là une chose dont une société de production de cinéma ou un chef de parti peuvent avoir même idée, ou bien qu'il préfèrent tenir à l'écart. C’est pourquoi, dans ce contexte de surdité généralisée et de pouvoir confisqué, il faut persévérer dans la création malgré tout de peintures affiches différentes, résistantes, même si elles ne rencontrent qu’un public limité. Cette résolution, qui a tout d’une escalade d’engagement un peu puérile, me semble néanmoins quelque chose de nécessaire à poursuivre artistiquement et politiquement.

    Un excellent film « Leto » (2018) de Kirill Serebrennikov, montre une chose similaire. En faisant un récit filmique d’une remarquable invention sur le jeune Viktor Tsoi et la culture rock underground de Leningrad, au début des années 1980, ce film montre la nécessité qui poussait ces jeunes soviétiques à exister au delà du « soviétisme ».

    Et cela pourrait être valable pour aujourd’hui chercher à sortir du carquant de la Religion industrielle (Pierre Musso) par laquelle toute la société productiviste et consumériste mondialisée s’exaspère et se désespère dans une imbécillité généralisée et destructrice.

     

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    Joël Auxenfans. Affiche de la Table ronde "Autour des haies de Joël Auxenfans" à l'ENSA TALM du Mans. 2018.

     

    « Les haies » abordent par un autre versant la problématique des peintures affiches. En accompagnant des agriculteurs bio ou des collectivités, institutions ou associations qui veulent planter des haies, le projet incorpore une dimension esthétique, historique et philosophique à des plantations le long des champs ou à des bois dessinés.

     

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    Joël Auxenfans. "Les haies". Projet pour une ferme bio en Beauce. Longueur totale des plantations projetées : 2000 m. 2018.

     

    C’est par ces haies que le travail et la responsabilité des bio sont mis en lumière dans le paysage, dans le débat public, et deviennent un objet politique. Ces deux faces se rejoignent en ce que l’art y est chaque fois la colle qui réunit plusieurs constituants pour une forme active.

    De prochains rendez-vous permettront peut-être d’avancer encore sur ces deux versants "des formes politiques". À suivre !

     

     

     

     


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