• Piteux

     

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    (le nombre de photos a été volontairement réduit)


    Après le cœur de la branchitude parisienne du 3ème arrondissement, il me fallait effectuer un deuxième affichage en banlieue, à Montrouge, qui a déjà eu d’autres collages (voir montrougemieuxsansmetton.eklablog.com et articles antérieurs ici).

     

    Reconnaissons à tout cela un caractère expérimental : à une époque où les gens ne regardent plus que leur tablette, ahuris de télévision et d’Internet, démobilisés intellectuellement par le durcissement des conditions de leur travail lorsqu’ils en ont encore un, il leur devient difficile de lever le nez, d’aborder les choses et les gens avec curiosité. La suite, on la connaît, de cette désactivation naît un désespoir, qui se traduit par diverses formes de durcissement et de violence larvée ou à peine contenue, en attendant pire.

     

    La preuve dans ce flyer de la société « krav Maga » déposé sur tous les pare brises des voitures. On y voit de la réclame pour du « Self défense » (www.kmpo.fr). Le but est clair, faire fructifier les peurs et les haines pour augmenter les réactions de corps à corps direct, partant d’un sentiment d’insécurité exacerbé par rapport aux statistiques officielles, cultivé par les médias et politiciens sans scrupules.

     

    Dans cet « esprit », c’est au repli sur soi que l’on assiste. À la limitation des considérations sur le pragmatisme mercantile le plus étroit : celui qui est propriétaire a tous les droits sur les autres, d’interdire, menacer, tout en s’autorisant à titre privé de faire du profit de manière plus que douteuse.

     

    Ainsi un propriétaire d’un petit magasin de cigarettes électroniques, m’a interdit de coller à côté de sa devanture. Nous avons eu une explication, une dispute courtoise de plus d’une demi heure. Nous nous sommes parlés au moins. Et j’ai dû me résoudre à enlever mes quatre affiches et les jeter à la poubelle voisine ; ce monsieur vend des cigarettes électroniques mais me dit que ce que je colle est de la pollution visuelle.

     

    Personnellement, je trouve que tous ces pauvres malades de l’addiction à cette prothèse ultra sophistiquée et superflue, coûteuse, produite à l’étranger, et qui s’avère de plus en plus représenter un danger pour la santé publique (http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=33181#.VBG8PSh2Dgc) sont davantage victimes d’une pollution que les passants avec mes affiches.

     

    Ce monsieur a commencé par dire que ce que j’affichais n’était pas de l’art, puis sur l’une des affiches (Jochollande), il a rectifié, et enfin, il a reconnu que son mur, avec ou sans affiche, est particulièrement sale et laid (on le voit sur la première photo, avant que j'enlève mes affiches pour apaiser ce commerçant jaloux de sa liberté de "produire de la richesse" sans doute). Pourtant il affirme être, en tant que copropriétaire, le seul responsable de ce mur. On voit les limites de l’exclusivité de cette responsabilité, car le mur en question est exemplaire de laissé aller et de crasse. Dans ce cas, lorsque j’ai enlevé mes affiches, j’ai dit en partant à ce monsieur occupé avec une nouvelle cliente (cliente pour la dépendance et l’intoxication choisies), "je vous rends votre mur dans l’état magnifique dans lequel il se trouvait juste avant mon collage ! "... Sans commentaire.

    Il faudra une bonne dose d’entêtement et d’aveuglement à notre homme (mais il l’aura !) pour ne pas reconnaître l’évidence : son mur est beaucoup plus laid sans qu’avec mes affiches qui ont au moins le mérite de faire parler les gens, de les faire observer et penser, discuter, critiquer mais au moins vivre une vie d’être humain actif, en tout cas plus que ces pitoyables fumettes peu recommandables.

    La seule chose qui importe à notre personnage en la matière est son chiffre d’affaire, le maintien en parfaite saleté de son mur le long de sa boutique du moment qu'il affirme par là un pouvoir de contrôle jaloux de son espace avoisinant. Rassurons-le et disons-lui qu’il trouvera dans deux ans une présidente à la tête de l’État qui lui offrira partout des milices avec chiens pour imposer  la soumission la plus stricte aux exigences de l’"ordre public" tel que lui le conçoit. Les gens comme moi ne nuiront plus à la tranquillité des petits commerçants comme ce monsieur.

    Ce monsieur n’a pas voulu admettre que des artistes ne sont pas par définition des gens parmi les plus obéissants, qu’il existe de nombreuses œuvres qui vivent une relation au public de manière non règlementée, mais qui n'en constituent pas moins pour autant des valeurs ajoutées à ces espaces publics autrement délaissés (comme « son » mur, qui fait pitié par sa crasse).

     

    Il n’a pas pu remarquer que peut-être des peintures à l’huile sur toile réalisées ensuite sous forme d’affiche imprimées en offset de qualité, pouvait poser autrement la question de l’œuvre unique thésaurisée, qu’elles pouvaient constituer une autre approche du public pas uniquement réductible à de la « pollution visuelle » à laquelle ce monsieur se cantonne de manière obtuse, que la dimension de gratuité, d’indécidabilité (même si certaines ont des messages apparemment très affirmatifs) de ces images présente justement une valeur plus riche que les matraquages publicitaires auquel ce monsieur participe avec sa devanture pleine de gadgets toxiques.

    Car plusieurs personnes sont venues me voir pendant que je collais, au moins quatre ne serait-ce ces dernières fois à Montrouge, pour poser des questions, pour discuter, pour comprendre et envisager la pluralité des significations de cette affiche drapeau français, ou d’autres et chaque fois, ces personnes sont reparties particulièrement contentes, intéressées, approuvant la démarche…

     

    Donc, on a, d’un côté, une vision de l’ordre exclusivement utilitariste et égoïste qui admet et participe à l’intoxication générale par des produits néfastes du moment qu’ils apportent du profit à ceux qui ont pignon sur rue en « toute légalité », bref le droit d’empoisonner avec la bénédiction de la réglementation en vigueur. De l’autre on a une tentative risquée, fragile, sans moyens, furtive, de faire exister une résistance à cette uniformisation des consciences, à ce formatage, à cette indifférence générale, à cette complicité des crimes commis au nom de l’ordre économique dominant (exemple, ces multinationales des laboratoires pharmaceutiques qui imposent des conditions d’exercice de la médecine entièrement à leur avantage, qui touchent des aides gigantesques de l’État sans contreparties pour placer des financements sur le marché spéculatif au lieu d’investir sur des médicaments utiles mais non suffisamment rentables, qui sous paient et précarisent leurs personnels, délocalisent à outrance leur production, avec la bénédiction de la législation (voir l’affaire Servier parmi d’autres).

    Ce monsieur ne fera rien contre. Il ne s’en indignera même pas et ne cherchera pas à les dénoncer. Par contre, il empêchera un artiste à exposer un travail paradoxal, inattendu, objet de nombreuses approbations de passants qui ont laissés des messages encourageants en de nombreuses occasions.

     

    Ce sont ces gens tristes et obtus qui imposent leur loi au monde d’aujourd’hui, mettant dans le même sac les délinquants, les taggueurs et les artistes, oubliant comme par hasard les vrais délinquants (par un sens à peine masqué d'identification à cette caste de profiteurs), ceux en col blanc, qui conduisent cyniquement le monde à sa destruction. Leur monde, à eux, ces petits commerçants sans idée, est piteux comme leurs petits objets de commerce, leur obsession mal placée de l’ordre prépare le terrain à une société violente, insensible, rigide, intolérante au nom de leur petit intérêt de boutiquier. C’est piteux.

     

    Heureusement, j’ai rencontré aujourd’hui des gens avec qui j’ai parlé de manière prolongée, intéressante, et qui demandaient plutôt qu’interdisaient, qui s’ouvraient à l’inconnu plutôt qu’ils se refermaient sur eux-mêmes comme ce marchand de cancers (cancers plus branchés parce qu’électroniques !). Le monde est riche de personnes curieuses et différentes. Il est appauvri en revanche par ces esprits toxiques et méfiants, obsédés par leur intérêt exclusif. C’est ce monde-là qui est en crise et est en gestation d’un autre. J’avoue qu’à rencontrer ce monsieur, je comprends que cela demandera du temps et qu’un monde ouvert, tolérant, compréhensif ne sera jamais acquis d’avance !

     

     

     Pour finir, les photos ci dessous, prises à Paris quartier Opéra, montrent que les congénères de ce boutiquier sourcilleux, ne se privent pas, eux, de procéder, en plus de la pollution bronchique qu'ils provoquent par la vente de leurs cigarettes électroniques, à la pollution visuelle la plus racoleuse. Je repose donc la question : n'y a t-il pas une différence de statut et de relation entre les affiches que je colle il est vrai parfois "sauvagement", et ces réclames les plus imbéciles qui soient ? À l'occasion, si ce monsieur de Montrouge trouve le temps entre deux clients, il réfléchira à une réponse juste et honnête. Il faut toujours rêver.  

     

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