• Que demande… la grande fatigue ?

    Que demande… la grande fatigue ?

    Je relaie ce visuel éloquent qui parle peut-être aussi assez bien de deux manières de faire de la politique. 

     

     

     

     

     

    Il est autant de formes politiques que de manières de les formuler et de les vivre.

    Disons que le dépliant du PCF en direction de 500 000 citoyens pour préparer la « primaire à gauche » en est une http://www.pcf.fr/sites/default/files/exe_3_volets_consultation_stc.pdf .

    Et éloquente !...

     

    Voici donc ces questions prémâchées, qui seront « synthétisées au niveau national et rendues publiques ». Le problème de ce type de questions est qu’elles laissent sentir au participant à la consultation qu’il est un cobaye un peu niais, et que l’intention du questionneur est cousue de fil blanc.

    Il n’est pas possible de croire un instant que l’organisateur de la consultation est dans une posture cherchant à faire parler la réalité de manière méthodologiquement scientifique. Ou si c’est le cas, c’est en soi une faute que les données relatives à la méthode d’investigation et à sa fiabilité ne soient pas accessibles, mêmes succinctement, comme une forme d’honnêteté envers le participant ou le lecteur.

    Or cette honnêteté n’est pas là ! Qui a formulé les questions, au nom de qui ou de quoi, et avec quelle validité intellectuelle ? Quelle expérience reconnue, quelle aide et assistance universitaire, de recherche, ou simplement sur quelle références académiques ce questionnaire se base –t-il (cela aurait pu être même indiqué en petit en annexe, par exemple, « questionnaire élaboré grâce à l’assistance et la bienveillance du laboratoire de sociologie de X…ou Y… ou avec l’aide de tel ou tel institut de sondages… », etc.) ? Rien.

    Le PCF et sa direction sont donc capables, tout seuls, de gérer, formuler, instaurer les paramètres de collecte de données pour sonder un large public (500 000 personnes). Ils n’ont besoin de personne. Alors pourquoi adressent-ils ce questionnaire en direction du peuple ? Réponse : pour faire semblant !

     

    En cela le projet politique suinte littéralement du questionnaire dans sa forme elle-même : la direction du Pcf ne cherche surtout pas l’aide d’autres acteurs éventuellement utiles et valorisant son initiative, apportant un autre regard, plus scientifique, plus à même de faire parler en effet les citoyens au travers d’une enquête spécifiquement axée sur la question de la « demande du peuple ». Ceci est dit pour la forme et le cadre.

     

    Voyons le contenu : les réponses doivent obligatoirement, pour permettre sans doute une "synthèse au niveau national", être au nombre de trois prioritaires. Or les priorités se chevauchent et surtout il est très difficile de dire avec précision quelles sont les priorités au sein de l'offre. Car ces mesures ou ces arguments idéologiques se recoupent en de nombreux points et ne peuvent pas laisser facilement « sacrifiés » les autres arguments ou propositions.

    On voit qu’il s’agit d’un jeu qui se mord la queue, dans lequel les réponses sonnent comme des mantras ou des formules toutes faites, comme pour apprendre par cœur plus que pour vraiment connaître les avis des citoyens consultés. La forme de ce questionnaire est très fermée, sous des apparences ouvertes qui s’avèrent trompeuses. C’est le double contraire des questionnaires que posaient les équipes de Pierre Bourdieu et que posent certains de ses successeurs ; ni vraiment qualitatif, ni vraiment quantitatif car on a affaire à de très nombreuses questions mais allant presque toutes dans le même sens.

    Il faut lire de Bourdieu son cours au Collège de France qui vient de paraître « Sociologie générale volume1, cours au Collège de France 1981-1983 » publié chez Raisons d’agir Seuil 2015, avec une belle couverture du graphiste co-fondateur de Grapus Gérard Paris-Clavel. Cet ouvrage fait comprendre le degré d’exigence intellectuelle et méthodologique qu’il faudrait avoir et les liens avec les chercheurs qu’il faudrait générer si l’on avait vraiment le souhait de produire de la connaissance sur le peuple aujourd’hui en France de manière opératoire. Mais ce n’est évidemment pas là visiblement l’intention de la direction du PCF. C’est de la poudre aux yeux.

     

    Il me sera évidemment répondu que les conditions d’urgence et de manque de moyens expliquent cette faiblesse qualitative. C’est l’argument perpétuellement employé, même en période plus faste. Je peux comprendre que l’on veuille malgré tout, malgré les difficultés et l’urgence, aller tout de même dans un sens et produire quelque chose. Mais on ne peut pas croire que l’état des liens avec le « peuple des chercheurs » soit aussi distendu, voire aussi défiant. C’est en soit un constat consternant sur l’état de santé relationnelle d’une direction politique avec le reste de la société, aussi bien celle des chercheurs que celle du peuple.

     

    Bref, ce document ne produit pas de l’intelligence mais du rabâchage, non pas de la pédagogie mais de la répétition, et en faisant mine de questionner les gens du peuple, la direction du PCF appose en fait partout le sceau de ses propres options. C’est en fait sans le dire un simple matériel de propagande au sens le plus banal et mécanique (genre matraque) du terme et il semble illusoire de croire que cela va « faire remonter » des options politiques fondatrices inédites, « venues du peuple », peuple conçu comme force de proposition. Au contraire, le peuple est traité comme infantilisé puisqu’on lui demande de répondre à un questionnaire ou tout est joué dans un sens comme dans un autre.

     

    Triste démocratie, même au PCF.

     

    Comment, d’autre part, pourra-t-on justifier un tel retard pris vis-à-vis de la proposition de JL Mélenchon (qui, elle, percute et rebondit), et au nom de prétextes fallacieux ; comme ce questionnaire dont le titre lui-même, voulant jouer sur les mots, signifie au sens propre « ne nous cassons pas la tête », car c’est bien là le sens habituellement compris par les gens de cette expression « que demande le peuple ». On pourrait le dire pareillement par « pourquoi en faire plus ? ». C’est dire le degré de mépris involontaire envers l’enjeu politique qui entoure cette démarche par son titre même.

     

    En cela le PCF est influencé, sans recul critique et inventif, par les méthodes des sondeurs commerciaux, de la pub, du marketing et des votes en ligne. On sent que l’irréflexion, la précipitation, la panique même, et enfin et surtout la peur de créer et assumer de l’inattendu inspirent cette initiative qui s’inscrit dans un premier faux pas difficilement défendable : aligner le calendrier du PCF sur celui de primaires à gauche qui sont une importation par le PS en 2011 d’un pur produit de la politique dénaturée des États Unis dont chacun sait que les principaux « votants » sont les lobbies militaro industriels qui financent les campagnes des deux bords (excepté Sanders, et c’est tout à son honneur).

    Ici donc la représentation, au sens de capacité à inscrire un projet politique dans le show et l’entertainment, bat son plein. Et le PCF ne trouve rien de mieux que de s’y aligner ! Cela fera date dans l’histoire communiste.  

     

    Pourtant, des ouvrages comme le livre « Commun; essai sur la révolution au XXIème siècle » de Pierre Dardot et Christian Laval, paru aux éditions La Découverte 2014, apportent un éclairage nourri sur la question des visées, des formes et des moyens à employer pour orienter et enrichir la révolution politique à laquelle le peuple aspire souvent à son insu. Comme le plus souvent, ce n’est pas le chemin pris. On s’y est habitué. Et c’est mortellement triste…

     

    Quand verra-t-on une direction qui serait capable de ne pas chercher à « noyer le poisson », mais plutôt de rebondir sur les opportunités de la réalité sociale. Au lieu de plaquer une rhétorique mortifère et redondante sur le mouvement social en répétant sans cesse que tout doit venir du mouvement social en même temps que tout est fait pour le décourager, il serait plus courageux et dynamique de jouer de la dynamique rassembleuse de Jean-Luc Mélenchon, en l’appuyant d’ores et déjà de toutes les forces disponibles. Mais non, au lieu de cela, on va faire un faux questionnaire pour de fausses propositions du peuple, qui, on l’imagine facilement, fera le dos rond devant cette entourloupe loupée.

     

    Cela sent tellement le stratagème de prophylaxie pour se préserver de la fécondité politique de l’inattendu que l’on pense décidément à une volonté de préservation de positions de pouvoir plus que d’une quelconque envie de faire naître une dynamique sociale. Elle a lieu de toute façon en dehors de ce cadre, soit par les manifestations contre la loi El komri, soit par les Zadistes et les agro écologistes de terrain, soit par les assemblées Nuit debout, soit par le film Merci patron !, soit par la proposition de Jean-Luc Mélenchon.

    Mais une fois de plus, la direction du PCF est à côté, et même pire, à ne pas laisser de marge créatrice, elle sclérose sa propre capacité à comprendre et à répondre à ce qui se passe. Deux pas en arrière des masses, dirait-on, et le pied enfoncé sur le frein !

    Bon courage tout de même.    

     

     

     


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