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    Que veut dire « Non » ?

     

     

    Joël Auxenfans. Peinture affiche pour le projet "Les Palissades" d'un chantier d'infrastructure. 2015.

     

     

     

    S’il est un livre qu’il faut impérativement que toute personne lise le plus rapidement possible, et en particulier les utilisateurs assidus ou praticiens professionnels des nouvelles technologies (ordinateur, programmation, Internet, réseaux sociaux, téléphone mobile, gadgets électroniques, etc.) c’est le livre d’Éric Sadin, « La vie algorithmique, critique de la raison numérique » paru en 2015 aux éditions L’Échappée.

     

    J’en livre ici quelques extraits :

     

    P. 102 :

    « Un nouveau genre de connaissance émerge, fondé sur une récolte informationnelle massive, soumise à des recoupements corrélatifs identifiés par des algorithmes chargés de détecter des récurrences significatives. Formule heuristique qui renvoie au Data mining à l’œuvre depuis le début de la première décennie du XXIème siècle, qui inaugura le principe d’une divulgation robotisée de phénomènes jusque-là non directement détectables par la conscience humaine. C’est une extension de cette pratique qui s’instaure par le fait de la sophistication croissante des protocoles, portant en outre sur des volumes de données sans cesse amplifiés. Mode d’entendement qui se défait de tout a priori pour en quelque sorte laisser « la vérité du moment se découvrir », à l’écart des catégories pré établies possiblement réductrices. Il a par exemple été constaté que des bouchons de circulation, formés en certaines zones en fin d’après-midi, étaient prolongés le soir même par une désaffection substantielle de la fréquentation des sites de rencontre. Rapprochement avéré entre deux faits apparemment sans rapport, qui a révélé que les conducteurs de véhicules soumis à ce cas de figure, par manque de temps, de disponibilité ou par fatigue, ne se sentaient pas dans des conditions favorables pour se livrer à ce type d’activité. »

    (…)

    « Le savoir corrélatif computationnel se caractérise par plusieurs propriétés. Il doit, pour exprimer sa pleine mesure, porter ses analyses sur des agrégats de données à la fois plus volumineux et les plus variés possibles. C’est la condition nécessaire à ce que se dévoile des faits ignorés, de surcroît non saisissables sous le biais d’autres processus cognitifs. Il s’exerce sur des registres informationnels différenciés, à condition qu’ils soient réduits à des codes binaires : textes, statistiques, images fixes et animées, coordonnées de géolocalisation, objets connectés. Il encourage une mémorisation la plus soutenue, afin de pouvoir relier à tout moment des données déjà stockées à d’autres susceptibles de s’agréger ultérieurement, en vue de révéler des phénomènes jusque-là insoupçonnés. (…)

     

    « L’interprétation corrélative relève encore d’un mode d’appréciation qui se constitue grâce à des mécanismes robotisés, laissant le soin à des systèmes de divulguer des mises en rapport distinctives. Elle nomme une expansion de l’automatisation dans la compréhension des phénomènes, qui s’impose en quelque sorte à la raison par la force itérative de faits décelée par des algorithmes inductifs. C’est la faculté herméneutique proprement humaine qui est peu à peu repoussée ou sacrifiée dans nombre de cas, s’abandonnant à l’évidence du constat avéré et inflexible. Puissance d’impact adossée à son « prestige mathématique », qui n’appelle pas la contradiction, l’enquête minutieuse, la recherche pas à pas, l’effort consubstantiel propre à tout processus de discernement, qui de surcroît recouvre par l’apparence de sa véracité, un pouvoir performatif.

     

    Car l’événement épistémologique majeur qu’il faut saisir – décrypter plutôt – au-delà de ces attributs renvoie au fait que tout résultat d’équation est aussitôt appelé à être exploité sous de multiples formes. Modalité d’appréhension à visée exclusivement utilitaire, qui transforme chaque circonstance en graphe capitalisable, ne laissant jamais en repos les états de connaissance, les situant comme la base hautement informée d’actions à entreprendre, inspirées et garanties par la puissance de définition prouvée des processeurs et des algorithmes. « Néo-utilitarisme » qui renoue avec la philosophie utilitariste de Jeremy Bentham, concepteur du dispositif architectural pénitentiaire à visibilité intégrale, le Panoptique, que la priorité accordée au temps réel renforce et universalise, l’érigeant comme l’acmé d’une relation continuellement fonctionnelle entretenue à un environnement se manifestant sans point aveugle au fil de l’expérience individuelle et collective. »

     

      P. 128 :

    « Mais le fait singulier est qu’il s’opère une sorte de vengeance imprévue du sensible, inapte à se soustraire intégralement au régime computationnel. L’extension des capteurs, associée à la volonté de progressivement numériser les différentes qualités saisies par les sens humains (à terme, jusqu’à l’odorat et le goût), témoigne à la fois de cette inclination démiurgique et signale un point limite, celui de vouloir réduire l’intuition à des suites de chiffres, mais qui dans les faits procède d’une réduction partielle et standardisée, incapable de saisir la dimension pluristratifiée et non « algorithmisable » des sensations, des émotions et de la mémoire humaines. C’est pourquoi le principe d’une équivalence entre le cerveau et l’électronique, tel qu’initialement envisagé par la cybernétique et aujourd’hui relancé par le transhumanisme qui imagine réalisable « à l’horizon 2040 » le téléchargement des « données de l’esprit » sur des puces de silicium, relève d’une inconséquence, d’une naïveté, ou d’une imposture, correspondant à une aberration qui ignore la complexité irréductible de la conscience émotionnelle. La « raison numérique » est finalement confrontée à la juste et implacable vérité du « théorème d’incomplétude » de Gödel, selon lequel tout ne peut être calculable et démontrable. Le peintre Elstir affirme qu’il faut revenir à la racine d’une appréhension pleinement sensible du monde. Toute la recherche de Proust plaide pour que les flux de l’expérience ne soient pas continuellement découpés et exploités rationnellement de façon cartésienne. Car oui, « l’expérience est indestructible. (…) La pensée à hauteur d’expérience est quelque chose comme une boule de feu ou une luciole, admirable et disparaissante. »

    C’est la nature de ce savoir qu’il faut identifier ou déconstruire et qui ne se défera jamais de sa constitution binaire, structurellement limitée à ne saisir que des phénomènes catégorisables. Condition cognitive et épistémologique dont il faut exposer la généalogie et le projet, et dont on voit la mesure éminemment réductionniste et normative qu’elle induit. Car c’est un régime de vérité toujours plus hégémonique, exclusif ou « excluant » qui s’impose, et dont la portée et les conséquences avaient été pressenties il ya plus de trois décennies par Jean-François Lyotard : « Il est raisonnable de penser que la multiplication des machines informationnelles affecte et affectera la circulation des connaissances autant que le fait le développement des moyens de circulation des hommes d’abord (transports), des sons et des images ensuite (médias). Dans cette transformation générale, la nature du savoir ne restera pas intacte. Il ne peut passer dans les nouveaux canaux, et devenir opérationnel, que si la connaissance peut être traduite en quantités d’informations. On peut donc en tirer la prévision que tout ce qui dans le savoir constitué n’est pas ainsi traduisible sera délaissé, et que l’orientation des recherches nouvelles se subornera à la condition de traduisibilité des résultats éventuels en langage de machine. »

     

    P. 154 :

    « La norme quasi imperceptible réside ici dans l’agencement d’un cadre surcodifié qui ne vise qu’à édifier l’image d’un individu libre et surpuissant, et qui, par le fait de cet environnement éminemment avantageux, excite chacun à s’enivrer sans fin de l’expression de soi, prolongée et renforcée par la clameur publique. C’est cela qu’occultera toute sociologie des usages, dont certains des tenants peuvent affirmer à l’instar de Danah Boyd que certes, « c’est compliqué », supposant que des procédés de singularisation demeurent toujours ouverts, mais qui dans les faits entérine les logiques en place, jusqu’à les ignorer ou les absoudre. Une analytique des structures ne représente pas un mode d’approche « complémentaire », elle compte dévoiler la vérité plus ou moins manifeste des soubassements et l’intentionnalité à laquelle ils répondent, et affirme sans nuance que c’est seulement par la déconstruction des mécanismes à l’œuvre, et l’élaboration de constructions fondées sur de tout autres principes, que des usages pleinement singularisés deviendront effectivement possibles. »

     

    P.156 :

    « On peut tenir les lunettes connectées comme le parangon de la sophistication technologique contemporaine, fondée sur l’extrême puissance des processeurs, l’intégration nanométrique de certains composants et un design industriel capable d’amalgamer en une seule entité nombre d’éléments hétérogènes. Néanmoins, ce qui, à la différence d’autres modèles, spécifie les Google Glass, c’est qu’elles bénéficient directement de la haute maîtrise de la science de l’indexation développée par la maison mère, pouvant faire apparaître sans « perte de signal » toute indication « pertinente » à l’attention de chaque individu. Mécanisme qui suppose de percevoir sur l’un des deux yeux des informations qui certes peuvent provenir de l’Internet par commande vocale ou manuelle, mais qui ne correspond pas à sa fonctionnalité majeure, qui consiste à afficher toutes sortes de renseignements adaptés à chaque être sans intention préalable de sa part. Automatisation d’une partie du champ de vision ne requérant pas de décision initiale, qui représente l’acmé du processus de la prise en charge robotisée des personnes. »

     

    P. 157 :

    « Si, selon le psychologue et Philosophe américain William James (1842-1910), « notre expérience se définit par ce à quoi nous acceptons de prêter attention », c’est à un inévitable renversement de la formule qu’il faut procéder, constatant que notre expérience est appelée à se définir ou à se constituer en fonction de ce à quoi des robots numériques s’attacheront à nous faire prêter attention. Ce n’est plus seulement la décision humaine que nous déléguons progressivement à des systèmes, c’est également une large part de notre perception qui est vouée à être ordonnée par des algorithmes. »

     

    P.169 :

    « C’est pourquoi nous passons actuellement du régime de la surveillance numérique qui aura caractérisé les années 1995-2015, à un DATA-PANOPTISME, non pas détenu par quelques figures omnipotentes, la NSA ou d’autres entités, mais entretenu et exploité de partout, avec pour objectif prioritaire d’offrir des services et d’assurer le plus grand « confort de tous ». Dimension qui confirme la formule proprement visionnaire énoncée par Ivan Illich selon laquelle « au-delà de certains seuils, la production de services fera à la culture plus de mal que la production de marchandises a déjà fait à la nature ».

     

    P.186 :

    « Désormais, la plupart des opérateurs téléphoniques monétisent leurs informations, procédant au préalable à une anonymation, soit à l’effacement de leur source individuelle. SFR s’engageatrès tôt dans le commerce de données à des fins de géomarketing, associant à ses offres des outils de data-visualisation cartographique. Un milliard d’évènements seraient quotidiennement captés par l’entreprise (actions d’allumer ou d’éteindre un appareil, passages et durées des appels, envois de messages, trajets effectués, applications consultées…). Architecture qui permet de saisir en temps réel nombre de comportements, leurs itérations et évolutions, dressant un relevé sociologique ininterrompu d’origine industrielle : « Les enchaînements d’évènements émis par les mobiles permettent de suivre la densité et les flux de population tant au niveau macro, national et urbain, que micro selon la topologie du réseau, explique-t-on chez SFR. Notre dispositif nous a permis par exemple d’évaluer à 389500 le nombre de visiteurs du Festival de Cannes en 2012, et d’observer un pic de fréquentation le 18 mai 2012 à 17h.Autres exemples d’indicateurs : le suivi de la diffusion des passagers ayant pris un train à la gare Montparnasse, ou encore la fréquentation des lignes du métro parisien selon l’heure de la journée. Ces données peuvent intéresser des acteurs de transport ou les collectivités locales, note-t-on chez SFR. Mais le secteur de distribution représente aussi l’une des principales cibles du groupe. L’opérateur offrant notamment la capacité de définir la provenance des clients visitant un centre commercial ou un supermarché. »

     

    P. 198 :

    « L’open Data sonne l’épuisement définitif du politique entendu comme l’élaboration de projets soumis à la délibération démocratique, et glisse vers une régulation algorithmique, automatisée et sans signataire de la vie publique. Le dessein consiste désormais à assurer une gestion la plus efficace au moyen de joysticks imperceptibles, permettant de réagir en quasi temps réel aux conjonctures : «  Diriger : décider sans gérer. ANT._ Gérer : diriger sans décider. » écrivait avec légèreté et gravité mêlées l’économiste Georges Elgozy. La temporalité de l’action politique se compresse, ne s’accordant plus la distance nécessaire à la réflexion et à la maturation, pour se calquer subrepticement sur le principe de la circulation des flux numériques à la vitesse de la lumière et de la réactivité sans délai à l’œuvre dans les réseaux. Dimension qui atteste de l’imprégnation insidieuse du politique par une technique qui ne travaille pas frontalement à sa désagrégation, mais qui de facto étend de partout son influence agissante par la nature de ses productions et leur diffusion planétaire. Dorénavant, la puissance de gouvernementalité sur les êtres et les sociétés se situe principalement du côté de l’industrie du traitement massif des données, qui représente le cœur d’une nouvelle forme prégnante et expansive de pouvoir : le TECHNO-POUVOIR. »

     

    P. 206 :

    « Le point de contact, ou la façon dont les individus sont dirigés par les autres s’articule sur la façon dont ils se conduisent eux-mêmes, est ce que je peux appeler, je crois, « gouvernement ».

    (citation de Michel Foucault, L’origine de l’Herméneutique de soi. Conférences prononcées à Dartmouth collège, 1980, Vrin)

     

    P. 217 :

    « C’est encore à partir de processus d’innovation que se sont peu à peu élaborés des procédés sans cesse plus sophistiqués et des interfaces toujours plus séduisantes visant à capter l’attention des individus en vue de leur plus intense monétisation. Google et son moteur de recherche, autant que le modèle qui mémorise et catégorise les usages quotidiens de milliards d’utilisateurs via leurs requêtes, sont le résultat de processus d’innovation. La volonté du même Google de créer ex nihilo une plateforme artificielle au large du Pacifique, une sorte d’  « île autonome », dans la but de se délivrer de toute règle et de toute fiscalité, d’ériger en pleine mer une « zone franche libertarienne », est le résultat de processus d’innovation. Amazon et ses procédés de suggestions individualisés fondées sur l’analyse des comportements sont le résultat de processus d’innovation. Une multitude d’exemples similaires pourraient ainsi être déclinés. La servicisation de tous les pans du quotidien via des applications et des systèmes développés au sein d’unités de recherche, sous couvert de services prodigués aux individus, conduit à une marchandisation généralisée de la vie. La marchandisation généralisée de la vie actuellement à l’œuvre est le résultat direct de processus d’innovation. »

     

    P. 219 : 

    « Ce qu’aura institué le techno-capitalisme à échelle globale, c’est un mode de rationalité fondé sur la définition chiffrée de tout phénomène grâce à la puissance indéfiniment accrue du computationnel. Aujourd’hui, il convient de répondre à un type quasi exclusif d’innovation par d’autres gestes d’innovation, envisagés comme autant de possibilités indéfiniment ouvertes à dessiner de nouveaux schémas à l’écart de toute visée strictement commerciale et utilitariste. C’est l’intérêt commun qui devrait être prioritairement recherché et qui a été jusqu’ici massivement réprimé. C’est à un renversement ou à une inversion des valeurs auquel il faut procéder, visant à repousser la seule quête de l’intérêt particulier pour travailler à l’épanouissement collectif et individuel supposé caractériser en propre l’ethos démocratique et civique. Entreprise majeure d’innovation qui doit se manifester sous toutes les formes possibles, dans l’objectif de détrôner la puissance de gouvernementalité outrageusement gagnée par le techno-pouvoir et d’édifier de nouvelles modalités plus vertueuses. Face à la puissance d’inventivité de l’industrie du numérique, à son génie même, c’est toute la puissance d’inventivité des individus et des sociétés, tout le génie humain à pouvoir dessiner autrement les choses, qu’il faut encourager. Jusqu’à quand et jusqu’où allons-nous accepter que quelques milliers de personnes dans le monde, principalement des dirigeants de groupes économiques et des ingénieurs, infléchissent le cours individuel et collectif de nos existences, sans que des oppositions, des digues juridiques ou des contre-pouvoirs ne se dressent ? Il ‘agit-là d’un enjeu politique, éthique et civilisationnel majeur de notre temps. »

     

     

     

     

    Excepté au moment du traité européen de 2005 pourtant caractérisé par un conditionnement unilatéral en faveur du oui de la part des médias et des partis de l’establishment, et en dépit du fait que son résultat – « NON » - a été nié par la suite de la manière la plus anti démocratique qui soit, on trouve rarement de nos jours des moments au cours desquels la population est consultée sur la question « oui » ou « non ».

     

    Surtout, les réponses, lorsqu’elles sont données par le peuple et qu’elles vont à l’encontre des intérêts des dominants, sont généralement contournées ou occultées d’une manière ou d’une autre. C’est le cas par exemple pour les OGM, le nucléaire, les pesticides, les destructions d’emplois pour le lucre de spéculateurs, les gaz de schistes, l’intégration dans l’OTAN, etc.

     

    Il est un discours qui agit efficacement au service de ceux qui nient ainsi les choix du peuple, c’est celui de l’ « innovation ». Il semble facile, à partir d’un climat entretenu médiatiquement, de soumettre la volonté individuelle et collective par l’idée d’innovation.

     

    Tout d’abord, par un présupposé que le « nouveau » - même s’il ne répond pas à un besoin social prioritaire objectivé et énoncé des gens mais vise plutôt à créer une dépendance artificielle en même temps que le produit « nouveau » imposé lui correspondant comme par miracle -  est la réponse à tout et aux conditions exclusives de ceux qui pilotent l’opération marketing. Et ceci même si les objectifs des promoteurs de la nouveauté ne sont pas humanistes mais exclusivement lucratifs et de pouvoir.

     

    Ensuite, par l’argument de principe culpabilisateur que s’opposer à l’innovation est en soi un crime contre les avantages, les services et les plaisirs dont on prive ainsi l’humanité. Sur le plaisir, le capitalisme a su depuis longtemps jouer sur la corde irrésistible de la chatouille sensuelle, des frissons de la transgression obéissant à un jeunisme universel, de l’extase de la perte recherchée du contrôle de soi, du « fun » du côté ludique des choses ainsi commercialisées, même si cette approche séductrice et réductrice de l’âme humaine – censée n’être toujours et exclusivement qu’à la recherche d’un plaisir hédoniste un peu niais et surtout aveugle à lui-même et à ses conséquences - débouche en même temps sur des dégradations planétaires ou des conditions de travail et de vie aggravées d’autres personnes situées ailleurs (hors de vue) dans l’échelle sociale ou dans la géographie du monde.

     

    Il est étonnant de voir l’aisance avec laquelle le public se laisse entrainer avec une naïveté et un aveuglement confondants, à vouloir systématiquement ce que les capitalistes veulent, à penser comme eux et d’après leurs critères. Par exemple le travail le dimanche ou de nuit, au nom de la possibilité indéfiniment exacerbée de pouvoir désirer des choses abracadabrantes, sans plus de limites ni de décence et s’identifiant à un modèle qui correspond le plus souvent à un profil type de riche touriste américain fantasmé désirant à deux heures du matin se procurer tel ou tel produit absolument dans l’instant.

     

    Les consommateurs oublient qu’eux-mêmes sont salariés, ou que d’autres, parfois de leur propre famille, le sont, précisément dans les branches dans lesquelles l’augmentation prétendue des plaisirs s’accompagnera du durcissement de l’exploitation au quotidien. Ce sont là les miracles de l’auto - asservissement auquel se livrent avec joie nos contemporains à l’échelle de la planète.

    C’est cette fois Frédéric Lordon, dans son livre « Capitalisme, désir et servitude, Marx et Spinoza » (La Fabrique 2010), qui approfondit cette question de manière philosophiquement et politiquement aboutie et portée par une écriture superbe de sa pensée, comme l’est à sa manière également celle d’Éric Sadin. Il faut aussi voir cette courte vidéo de Lordon dans laquelle il décrypte et démonte les mécanismes de la double perversion consumérisme/condition du salariat http://www.les-crises.fr/les-zeles-du-desir

     

    Nous sommes dans l’ère de l’ « auto entrepreneuriat » (c’est-à-dire de l’auto exploitation misérabiliste) mais aussi celle de l’auto destruction des bassins d’emplois et des savoirs-faire, par le basculement systématique des choix de consommation, par défaut d’information et, il faut le dire, par manque de pouvoir d’achat et de choix, vers le produit le moins disant. Et ce, même si ces achats compulsifs dénués de toute réflexion critique n’apportent avec eux que des tempêtes mondiales, légèrement différées, de la dérégulation et des destructions irréversibles des écosystèmes vitaux et des conditions de vie des sociétés : les choix consuméristes pour le produit moins-disant d’aujourd’hui faisant les chômeurs de demain.

     

    Ainsi pour les polonais de Bialystok ou de Lotz, anciennes ville textiles de l’Est et du centre de la Pologne dont les immenses usines fermées allègrement comme ailleurs en Europe dans d’autres foyers industriels fortement structurés syndicalement, sont devenues des coquilles vidées de leurs activités initiales. À la place de la vraie production et des vrais salaires, des vrais savoir-faire, on trouve désormais des centres commerciaux gigantesques et luxueux, proposant uniformément à des chômeurs ou petits salariés, les grandes marques internationales en provenance de pays sans droits sociaux et vendus quelques euros.

     

    Ces gens, certes aspirant fortement à ressembler au modèle de consumérisme occidental du fait des privations et du complexe de « ringardise » ressentis pendant ces années qu’ils appellent improprement « communistes », sont ainsi captés, rendant docilement au capital transnational le maigre pécule qu’ils ont encore. Ils viennent là acheter des produits de mauvaise qualité issus d’une exploitation féroce et d’un transport par containers sur des dizaines de milliers de kilomètres, tandis que leur propre outil de travail local a lui, été détruit depuis longtemps, précisément par ces mêmes importations massives et autres tours de passe-passe planétaires de financiers.

     

    Aussi, ces grecs qui, eux, disent « Non » ont-ils quelque chose à apprendre aux européens. La question de la dette y trouve une exposition particulièrement éloquente, comme en atteste le récent rapport de la commission d’experts nommée par le parlement grec pour faire l’audit de sa propre dette : http://blogs.mediapart.fr/blog/cadtm/180615/la-dette-grecque-est-illegale-illegitime-et-odieuse-selon-le-rapport-du-comite-sur-la-dette .

     

     

    Pourquoi le NON des Français, Hollandais, Irlandais en 2005 ou celui des grecs aujourd’hui sont-il, dans ce système politique européen perverti, l’objet d’un dénigrement permanent ? Parce que ce NON dit non seulement un refus de se laisser faire par les technocrates au service des puissances financières, mais aussi parce qu’il porte en lui la possibilité se donner un temps propre de choix et fonde sur une vraie réflexion, une vraie discussion citoyenne, une recherche d’alternative créative se diffusant dans toutes les parties de la société.

     

    Évidemment, plaider par principe pour la cause du NON ne signifie pas qu’il faille suivre pour autant n’importe quel « Non », et suivre par exemple les élucubrations des réactionnaires Versaillais « éternels devant l’Éternel », positionnés rigidement sur tous les fronts contre tout à la fois l’étrange, l’étranger, le corps, l’avenir et la jouissance du temps présent. Ces fanatiques de la procréation décidée par Dieu sans ou contre les hommes et surtout contre les femmes, refusent par ailleurs avec cynisme « l’étranger qui vient d’ailleurs », alors que l’enfant naissant - par exemple – dont ils se revendiquent abusivement les protecteurs missionnés par Dieu, est lui-même un total étranger parmi ceux de sa famille, qui l’accueillent et apprennent petit à petit à compter avec lui.

     

    Ces gens rigoristes ne se refusent jamais une occasion d’exercer leur violence contre les droits d’autres qu’eux, femmes, homosexuels et minorités discriminées, même si le pays le plus catholique de l’Europe avec la Pologne, l’Irlande, vient de leur adresser un superbe camouflet en votant « Oui » à une belle majorité pour le mariage homosexuel.

     

    Ce déni du sexe vécu différemment par les autres au gré des histoires personnelles est le signe distinctif de cette portion de la société qui existe dans toutes les religions et mouvances sous influence religieuse. Repliée sur elle-même, s’enseignant de génération en génération la préférence confessionnelle, l’intolérance, la haine envers l’Autre et surtout envers la philosophie matérialiste et scientifique, l’hostilité à l’égard de la politique et l’extension des droits humains conquis par les humains, cette forme de Non est plutôt un arrêt dictatorial frénétique interdisant l’évolution intrinsèque dont procède pourtant tout processus naturel autant que social.

     

     

    La transgression salutaire des modèles des anciens que doit exercer chacun en connaissance de cause afin de se rendre personnellement maître de ses propres critères de choix, tout autant que celle qu’une société doit adopter à l’égard de ses propres traditions cultuelles issues de temps objectivement arriérés, pour leur assigner une place définitivement inoffensive, sont deux choses essentielles, refusées par ces courants intégristes. Voir à ce sujet l’extraordinaire film de Pier Paolo Pasolini « Carnet de notes pour une Orestie Africaine » (1970), qui montre à travers le mythe grec d’Oreste joué dans l’Afrique des mouvements d’émancipations nationaux, comment le religieux, en tant que culture, peut demeurer l’objet d’une attention socialisée tout en perdant son caractère terrifiant et barbare, en remplaçant par exemple le principe de la vengeance divine par l’exercice démocratique de la justice.

    La manière la plus récente par laquelle ce « courant d’opinion » ultra réactionnaire s’est montré sous le jour du ridicule le plus éclatant et de la violence intellectuelle la plus basse, se trouve dans l’acharnement contre l’œuvre d’Anish Kapoor, immense artiste internationalement reconnu

    http://www.franceinfo.fr/actu/societe/article/oeuvre-controversee-versailles-une-plainte-deposee-contre-anish-kapoor-694138 .

     

    Cette violence de la censure, de l’inculture, de la haine à l’égard de la pensée et de la critique politique, se fraie un chemin dans l’opinion, même la plus modérée, celle qui opine à tout et se laisse indéfiniment mener à coup d’arnaques et de grossières manipulations médiatiques et politiciennes (telles ces fameuses « primaires » pure produit du marketing politique américain, tout comme l’appellation « Les Républicains » récemment inventée par les hommes de communication du « président » non pas celui des français mais celui des "mille et une affaires" judiciaires.

     

    Ainsi, de plus en plus de gens s’affichent garants des « droits de l’homme », mais refusent que s’exerce immédiatement autour d’eux l’invitation au débat et à la réflexion documentée. Ils affichent, par conformisme et approximation idéologique, leur goût pour le « politiquement correct », qui n’est toléré institutionnellement que dans la stricte mesure où il ne met nullement en cause les rapports de domination capitaliste.

     

    Mais en réalité, nos « concitoyens » s’avèrent dans les faits plus préoccupés par un risque de dégât des eaux dont leur appartement risquerait d’être affecté que de l’état physique ou psychologique de personnes de leur connaissance (ou non) victimes par exemple d’une agression pour le "délit" d’une opinion dérangeante. Cette focalisation sur les biens matériels et ce repli sur l’intérêt privé montrent où en sont arrivés le politique et le « commun » dans notre société.

    En réalité, et tout bien entendu, le politiquement correct, la paresse et la lâcheté politique s’accommodent fort bien de la violence, de l’abrutissement intellectuel et de l’illégalité, pourvu qu’ils leur garantissent un STATU QUO de leur statut et de leur confort social dont ils sont sortis jusqu’à présent gagnants, quitte à ce que ce soit contre le reste de tous les autres gens ordinaires.

     

    C’est ce processus de pourrissement sociétal que, courageusement, le mouvement populaire Syriza essaie de renverser, soutenu en France par le Front de Gauche qui essaie laborieusement de dépasser des blocages stratégiques internes empêchant toute véritable effervescence politique populaire. Mais ce n’est en tout cas pas du côté de la classe de l’establishment culturel ou financier que l’on pourra s’attendre à trouver une réelle défense de la liberté d’expression et de la souveraineté politique dès lors que celles-ci ont une visée émancipatrice contre un système dont cette catégorie petite bourgeoise profite peu ou prou. Cette catégorie-là ne dira, elle, jamais NON au système capitaliste, même lorsqu'il s'emportera dans ses errances les plus folles ; elle y adhérera aussi longtemps qu’elle en profitera à titre privé.

     

    - Vous avez dit « hypocrisie » ?

     

     

     

     


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  • À taille humaine

     

     

     

    Joël Auxenfans. Peinture-affiche en préparation du projet "Les palissades" pour un chantier d'infrastructure. 2015.

     

     

    Le souvenir que m’a laissé la lecture des nouvelles de l’écrivain russe Tourgueniev est celui d’une incroyable justesse de ton et de restitution d’une vérité humaine, à taille humaine.

    Au risque de paraître vouloir pousser l’art de la comparaison à son extrémité caricaturale, lorsque l’on pense aujourd’hui (pas besoin d’y mettre les pieds) à l’imbécillité mêlée d’  « hubris » qui anime en entier les projets ou réalisations de tours toutes plus vertigineuses les unes que les autres – on parle de tour de plus de 800 mètres puis d’un kilomètre de hauteur quelque part en plein désert, on ne peut que se poser ces questions de la raison et de la taille humaine dans de tels projets.

    Il faut reconnaître que c’est la tour Eiffel et avant elle de nombreux autres monuments immenses et techniquement inouïs pour leur époque, qui ont tracé la voie de cette course folle. Reste à savoir si existe une limite à un geste constructeur et créateur, au delà de laquelle on pourrait infailliblement accuser un projet ou une réalisation de démesure et d’ineptie.

     

    Chaque fois, le déplacement et la dépense d’énergies financières, collectives et techniciennes si considérables à l’érection de tels « temples », s’est trouvé déterminé par des considérations de pouvoir, de rapports de forces culturel, politique, économique, technique. C’était chaque fois pour imposer une représentation aux gens du monde entier du spectacle des puissances en présence, façon d’y inscrire chaque fois au premier plan celle qui en décidait à ce moment précis l’édification ! Il y a donc une synchronisation entre la mise en mouvement de ces efforts surdimensionnés et l’accès d’une entité politique à un certain degré de suprématie.

    Le Château de Versailles, les divers Palais de ducs, de papes, les cathédrales, les tours des cités commerçantes de Toscane, de multiples exemples répètent à l’envie dans l’histoire ancienne ce phénomène, comme un geste de pure fécondation des potentialités politiques d’un temps, chaque fois renouvelé, chaque fois ultérieurement surpassé, … C’est à se demander où se distingue là-dedans la notion si valorisée de « modernité ». À quelle rupture éthique correspond-elle si elle ne fait en définitive que reproduire en plus grand les mêmes rêves de démesures des temps anciens ?

     

    Un emblème de cette course à la verticalité plutôt que de qualité est le principe du quartier d’immeubles gratte-ciel. Je recommande de lire à ce sujet le livre « New York Délire » (1978), de l’architecte hollandais Rem Koolhaas, avant que celui-ci se mette lui-même à beaucoup construire. La technicité, l’ingéniosité incontestables des buildings de Manhattan décrits par Rem Koolhaas ne font que mettre l’accent sur le caractère surdéterminant de l’économie sur l’épannelage général de l’immeuble, à savoir le coût du foncier et les profits multipliés immanquablement autant de fois que l’on pouvait ajouter un plancher par dessus un autre.

     

    Comme la décision était uniquement dictée par la recherche du profit financier, la marge d’autonomie de l’architecture reste ici assez modeste, même si de très belles réalisations ont pu voir le jour, y compris récemment, comme les tours de Portzamparc, mais à condition toutefois de rester, dans cet exercice, sous la dictée des exigences strictement financières - l’ostentation en faisant partie puisqu’elle répond indirectement mais sûrement à ces dernières.

     

    La question qui traverse de beaux moments de la création artistique universelle n’est pourtant pas celle de l’énormité et de la puissance se voulant sans cesse plus écrasantes. Certaines des plus belles œuvres de l’histoire reflètent l’inverse d’un tel délire et d’une telle perte de l’échelle humaine. Elle révèlent une présence au sensible appréhendable en tant que mesure  cohérente à une humanité inscrite dans un régime d'économie limité. C'est cette limite qui me semble fournir paradoxalement le carburant de la création, puisqu'il s'agit pour le créateur de sublimer les contraintes par des raccourcis qui impliquent la participation du spectateur au projet de transmission. 

     

    Je pense par exemple à un autoportrait de Degas âgé (vu à une exposition au Palais du Luxembourg il y a une douzaine d'années), à peu près contemporain de l’émergence du cubisme de Picasso-Braque ; un tableau à peine peint, sur une petite toile. La présence qui se dégage de ce petit chef d’œuvre est un moment de vérité d’autant plus tangible qu’elle est contenue dans des limites de taille, d’ambition qui n’ont rien de monumental et encore moins d’écrasant.

     

    De même les fameuses céramiques à figures noires ou rouges des grecs anciens, exécutées au cours d’une production manufacturière quotidiennement répétée, n’ont rien de démesurés, rien qui sombre dans un excès de dimension ou de ton. Les hommes qui réalisaient ces pots décorés, pendant qu’ils travaillaient, vivaient et s’exprimaient au travers de leur ouvrage quotidien. C'est-à-dire que leur geste créateur s'inscrivait en même temps dans une économie réaliste du quotidien, on pourrait presque dire dans une écologie (une économie tenable dans un équilibre environnemental). 

     

    Il est rapporté que lorsque les Athéniens perdirent la guerre du Péloponnèse et qu’il leur fut imposé de (faire) détruire eux-mêmes (en réalité par leurs esclaves) les enceintes fortifiées qui défendaient trop bien le port du Pirée, ce fut accompagné par des chants et des musiques que s’effectua des années durant cette mise à bas de leur principal édifice défensif. Aussi, à travers le souvenir laissé par ces chants pourtant ô combien matériellement fragiles (il ne nous en reste aucune trace écrite), la preuve est faite que la fin d’une hégémonie peut produire aussi des œuvres belles, des moments de beauté indestructibles parce qu’inoubliables.

     

    Or, où nous trouvons-nous actuellement dans l’histoire de l’humanité ? Là précisément où il est désormais connu que nul ne pourra empêcher qu’apparaisse avec de plus en plus de force l’impossibilité manifeste de continuer à dévaster et épuiser la terre, à nier l’homme au travers d’exploitations, asservissements, tyrannies, de grossièretés populistes ou de pures barbaries meurtrières. L’achat de tout, même celui du « droit » (quel mépris du sens des mots !) à polluer impunément, massivement et irréversiblement est le symbole de cette nouvelle imbécillité générale qu’imposent les lobbies financiers…  

     

    Actuellement, un nouveau paradigme doit nécessairement devenir un centre d’orientation ou de gravité général des activités humaines : inventer ensemble et construire une nouvelle économie de la mesure, et par là une nouvelle esthétique. Dans cette perspective, l’idée ne sera plus de construire "toujours plus haut toujours plus loin" mais de permettre un équilibre harmonieux vivable pour tous.

     

    Un artiste avait vu cela voici des décennies. Il s’agit de Michelangelo Pistoletto. À un moment pour lui de grande renommée internationale et alors que son travail – en particulier ses tableaux en inox miroir  – était validé par de grandes galeries New-Yorkaises, il a choisi, très jeune, de dérouter et de produire des « objets en moins » (oggetti in meno) conçus dès 1965. Ces objets préfiguraient l’  « Arte povera » qui est arrivé plus tard, au tout début des années soixante-dix, avec des artistes italiens qu’il connaissait et auxquels il s’est associé, Roberto Zorio, Giuseppe Penone, Mario Merz, ....

     

    Ces œuvres sont comme un geste en retrait de l’idée de production artistique. Elles participaient aussi d’un refus individuel de se soumettre à l’injonction de participer à un vaste plan américain de conquête de la suprématie mondiale sur le plan culturel, après une domination déjà acquise, sur les plans économique et militaire. Ces « oggetti in méno » étaient comme une incroyable prémonition de la nécessité qui se profilait déjà de replacer le sensible dans une économie rudimentaire et écologiquement tenable à l’échelle d’une vision planétaire, à l'opposé de la société de consommation en plein essor.

     

    Aussi peut-on voir à présent la possibilité se dessiner de placer une production artistique dans une forme de non-ostentation, si tant est que cette discrétion corresponde à une présence sensible éloquente eu égard à ce monde nouveau encore à faire naître, plutôt que de laisser tout être irréversiblement emporté par le chaos.

     

     


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    Invisibilités

    Dans « La chevauchée fantastique » de John Ford (1939), les clivages de classes sociales ne sont pas estompés. On y voit un riche banquier, toujours à la pointe des imprécations contre la société de son temps qu’il juge (déjà) trop « sociale » et pas assez dans le sens des affaires de sa classe, voyager avec une somme d’argent qu’il a volée.

    Comme quoi, les discours d’aujourd’hui de la Société Générale ou du MEDEF fustigeant les droits sociaux comme entraves à leur esprit d’entreprise (entendez goût du lucre), ou accusant certains de leurs salariés de tous les péchés en interdisant les contre expertises indépendantes, sont d’une généalogie qui va puiser ses origines jusqu’au temps du Far West, et bien plus loin encore…

     

    Invisibilités

     

     

    La différence ostentatoire de traitement pendant tout le film entre une femme de condition sociale élevée et une autre de basse extraction et de « mauvaise vie », est révélateur de cette différenciation violente entre ceux qui « méritent » considération et les autres, pourtant victimes des premiers.

     

     

    C’est particulièrement voyant à Paris, ville autrefois populaire, dans laquelle, à part la masse de gens appartenant au « monde de la culture » qui, par leur éventuel capital symbolique, peuvent faire illusion sur leur appartenance à la « classe agissante » (entendez classe dirigeante et possédante), le reste de tous ceux qui font marcher cette grande capitale demeurent dans le plus complet anonymat, la plus complète invisibilité. Paris est devenue le comble de la représentation, avec ses personnages sous projecteurs, puis, entre les moments de spectacle, le travail silencieux des milliers de gens discrets et modestes, sans éclat mais tout en dignité, qui font vraiment fonctionner le mécanisme implacable de leur propre exclusion. La modernité du Scapin de Molière à cet égard est "frappante", montrant au public la marche à suivre, à savoir flanquer les coups de bâtons et mises en sac que méritent amplement les maîtres, si possible dans des inversions de relation de domination ridiculisant particulièrement les abus des maîtres, apprenant à tous les éléments de l’égalité.

     

    Phénomène similaire observable dans la santé publique, où, comme l’explique particulièrement bien la chercheuse en sociologie des sciences Annie Thébaud-Mony dans son ouvrage "La science asservie, Santé publique, les collusions mortifères entre industriels et chercheurs (La Découverte 2014), tout est fait pour orchestrer le déni scientifiquement "étayé" des preuves de la toxicité des productions industriellement lucratives à leurs propriétaires et actionnaires : dans l’essence au plomb, comme pour la radioactivité, comme pour les pesticides, comme pour l’amiante, pendant presque un siècle, les impunités des possédants et des gouvernements à leur service pour les dizaines de milliers de morts et de futurs centaines de milliers de morts à venir, provoquées en connaissance des dangers, constituent des sommets d’imposture criminelle.

     

    Par exemple ceci, 80 % des profits réalisés au cours de l’exploitation de l’amiante l’ont été après 1962, c’est-à-dire lorsque précisément les dirigeants et gouvernants avaient toutes les preuves scientifiques de la toxicité mortelle certaine de ce matériau dont ils tiraient profits et carrières prestigieuses. Les éléments d’enquête montrent également que les 20% de bénéfices issus des premières décennies d’exploitation de ce matériau s’effectuaient au prix d’une morbidité ouvrière ou des riverains qui n’aurait pas dû laisser indifférentes ni incrédules les familles de possédants des usines qui confinaient leurs salariés dans des conditions de travail indignes et incroyablement mortifères, même au regard des critères peu informés de l’époque.

     

    C’est la même chose pour les irradiations du projet "Manhattan" envers les populations civiles indiennes de la réserve dans laquelle furent effectués les premiers essais de la bombe atomique. Même chose pour les centaines de milliers  de victimes immédiates et différées d’Hiroshima et Nagasaki. Idem pour de nombreux accidentés du travail, qu’ils soient chercheurs, techniciens ou ouvriers. Certains eurent droit à leur insu et contre leur consentement à des infiltrations de plutonium, en tant que cobayes humains réfractaires, alors que l’on découvrait que la demie vie du plutonium, source de dérèglements biologiques irréversibles et mortels, est de 24 000 ans. Mêmes mensonges dans des campagnes de falsification des données scientifiques, soit non recueillies, soit cachées, soit détruites, et lors de médiatisations orchestrées depuis le sommet avec la caution de grands scientifiques rétribués pour cela.

     

    Même déni des entreprises et autorités françaises pour les victimes, soldats ou civils, des essais nucléaires en Algérie et en Polynésie. Même déni pour l’accident de Tchernobyl, dont les poussières hautement radioactives, selon les autorités politiques et scientifiques autorisées, freinèrent puis « s’arrêtèrent exactement à la frontière » de notre beau pays (sous entendant sans doute par là que si d'autres pays n’avaient pas eu cette chance miraculeuse, cela n’était, pour autant, pas plus grave que cela). L’histoire continue avec Fukushima, et tant d'autres dérégulations, sous-traitances puis démantèlements en cours, au nom de la profitabilité à court terme de la technologie laissée à ceux qui n’en veulent tirer que de la « monnaie » (on se croirait encore dans une pièce de Molière, la gaîté en moins !).    

     

    Le dernier livre d'Éric Sadin « La vie algorithmique, critique de la raison numérique » paru aux éditions L’Échappée en 2015, situe parfaitement le cauchemar bien réel dans lequel ce même esprit d’entreprise dominant et parfaitement invisible dans ses capacités objectives d’action sur le monde à notre insu ou contre nos volontés, est en train de nous plonger sans presque aucune perspective appréhendable d’échappée (justement). Notre vie est actuellement sous l’emprise exponentiellement dominante et agissante de formules automatiques, de capteurs, d’algorithmes, outils de mesures numérisés discrets entièrement dédiées à optimiser la rentabilisation de la relation aux formes de contrôles de la profitabilité, avec ses corolaires sécuritaires ultra perfectionnés et glissés jusqu’à nos plus infimes échanges socialisés via les outils que nous manipulons chaque jour et à chaque instant.

     

    L’oppression croissante de cette hégémonie totalisante donne envie de fuir, de rompre avec ces réseaux d’interconnections dans lesquels nous sommes pris, mais le retour au sensible, à l’immédiat, le retrait dans la vie des circuits courts et des courts-circuits n’est pas envisageable facilement pour tout un chacun. Et même si ma conviction est de plus en plus forte que c’est dans les gestes immensément généreux des paysans en agrobiologie que se joue une part de la sauvegarde de l’humanité (genre humain, mais aussi humanité des relations aux gens et aux choses réelles de terrains ainsi préservés partiellement), je crois aussi que toutes les possibilités de création et de résistance résident dans le politique, et donc partout. Cette agrobiologie est de toute façon elle aussi menacée par le nivellement historique des normes environnementales auquel donnera lieu le TAFTA, qui risque d’anéantir radicalement ces efforts généreux, sans possibilité de luttes de masses suffisamment puissantes. Lire l’excellent livre de Thomas Porcher et Frédéric Farah, « Tafta, l’accord du plus fort », paru chez Max Milo en 2015. Conçu pour alimenter l’intervention des citoyens sur ces questions qui déterminent le monde de demain dans ses moindres manifestations, ce livre est extrêmement concis, précis, clair et … préoccupant.

     

    Contre la progression exponentielle des imprégnations technologiques et policières planétaires, les délires obscurantistes, rétrogrades, fanatiques et xénophobes, les destructions massives du monde par des pouvoirs économico-politico-médiatiques omniprésents mais demeurant essentiellement invisibles, seule - partout où le fracas des armes n’écrase déjà pas tout - la reprise de relations politiques entre les gens ordinaires pourra créer un inattendu positif, c’est-à-dire une espérance.

     


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    Il est régulièrement question de créer à l’Éducation Nationale une formation à l’histoire des religions, en particulier  à celle des trois monothéismes, Judaïsme, Christianisme et Islam. Il sera remarqué qu’il n’est jamais question d’envisager d’informer simultanément sur les efforts de la philosophie matérialiste.

     

    Pourtant, luttant pour exister tout au long de l’histoire depuis avant Démocrite, penseur apparemment immense du temps de Platon et dont ce dernier voulait détruire toute trace de son œuvre, puis Épicure, Lucrèce, et tant d’autres par la suite eurent à souffrir, sous l’hégémonie religieuse qui occupa progressivement sous diverses formes des territoires gigantesques de l’est à l’ouest et du nord au sud, une répression, une interdiction, une oppression sans faille.

    Pendant des siècles, les membres du clergé, seuls en capacité économique de développer une réflexion cultivée, durent se soumettre prudemment à l’autocensure, s’interdisant de penser, de diverger, ou d’étudier de manière indépendante, sous peine d’être brulés vifs, écartelés à la roue, poursuivis par delà les frontières.

    Le cas de Jean Meslier, prêtre d’une paroisse rurale qui dût, au 18ème siècle, dissimuler sa vie entière le fond de sa pensée en travaillant clandestinement pendant son sacerdoce à une œuvre colossale de critique matérialiste des mensonges de la religion qui ne paraitra qu’après sa mort, est éclairant sur la violence de la domination de l’obscurantisme religieux, de l’intolérance, de la corruption et du maintien des masses des pauvres dans une soumission fataliste et ignorante devant les privilèges des castes religieuses et aristocrates et ceux du pouvoir royal ou impérial.

     

    Comme l’explique bien Olivier Bobineau, dans son livre « L’empire des papes, une sociologie du pouvoir dans l’église ». CNRS éditions, Paris 2013, en citant Paul Ricoeur commentant l’œuvre de John Rawls, « il existe deux conceptions principales du lien politique, la « coopération » et «  la domination ». D’un côté, le politique selon une première tradition, constituée d’Aristote à Hegel, renvoie à « une fonction émancipatrice : il serait l’instrument de la pacification et de la rationalisation des existences ». De l’autre, une seconde tradition, développée par Platon ou Machiavel, le rapporte au contraire à sa fonction assujettissante : au pouvoir serait attachée, par un effet nécessaire de l’imperfection du matériel humain, l’injustice de la domination aveugle ».

    Force est de constater que les religions ont pratiquement préféré perpétuellement la domination à la coopération, afin de maintenir leur pouvoir contre toute forme de remise en cause, qu’elle soit philosophique ou politique.

    Si l’on songe un instant au retard pris dans le développement des idées et des recherches scientifiques à cause des interdits religieux pendant tous ces siècles, on peut considérer que les religions ont participé activement à une perte d’information que l’humanité aurait pu se procurer depuis longtemps en matière scientifique et en particulier médicale, et à ce titre ont commis un véritable crime contre l’humanité.

    Donc il serait pour le moins justifié de permettre aux élèves d’accéder, en même temps, à la connaissance historique de la philosophie matérialiste ET des religions. Cela montrerait comment ces dernières ont combattu sans cesse toute forme d’indépendance intellectuelle vis à vis de la tutelle du pouvoir religieux et militaire, en usant systématiquement de la force, intimidation, du bannissement et des destructions des œuvres.

     

    Cela permettrait aux élèves de constater que l’histoire a lentement donné raison aux efforts des philosophes matérialistes pour rendre indépendante de toute transcendance et de toute origine divine l’étude de la nature et des lois physiques. Car ce sont les moments de pensée matérialiste, recherchant l’étude indépendante des phénomènes vivants ou physiques, qui ont fait naître les connaissances dont tout un chacun se sert au quotidien aujourd’hui.

     

    A cet égard, il est toujours assez ironique de voir des religieux se servir d’outils (ordinateurs ou téléphones portables) qui portent la marque indélébile de la victoire des penseurs matérialistes sur les forces obscurantistes des siècles passés. La lutte acharnée qu’opposa le monde religieux aux recherches sur l’étude de la structure atomique de la matière (depuis Démocrite, 6ème siècle avant JC !), sur les processus de changement à l’œuvre dans le monde physique, sur l’évolution des espèces est quelque chose d’inénarrable tellement cette violence s’exerça de manière absolue, générale et usant le plus souvent d’arguments pervers, feignant d’attribuer aux penseurs hétérodoxes de leur temps des mœurs débauchées pour ne pas avoir à critiquer le fond de leurs arguments.

     

    Pour espérer continuer à simplement vivre ou ne pas être privé de moyens de subsistance, des centaines et des milliers de personnes cultivées ont dû taire au cours des siècles leurs questions et leurs doutes, leurs envies et leurs découvertes, sans parler de toutes ces idées qui, découvertes par la censure religieuse, furent immédiatement détruites publiquement ou discrètement.

    On peut utilement se reporter au livre de Christopher Hitchens "Dieu n’est pas grand, comment la religion empoisonne tout", Belfond 2009.

    Citée p. 20 par Christophe Hitchens, la philosophie de Marx et Engels y restitue le fond du problème qui définit la religion  :

    « La misère religieuse est tout à la fois l’expression de la misère réelle et la protestation contre la misère réelle. La religion est le soupir de la créature accablée, l’âme d’un monde sans cœur, de même qu’elle est l’esprit d’un état des choses où il n’est point d’esprit. Elle est l’opium du peuple.

    Nier la religion, ce bonheur illusoire du peuple, c’est exiger son bonheur réel. Exiger qu’il abandonne toute illusion sur son état, c’est exiger qu’il renonce à un état qui a besoin d’illusions. La critique de la religion contient en germe la critique de la vallée de larmes dont la religion est l’auréole. La critique a saccagé les fleurs imaginaires qui ornent la chaîne, non pour que l’homme porte une chaine sans rêve ni consolation, mais pour qu’il secoue la chaine et qu’il cueille la fleur vivante. »

    Karl Marx, Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel.

     

    Pour mesurer l’importance de cet effort historique de la philosophie matérialiste dans un contexte immensément défavorable, il est recommandé de lire l’ouvrage très fourni de Pascal Charbonnat - par ailleurs enseignant dans le secondaire – Histoire des philosophies matérialistes, paru chez Kimé en 2013. Là aussi, de beaux extraits de Pascal Charbonnat concernant la pensée produite par Marx et Engels valent la peine d’une petite lecture :

     

     

     

    «      (…) Les hommes se distinguent par leur capacité à produire leurs moyens d’existence. À chaque époque correspond un mode de production particulier, qui manifeste un certain rapport entre les hommes et des conditions matérielles données. C’est cette base réelle qui constitue l’être réel des hommes. La conscience et les représentations mentales sont l’expression, articulée par le langage, de cette vie réelle. Il ne s’agit pas seulement de dire que l’homme est le producteur de ses idées (comme chez Feuerbach), mais que l’homme construit ses représentations en fonction de l’état de développement des forces productives et du commerce auquel il appartient. Pour Marx et Engels, les termes « réalité » ou « vie réelle » renvoie non seulement à la condition physique des hommes, mais surtout à la base matérielle des forces et des rapports de production de leur société.

           La philosophie spéculative ignore cette réalité. Elle considère la conscience comme une chose en soi, et les idées comme des objets indépendants qui déterminent la vie des individus. Pour elle, l’origine des idées se situe dans une nébuleuse abstraite de mots désincarnés. Elle réintroduit donc la transcendance sous une forme savante, en faisant dépendre la vie sur terre du mouvement céleste des idées. Au contraire, la conception matérialiste rend caduque cette autonomie de la philosophie. Elle fait de l’étude du développement historique des hommes, la condition indispensable pour rendre intelligible le mouvement de leurs idées. L’immanence est donc rétablie : c’est dans la vie réelle que la conscience trouve son origine, et non dans un ailleurs phraséologique. » (p. 503)

     

    « Le matérialisme de Marx et Engels installe l’immanence dans la société et l’histoire. Après s’être libéré du créateur surnaturel, l’homme doit rejeter la transcendance de son mode d’existence particulier. Il ne tire pas la spécificité de son être des représentations qu’il s’en fait, mais du contenu déterminé de cet être, c’est-à-dire de la façon dont il produit les ressources nécessaires à celui-ci. Cette origine pratique et sociale de l’homme fait comprendre que toutes ses productions sont issues du même monde, y compris les idées les plus éthérées. Les représentations mentales descendent sur terre : la conscience de leur dépendance à l’égard de la réalité concrète signifie leur réconciliation avec l’homme en chair et en os."

    (p.504)

     Cela replace sous un jour légèrement différent les chefs d'oeuvres d'art et d'architecture religieux, qui, quoique l'on puisse admirer de leur magnifique création, de leur mise en oeuvre technique, de leur formes et de leur inventivité, demeurent l'expression de l'affermissement d'un pouvoir de domination du  pouvoir religieux et du pouvoir politique que ceux-ci-ci servent en dernière instance, sur cette terre et non dans un mythique au delà.

     La même réflexion critique posthume aura peut-être lieu à propos des oeuvres contemporaines, dont l'une des missions centrales, de par leur façon d'être produites et commercialisées, est bien l'affermissement d'un pouvoir financier sur l'ensemble des autres composantes de la société. 

    On aurait finalement besoin, sur la question religieuse, d’un recul de la société civile, qui a déjà empoisonné pendant des millénaires la vie sociale, imposant un carcan terrible aux consciences des enfants, des femmes, et de n’importe qui intériorisait la culpabilisation ou la crainte superstitieuse, la terreur envers le surnaturel, et le conformisme envers des codes de conduite permettant le contrôle de quelques-uns sur tous sans aucune possibilité de remise en cause.

    On aurait besoin que la pensée se pose sur ce qui est commun à tous les hommes indépendamment de leur affiliation sectaire, et donc pas sur ce qui les fait être, aux yeux les uns des autres, objets de rejet et de haine.

    Il y a tant à faire pour faire ensemble progresser l’humanité, pour sauver le monde de la catastrophe environnementale, sociale et démocratique - toutes ces catastrophes ayant leur origine dans la domination économique sans cesse aggravée d’une ultra minorité sur les ressources et le devenir de la planète - qu’un effort de mise à distance par chacun des questions religieuses permettrait de donner plus de disponibilité aux esprits pour se concentrer sur les choses qui peuvent effectivement servir à tous.

     

     

     

     

     

     

     

     

     


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  • Du bon et du mauvais usage du dessin

     

    Voici un graphique que j'ai trouvé dans un document très intéressant sur la ventilation naturelle des bâtiments  http://www.lyon.archi.fr/_pdf/RENEC%202011/memoire_mariomule.pdf , p 22

     

     

    Un graphique est un dessin qui restitue une donnée établie scientifiquement. La responsabilité du dessin devient importante du point de vue d'une intégrité intellectuelle et d'une restitution d'une étape dans la recherche de la vérité des faits mesurables. Je pense que l'on peut dire du dessin ci dessus qu'il est exact, et par-là honnête. En effet, la courbe, fort impressionnante au demeurant, des fluctuations de concentrations de dioxyde de carbone dans les classes selon que l'on ventile ou non l'espace et selon le moment, repose sur un dessin rigoureux des quantités, que ce soit au niveau des abscisses, comme à celui des ordonnées. 

     

     

    Regardons cette fois le dessin ci dessous, publié page 42 dans un document  très officiel de l'IRSN, l'Institut de Radioprotection et de Sureté Nucléaire:  http://www.mesure-radioactivite.fr/public/IMG/pdf/IRSN_surveillance_France_2012.pdf

     

    Du bon et du mauvais usage du dessin

     

     

    Que remarque-t-on dans ce graphique ? D'une part, pour les abscisses, les graduations indiquant les différents moments de la durée dans le temps sont placées à intervales réguliers alors que les dates mentionnées, non égales entre elles, prouvent qu'il s'agit de données faussées, puisque le dessin de la courbe qui résultera de cette disposition ne restituera pas avec exactitude le processus dans le temps.

    D'autre part, l'axe des ordonnées, concernant les quantités, est établi d'une manière arbitraire, destinée à réduire considérablement la restitution des quantités mesurées. La mesure métrique correspondant à la cote "1", est exactement de la même longueur que celle correspondant à la cote "10", puis égale aussi à celle correspondant à la cote "100", puis enfin identique à celle correspondant à la cote "1000". 

    On chercherait à minimiser considérablement la gravité des mesures de radioactivité relevées en première période que l'on ne s'y prendrait pas autrement.

    Autrement dit, la cote "1000" devrait, si l'on était rigoureux quant au fait de vouloir restituer effectivement au public l'importance respective des différentes mesures prises au court du temps, se placer sur le graphique mille fois plus haut que là où est indiquée la cote "1".

    Tandis que les indications portées sur les abscisses devraient au minimum être positionnées proportionnellement à leur place respective selon le nombre exact auquel elles correspondent de par leur énoncé.

     

    Nous voici donc, en conclusion, en présence, chez un travail d'étudiant, d'une restitution chiffrée et visuelle exacte, honnête et donc utilisable par le public, tandis qu'on se trouve, en présence du document de l'IRSN, pourtant cautionnée par l'État et un cortège de grands scientifiques, en présence d'une restitution graphique et chiffrée induisant, intentionnellement et sans le préciser, le public en erreur.

     

    J'invite par conséquent le public à se reporter préférentiellement à d'autres sources telles que celles de la CRIIRAD http://www.criirad.org/, de Sortir du Nucléaire   http://sortirdunucleaire.org/ , des Robin des bois http://www.robindesbois.org/ (lire l'intéressant dossier surle nucléaire et l'aviation http://www.robindesbois.org/dossiers/crash-test-nucleaire/crash-test-robindesbois.html ou celui sur les PCB http://www.robindesbois.org/PCB/PCB_hors_serie/ATLAS_PCB.html, ou celui parmi d'autres, et à lire l'ouvrage révélateur de la chercheuse en sociologie des sciences Annie Thiébaud-Mony "La science asservie, santé publique, les collusions mortifères entre industriels et chercheurs", paru aux éditions La Découverte.

    Après cette lecture, on ne peut pas rester indifférent au fonctionnement des sciences, de l'industrie, des politiques des États en matière scientifique. Cela donne également envie de rester soi-même en position le plus possible de manière critique, indépendante, et vigilante. Avec évidemment le risque de devoir au quotidien se heurter à l'indifférence, l'ignorance ou l'agressivité de nombreux contemporains s'inscrivant dans le suivisme et le déni idéologiques habituels. 

     

     


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