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    Réponse à un article paru dans le site foulexpress:

    http://www.foulexpress.com/2015/03/art-et-argent-le-mariage-force/

     

    Bonjour,

    Votre article est bien documenté sur de nombreux points. J'aborde les choses aussi sur mon blog www.desformespolitiques.eklablog.fr à l'article : http://desformespolitiques.eklablog.fr/choix-a112999944. Dans cet article, je cite un autre excellent appel de grands curateurs et artistes d'aujourd'hui, qui eux aussi condamnent l'évolution totalement spéculative du marché de l'art contemporain, et surtout de la compromission des institutions payées par les contribuables pour servir à la valorisation spéculatives de collections de collectionneurs privés qui, par ailleurs, ne paient, eux, pas leurs impôts.

     

    Cela dit, et tout en devant rester critique envers l'évolution du marché et de la servilité de certains acteurs de l'art envers ces dérives scandaleuses et qui dénaturent l'art lui-même, il ne faut pas en profiter pour jeter le bébé avec l'eau du bain. L’on sent une certaine tentation découler « naturellement » de l’exposé de votre article, à savoir que tout est à jeter au nom d’un refus de cette dérive.

     

    Que l’art puisse avoir de la valeur économique, est tout simplement indispensable pour que vivent matériellement les artistes, l’art lui-même. Même les institutions religieuses par exemple, qui se prétendent élevées dans les sphères de la spiritualité la plus prétendument pure, sont alimentées de souscriptions financières, legs, dons, cotisations, pécules, qui ….sont placés sur le marché boursier, ou le trafic d’arme et de drogue par le biais de processus de blanchiments. L’hypocrisie est de loin le bien le mieux partagé sur cette terre, parmi les gens qui aspirent à dominer les autres par l’argent ou les croyances diverses.

     

    Ce qu’il y a de très spécifique dans la dimension artistique en tant que telle, c’est cette dimension de questionnement ouvert, qui oblige à se questionner, à partager avec les autres et avec soi-même des questions sur la nature de ce que l’on voit, de ce qui nous est donné à regarder. Quelqu’un comme la philosophe Marie José Mondain, dans son livre « Image, icône, économie , Les sources byzantines de l'imaginaire contemporain », paru chez Seuil en 1998 et qui fait désormais autorité, nous apprend comment l’œuvre d’art, dès son origine, convoque la collectivité sociale et les individus à des questionnements : qu’est ce que je vois, qu’est-ce que je comprends, ? Sur quoi devons-nous nous entendre sur ce que nous partageons et donnons à voir aux autres comme étant de l’art ? etc. Marie José Mondzain étudie ce moment très particulier où une religion à un moment charnière, le christianisme, a dû se pencher intellectuellement sur la question de l’autorisation ou non de l’image. C’est une question qui s’est posée aux autres religions et qui a eu chaque fois des réponses particulières spécifiques aux développements de chacune d’elles au moment où cette question apparaissait et qui avait des conséquences non seulement sur l’art, mais sur la vie de toute la société, et cela se voit maintenant.

     

    L’hypothèse de Marie José Mondzain est que l’icône est aussi une économie (ces deux mots ont la même source étymologique) et que ce serait en quelque sorte au travers d’un « marché » économique, que « Dieu » aurait laissé son propre fils s’incarner à son image parmi les hommes pour finir crucifié et ce faisant, Dieu obligeait en quelque sorte les hommes à rendre quelque chose à dieu, disons, un culte. Et l’image là dedans a joué un rôle d’accompagnement : elle a permis que s’incarne l ‘ « irreprésentable » par définition qu’est le Dieu, sur un support matériel en bois, recouvert de nombreuses couches d’ « onctions » de peinture à la cire, ou à la tempéra. Onction revenant à oindre, c’est à dire à sanctifier par l’application d’huile ou d’eau bénite dans la pratique religieuse, Ici le support peint par un peintre devient une forme de métaphore de l’acte purificateur par excellence, « oindre », recouvrir de couches réparatrices, curatrices, (reboucher les blessures) dans un mouvement répété de résorption des violences faites au corps du christ lui-même.

     

    La question du fond d’or est aussi apparue comme un moyen de signifier l’infini et l’espace divin, or dont les moirages sont autant de phénomènes qui imitent le mystère même du monde divin, impénétrable, impossible à identifier avec les yeux de l’analyse et de la raison.

    Un très bel ouvrage sur la question de l’or et l’art est : « L’or des images, art-monnaie-capital », d’Isabelle Garo (c’est une ancienne copine de classe et je peux vous dire quelle a bien travaillé depuis), paru chez la ville brûle en 2013.

     

     

    À partir de là, on doit, à mon avis, garder une attitude ouverte et très attentive envers l’art, les artistes, et les intellectuels qui se passionnent pour l’art tout en cherchant honnêtement à vivre, comme n’importe qui d’autre.

     

    Or la question qui se pose de manière frontale et à laquelle les médias populistes tels que la télévision, les journaux propriétés de grands capitalistes, font tout pour opposer un barrage d’obstruction obscurantiste, au nom du fait que ce sont des choses trop compliquées pour les gens (comme l’économie qui doit rester entre gens de bonnes familles), est « l’art a-t-il destinée commune avec la société » ?

    Autrement dit si votre article constate que l’art spéculatif représente parfaitement la dérive qui affecte toutes les sphères de la vie sociale humaine planétaire, cela signifie-t-il que de toute éternité, l’art a destin lié avec le capitalisme financier uniquement ? Je veux dire qu’il doit être possible pour les artistes, les amateurs et les spécialistes de l’art, les publics éclairés et exigeants, de se pencher sur ce que pourrait être une autre destination sociale de l’art que la spéculation boursière.

     

    Et je suis persuadé qu’il y a des perspectives pour créer de l’art qui entérine les acquis historiques indéniables de l’art moderne et contemporain (ce que votre article semble curieusement s’abstenir totalement de faire, ce qui semble un peu simplificateur, voire inquiétant) pour ouvrir de nouveaux horizons à la relation des publics à l’art et de l’art aux publics, qui ne soient pas corrompues par la spéculation.

    Pour ne prendre qu’un exemple dans votre choix d’iconographie, les trois urinoirs fixés au mur, « installation du sculpteur américain Robert Gober datant de 1988 et vendue aux enchères par Christie’s à 3,52 millions de dollars en novembre 2014 », se peuvent être présentés ainsi dans leur aspect provocateur par l’explosion de leur seule valeur spéculative associée à l’incompréhension de leur raison d’être artistique.

     

    Même si je ne connaissais pas très bien cette œuvre de Gober, il faut savoir qu’elle intervient un peu moins d’un siècle après une œuvre manifeste de l’artiste français Marcel Duchamp qui a osé pour la première fois proposer à un jury d’un salon d’art moderne de son temps, un urinoir standard, signé maladroitement d’un nom peu lisible à la peinture noire, et présenté de manière renversée c’est-à-dire posé sur un socle et retourné vers le haut. Le basculement, le changement de contexte, la signature, obligeaient à considérer le rôle que jouent le contexte, à savoir un lieu d’exposition, et le regard des personnes qui reçoivent cette œuvre, pour définir si l’on a affaire à de l’art ou pas de l’art.

    C’était donc il y a un siècle, une proposition éminemment iconoclaste (pas de joli travail de peinture bien fini, pas de forme identifiable immédiatement comme « belle », digne d’admiration, etc.). Et ce travail a "travaillé" en profondeur la conscience que les artistes puis toute la société se sont forgée de l’art.

     

    Qu’est-ce que l’art ? est devenu une question centrale de toute œuvre d’art et l’on peut presque dire que tout œuvre qui ne pose pas ni se pose cette question est hors jeu, comme peut l’être par exemple une jolie peinture reproduisant sagement deux petits chats d’après une photo de famille. Ce dernier objet, même s’il est bien fait au sens de soigné, léché, ne présente qu’un intérêt artisanal, non artistique. Et c’est ce qu’avait voulu faire Duchamp très consciemment, très délibérément : obliger ses contemporains et ses suiveurs à ne jamais lâcher cette question. Il n’interdisait en rien de continuer à faire des choses, mais il a obligé à penser et situer sa pensée dans un contexte réflexif général, non provincial, non naïf…

     

    Désormais, je pense qu’à part des gens qui ignorent par manque de culture (ce n’est pas en soi un crime, ce qui l’est est de se prévaloir de cette ignorance pour interdire et détruire les choses auxquelles on ne comprend rien, ça c’est un crime, et une imbécillité criminelle), la question a fait son chemin, et que beaucoup, pour ne pas dire la majorité des acteurs de l’art contemporain jouent sur ce tableau. Cela ne veut pas dire que tout soit bon, et en effet c’est peut-être devenu une sorte de forme académique de laquelle plus personne n’arrive à sortir. Néanmoins c’est l’histoire telle qu’elle s’est passée et elle peut permettre de replacer les trois urinoirs de Gober dans leur contexte d’apparition.

     

    Car l’art n’est qu’un dialogue conflictuel PACIFIQUE entre des générations successives d’artistes ou entre des artistes qui sont contemporains les uns aux autres. C’est une dispute, riche par l’opposition qui se rencontre et de laquelle on essaie chacun de tirer une part de justesse. D’où la portée éminemment politique de l’art : discuter de ce que l’on veut voir, dire, faire, et en débattre pacifiquement par des propositions, qui attirent sur elles les critiques positives ou négatives mais toujours dans le respect et la paix, et ainsi un chemin de vérité collectivement et fragilement élaborée se fraie une voie dans l’inconnu à partir du connu de ce dont nous et nos pères venons.

     

    C’est à la fois un respect des efforts anciens et à la fois une obligation vitale de contester l’ancienne forme pour lui trouver une forme plus actuelle, plus en phase avec la société et les individus d’aujourd’hui. C’est ce débat que les intégrismes interdisent violemment par l’intimidation, les menaces et les assassinats. C’est ce débat que l’autoritarisme des classes de dominateurs ne veut pas voir se développer parmi tous les citoyens femmes et hommes et vieux et enfants.

     

    Il faut, au contraire d’une soumission et d’un conformisme répétant des formules anciennes que l’on s’interdit définitivement de critiquer ou d’avoir envie de faire autrement, que chacun se sache investi d’un droit imprescriptible à réfléchir librement comme il le veut, honnêtement en ayant le droit de discuter, critiquer, débattre, proposer sa version à l’avis des autres sans avoir à craindre autre chose que des critiques argumentées, respectueuses et courtoises. Le reste est de la barbarie qui se maquille sous des prétextes divers, religieux, traditionnalistes, conventionnels, sexistes ou racistes, etc.

     

    Je prends un exemple :

    Un enfant joue au Lego : il reçoit des boîtes de Lego et il procède au montage en suivant le mode d’emploi. Puis, s’il y est autorisé, il lui viendra spontanément l’envie de recomposer les pièces de lego en d’autres formes, qui le feront plus rêver, qui ne seront pas que de l’exécution d’après modèle, qui n’est qu’une copie d’exécutant. Il rêvera, recomposera, osera, défera, refera à sa manière en le soumettant au regard de ses proches et des autres. Soit il sera encouragé, soit on le lui interdira, ou même on lui demandera de ne pas toucher les Lego un fois assemblés selon le mode d’emploi de l’emballage de la marque.

    Et avec ces deux types de parcours d’enfant, vous aurez deux types de vie qui découleront (je ne dis pas mécaniquement, mais c’est tout de même une divergence de détermination qui crée des dispositions très différentes): une de création, de confiance en soi progressivement acquise avec les expérimentations, de plaisir, d’envie de toucher et d’essayer par soi-même, d’inventer et de soumettre les choses du monde existant à des changements auxquels on aspire au fur et à mesure.

    L’autre sera celle d’une enfance prostrée dans l’obéissance aux règles en place, aux modes d’emploi, aux ordres des chefs incontestés, puisque l’on n’a pas acquis une faculté à voir autrement le monde existant, on ne sait faire que ce qu’impose un mode d’emploi extérieur dont on n’est pas l’auteur. J’y voit là un conditionnement qui favorise l’obéissance religieuse ou la soumission aux ordres et aux consignes non discutées des chefs, des prêcheurs et de l’ordre en place

     

    Ces deux formes de pensée d’enfant formeront des adultes différents : d’un côté des adultes ayant une propension à obéir aux maîtres sans questionner l’objet ni la perspective des consignes, selon une soumission et une démission intellectuelle même pas perçues comme telles, totalement intériorisées. De l’autre des adultes vivant pleinement leurs facultés critiques, intellectuelles, créatrices et en cela artistiques, en ce qu’ils sauront apporter selon les circonstances des dispositions acquises à améliorer ou changer l’existant.

     

    Et en cela, ils prolongeront la longue suite de gens qui ont fait passer progressivement l’humanité de la barbarie à la modernité, de l’obscurité des préjugés et de l’ignorance à des connaissance sans cesse passées au crible de la critique et de la remise en question, de l’envie de comprendre LIBREMENT le monde et l’humain comme il est en vrai.

     

    Ici, le parallélisme entre le rejet de l’art et celui de la liberté de pensée est manifeste dans cette citation magnifique de Karl Marx, Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel. Que j’ai trouvée dans un excellent ouvrage du philosophe Christopher Hitchens « dieu n’est pas grand, comment la religion empoisonne tout », collection l’esprit d’ouverture paru chez Belfond en 2009 :

     

    « La misère religieuse est tout à la fois l’expression de la misère réelle et la protestation contre la misère réelle. La religion est le soupir de la créature accablée, l’âme d’un monde sans cœur, de même qu’elle est l’esprit d’un état des choses où il n’est point d’esprit. Elle est l’opium du peuple.

    Nier la religion, ce bonheur illusoire du peuple, c’est exiger son bonheur réel. Exiger qu’il abandonne toute illusion sur son état, c’est exiger qu’il renonce à un état qui a besoin d’illusions. La critique de la religion contient en germe la critique de la vallée de larmes dont la religion est l’auréole. La critique a saccagé les fleurs imaginaires qui ornent la chaîne, non pour que l’homme porte une chaine sans rêve ni consolation, mais pour qu’il secoue la chaine et qu’il cueille la fleur vivante. »

     

    Le parallélisme entre la liberté de l’art contre les dictatures dogmatiques, moralisatrices, et financières et des conventions passéistes et la liberté de penser sans le recours imposé et dominateur des religions, mérite qu’on s’y interroge sérieusement, c’est-à-dire bien sûr sans haine, ni pulsion criminelle, interdit ou intimidation. L’aventure de l’art, l’aventure de la pensée, l’aventure de la politique d’émancipation, de conquête des droits pour les femmes, les hommes, les salariés, les enfants, les personnes âgées et les ressources limitées de la planète est une magnifique œuvre à partager, à construire ensemble, c’est un beau travail à accomplir !

     

     

     

     

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    Voici un lien vers un court film (4 mn.) :

    Une peinture parle aux français
    https://vimeo.com/122246662

    "Cette scène s'est répétée à chaque défilé auquel je présentais l'affiche. Les gens, des dizaines de milliers chaque fois, sont beaucoup plus nombreux à voir l'image que ceux qui visitent une exposition dans une galerie d'art. Et ils semblent aussi dans une perception vraiment active, critique, et je trouve qu'il y a là une énergie dans les regards qui me semble mettre l'art à une place assez inédite, mais qui est peut-être une place qui est aussi la sienne.

     

    Joël Auxenfans. Affiche Mélenchon. Format 74 x 50 cm. 2012.

     

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    Joël Auxenfans. Affiches en deux couleurs. 2015.

     

      

    Ces affiches utilisent le chiffre 99,9% non pas pour asséner la vérité arithmétique ou statistique. On sait que les chiffres sont utilisables dans des sens contradictoires. C’est un premier savoir que transmettent les affiches : les chiffres ne doivent pas nous empêcher de réfléchir par nous-mêmes. D’autre part, le fait même d’employer le même chiffre 99,9% à des usages différents le relativise, en fait une forme esthétique, à l’égard de laquelle le spectateur prend une certaine distance, ce qui est salutaire. Il se crée alors comme un effet d’amusement, de jeu avec le chiffre. On se plaît à l’employer pour le plaisir de l’idée forte qu’il signifie. Donc on se met non pas à opiner ou refuser, mais à penser.

    (extrait d'une charte graphique) 

     


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  • Le communisme, vintage et futuriste

    Joël Auxenfans. Affiche en deux couleurs. 2015.

     

    Depuis fort longtemps, une idée traine au fond des soucis des gens ordinaires. Passer sa vie à la perdre en tentant, en vain, de la gagner est devenu au cours des âges une évidence qui justifiait de se battre pour un avenir meilleur et un présent en progrès.

    Cette impression confuse et pourtant évidente m'a été inculquée depuis ma tendre enfance. Il ne m'a jamais semblé que le monde des humains pourrait aller autrement que vers un "meilleur des mondes", mais pas celui d'Huxley, plutôt celui que les gens se seraient fait en tentant sans cesse de mieux vivre leurs relations aux autres et au monde, en en parlant, en se disputant au besoin mais en visant aussi la réconciliation, l'entente, en vue du bien commun.

     

    Cette évidence, je l'avoue, s'est considérablement trouvée érodée depuis vingt cinq-trente ans. Voyons, c'était quand, il y a vingt cinq-trente ans ? C'est apparemment le milieu des années quatre vingt, lorsqu'une fois au pouvoir, élus par une volonté populaire, les socialistes, dont déjà leur secrétaire général, avant d'être président de la république, avait bien discrètement été signer avec l'internationale socialiste de l'époque en 1978 un accord qui protégeait les intérêts des grandes firmes multinationales, les socialistes dis-je, ont trahit une fois encore leurs engagements. 

     

    Cela nous valut une incroyable épopée de renoncements (déjà !), de retour d'une politique de plus en plus libérale, entrainant des fermetures de filières industrielles entières, des privatisations, des reculs dans les statuts des salariés et de la fonction publique. Phénomène qui, de cohabitations en alternance, est allé crescendo, jusqu'à la fameuse - historique ! - prouesse de trahison du gouvernement et de l'assemblée socialiste élue avec François Hollande. La loi Macron n'est ici qu'une ultime étape - avant d'autres ! -  de cette incroyable  capacité d'un parti politique à se renier des pieds à la tête.

     

    Je parle de pieds, car lorsque que vous envisagez les candidats socialistes actuellement en lice pour les prochaines élections départementales, il faut tout de même une sacrée dose de mauvaise foi pour se présenter comme candidat de "la gauche" après toutes ces pluies de lois scandaleusement vouées aux intérêts de la haute finance, et sacrément d'aveuglement chez les électeurs pour encore voter pour ce genre d'arrivisme, qui ne vise apparemment qu'à poser des jalons de fidélité aux yeux des grands chefs en place, envers et contre toutes les évidences, pour espérer, un jour favorable, inopinément, être appelé à rendre des services, à l'étage hiérarchique au dessus. Et ainsi de suite...

    Ainsi, il semblait ce matin se produire comme un coup de tonnerre dans le paysage médiatique lorsque de simples jeunes communistes réunis dans leur fédération, reçurent la visite de la première fortune de France en personne, venue se plaindre d'une affiche le compromettant directement aux yeux de l'opinion publique. Le problème étant que les faits figurant sur l'affiche étant exacts, ce monsieur ne pourra pas attaquer en justice. Et en l'occurence, ce que ces hôtes momentanés lui ont répondu de très censé qui sut parler à l'opinion, à savoir que ce n'était pas lui qui créait des emplois, mais qu'il les détruisait, en exploitant des personnes, et qu'en même temps il empochait les centaines de millions d'aides que le gouvernement Hollande lui allouait généreusement au titre du CICE créé sur mesure à la demande du MEDEF pour ses nantis de parasites financiers. 

    Comme me l'envoyait une amie, « Je vous demande maintenant si elle est bien juste, la loi qui ordonne à celui qui n'a rien de respecter celui qui a tout.  » (Marquis de Sade; Extrait de La philosophie dans le boudoir). Je vous le demande en effet, pourquoi ces jeunes ne devraient-ils pas, et nous tous avec eux, demander des comptes à ce genre de "Monsieur" que ce monde nous inculque insidieusement depuis l'enfance à regarder avec la plus absolvante soumission. Et c'est ainsi qu'avec une seule affiche, par ailleurs esthétiquement contestable, peu séduisante, ces gens sans média à leur botte, ont réussi à emporter une audience nationale, la plus large et dirais-je la plus partagée. Et pour une fois ce n'était plus le FN qui dominait le débat, par ses mensonges et sa démagogie violente, mais les (petits) jeunes communistes du nord qui savaient répondre au grand patron arrogant, avec les meilleurs arguments du monde, ceux de la justice sociale, de l'égalité.

     

    Aussi, même une affiche laide aura su par un heureux sens du contenu, convoquer la nation à sa propre conscience de classe et se rendre compte que, en effet, comme cela a été mainte fois dit ailleurs, les 99,9% des gens ont peu ou prou les mêmes intérêts : vivre et élever dignement les enfants en leur donnant un avenir dans un monde viable, prometteur de bonheur. Et que le 0, 01 % restant est opposé, de part ses intérêts privés, à cet intérêt commun à toute la collectivité.

     

    Tout est dit. 

    Regardons ces jeunes communistes tels qu'ils se sont surpris en photo avec leur téléphone : ils sont simples, visiblement pacifiques, intelligents, décontractés, humbles et sûrs d'eux-mêmes en même temps, avec peut-être des défauts, mais plutôt de franches qualités d'humanité, de solidarité, de conscience et de combativité politiques. Or n'est-ce pas là ce que l'on attend en principe de jeunes citoyens : être attentif à l'actualité, se documenter, se cultiver, et inventer ensemble et individuellement des formes de vie qui trouvent leur félicité.

     

    Le communisme, vantage et futuriste

     

    Ne devrait-on pas se tourner avec un peu plus de considérations vers ces jeunes et leurs ainés qui pensent qu'un monde meilleur est plus que jamais possible ? N'est-ce pas un signe d'espoir mobilisateur d'énergies positives, généreuses ? 

     

    Si la faucille et le marteau ont acquis, avec l’Histoire, une dimension presque passéiste, à laquelle tiennent encore des militants de la vielle garde (ou de l’arrière garde), cet assemblage à la fois simple et complexe, à la manière de cette selle et ce guidon que Picasso assembla résolument pour signifier un taureau, peut signifier beaucoup pour qui veut continuer à lire dans les formes de vie.

    Ainsi ces paysans courageux qui s’engagent à produire en agro écologie sur des terroirs qu’ils façonnent, et vendent leur production saine et goûteuse, respectueuse, en circuits courts ou coopératifs, ne sont-ils pas, au sens fort, communistes ?

    Et ces citoyens qui, avec opiniâtreté, dans ce désert industriel que les rentiers et leurs valets politiciens nous laissent, recherchent les producteurs artisans ou industriels qui fabriquent entièrement localement, des produits utiles, bien faits, robustes, inventifs, amenant avec eux richesse, travail, savoir-faire, qualification, fierté, cotisations sociales et vie locale, ne sont-ils pas des « communistes » ?

     

    C’est pourquoi un tel signe peut, en l’interprétant avec un certain sens de la distance, devenir porteur d’une signification futuriste qu’il ne se savait plus porter.

     

     

     

     

     


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    Le lien suivant http://fr.made-in-china.com/category23_Lights-Lighting/LED-Bulb-Light_issgsussss_1.html accumulant les produits d’éclairage basse consommation venant exclusivement de Chine, montre le type même d’aberration écologique des décisions bureaucratiques de nos gouvernants, mâtinée d’une hypocrisie parfaitement stupide : demander aux populations de massivement renouveler l’éclairage pour les leds, basses consommations, ou panneaux solaires, alors que l’ensemble de ces systèmes proviennent à 100% de la Chine et est importé par porte containers sur les océans en des périples de plusieurs dizaines de milliers de kilomètres sans cesse, est tout simplement criminel. En terme de souveraineté technologique, commerciale, en termes de cotisations sociales et retraites, d’emploi, de qualification, de richesse nationale et en terme d’environnement, l’économie prétendue faite par les basses consommation est passablement diminuée sinon complètement annulée par les destructions environnementales en Chine, et par le transport constant par grands trafic internationaux.

    Comment imaginer qu’aucun gouvernement en France n’ait eu l’idée de considérer ces enjeux comme stratégiques écologiquement, économiquement pour en faire une cause nationale d’utilité publique justifiant de miser quelques milliards (non pas pour les jeux spéculatifs du milieu financier parasite, obsédé par la richesse lucrative au point d’oublier complètement la valeur d’usage) pour créer une filière nationale du led, de la basse consommation, des panneaux solaires ? Nous avons d’excellents ingénieurs, des gens extrêmement capables, mais ils ne travaillent plus la réalité physique de la production et de la recherche développement en France. Tout a été délocalisé avec les encouragements législatifs des gouvernants. Il serait parfaitement possible et rentable de construire une filière nationale de l’économie d’énergie que nos voisins européens nous achèteraient, si l’on rapportait réellement sur le prix de vente des produits importés de Chine le coût environnemental, social et économique de leur importation massive.

     

    Autre exemple : toutes les pompes à vélo à pied présentes sur le marché viennent de Chine. Quoiqu’en disent les marques, tout vient de Chine. J’en ai eu la preuve par un produit présenté sur un site comme produit en France, de marque Zefal (http://www.zefal.com/fr/) , marque qui fabrique encore effectivement beaucoup de ses produits en France, mais plus ses pompes, afin de s'aligner sur les mêmes choix des concurrents. Il faut savoir que le prix de vente d’une pompe à pied classique (vendue au client une cinquantaine d'euros) pour un fabricant qui vend à des grosses enseignes ou à des sites en ligne est de 7 €. Cela rend presque impossible de produire à ce prix en France, mais cette marque va essayer néanmoins, avec difficulté, de rapatrier une partie plus importante de ses productions.

    Car le design de ces matériels, avec une esthétique brillante, jouant sur des bandes, des chromes, des peintures, demande en fait un travail fait main pour poser les caches, les changer entre chaque passage de couleur, ce qui est fait en Chine dans des conditions de travail et de respect de l’environnement que l’on m’a avoué n’être pas « ragoûtantes ». Est-ce à ce prix que l’on veut absolument en France se laisser étourdir par des effets graphiques séduisants. Produire en France demanderait de supprimer cette esthétique « design », d'aller à l'essentiel. Mais n'est-ce pas précisément cela l'art, le design, l'objet qui a du sens ?

    Le Design, est-ce anéantir l’économie locale, les savoirs faire, et l’environnement ? Je dis au contraire que le Design est ici alors d’oublier ces fausses esthétiques narratives de fictions et produisant des réalités sordides. Ce design actuel est maladif, dévoyé, c'est un design de destruction qui abuse le consommateur. Il faut assumer l’économie réelle du design pour qu'il se relocalise, et exiger par ailleurs que l’État joue son rôle de coordonnateur des activités cohérentes, productrices de souveraineté industrielle, technologique, scientifique, alimentaire, sanitaire, culturelle, …

     

    Autre exemple : les casques Bios http://www.bios-pro.com/  sont conçus avec de petits moyens mais avec un grand niveau de compétence, en particulier neuro chirurgical. Il me reste à savoir si ce produit est fabriqué en France, ce qui n'est malheureusement pas certain, et que je viens de demander à l’entreprise par courriel (confirmation récente par réponse de l'entreprise: la fabrication se fait bien en France). Le design de ce produit ne raconte pas d’histoire comme la plupart des casques à vélo, souvent fuselés au point que l’on croit avec son casque, fendre l’air par notre vitesse à bicyclette, même à l’arrêt ; il manque juste les « flammes » et les « super pouvoirs ». Nous aimerions, à l’image de cet exemple, que le monde de la production d’objets cesse de se raconter des histoires de superpuissance qui anéantit tout alentour, l’intelligence y compris. Il faut que les designers - par exemple du design automobile, caractéristique d'une esthétique maniérée de fin de règne -  arrêtent de s’inventer des imbécilités, qu’ils reprennent pied dans la réalité de l’économie écologique locale et globale et travaillent à des solutions qui soient économiques PARCE QU’elles sont écologiques. Les univers rapportés de Spiderman de la route sont des fables pour des demeurés ; il faut les abandonner et se tourner vers le vrai processus vivant et viable du social, de l’économie durable, du respect des ressources limitées, de l’environnement, des circuits courts, de la re localisation, de la limitation du changement climatique aux effets prévisibles cataclysmiques.

     

    À quel détournement de la pensée des fondateurs du design - les artistes du Bauhaus -  assistons-nous depuis des décennies ! Déjà Raymond Loewy avait-il déjà très tôt dévié le design hors d'une visée sociale, vers une dimension consumériste, au service des intérêts des grandes compagnies au détriment de l’usage éclairé des choses. Un mythe de l’homme moderne supérieur s’est ancré dans les mentalités par une succession inépuisables de messages publicitaires puérils et irresponsables, faisant oublier dans quel contexte planétaire limité et socialement profondément inégal et injuste s’effectuait cette accélération exponentielle des dépenses de consommation, y compris culturelles ou de loisirs.

     

    À présent, il reste à prouver individuellement et collectivement, certains le font depuis longtemps, que la sobriété est heureuse, parce que se jouant dans la limite du possible, du supportable par cette planète. C’est cela, le vrai design de l’avenir à inventer, ce n’est pas malheureusement cette foule de salons mercantiles qui tentent de maintenir un ancien régime de consommation orgueilleuse et du court terme. Un artiste mondialement reconnu comme Michelangelo Pistoletto, http://www.cittadellarte.it/, bien qu’au faîte de sa reconnaissance internationale, infléchit progressivement ses objectifs vers toujours plus de responsabilité sociale et environnementale, ce qui me paraît un choix non seulement très sensé, mais absolument indispensable, qui doit être universalisé.

     

    Pour ma part, les projets que je développe depuis plusieurs années ( www.legymnase.biz ) s’engagent de plus en plus fortement dans cette responsabilité. Le projet actuel pour le chantier de Réseau Ferré de France pour le prolongement du RER E à l’ouest, se fait exactement avec cette exigence et j’aurai l’occasion d’en reparler dans quelques temps j’espère. J’affirme qu’il est préférable pour de grands projets artistiques contemporains, de ne pas s’enivrer de grandiloquence et d’arrogance. Il faut rechercher une échelle de projet qui crée une autre acoustique que celle de l’énormité des puissances technologiques futuristes libérées universellement tous azimuts ou encore des effets cumulés des prestiges des collectionneurs, souvent de sordides arrivistes malades de cupidité cumulative et d'indifférence au sort du monde réel.

    Un besoin profond de mesurer l’avancée des progressions mondiales à l’échelle d’une vie vécue, savourée et non plus subie au nom de la course à la rentabilité lucrative, se fait jour dans les populations. Celles, ultra miséreuses, des pays où ont été délocalisées la totalité des productions de biens manufacturés, mais celles également des gens ayant une illusion de liberté par des revenus qui leur font échapper à la détresse totale et permanente des indigents. Il y a une solidarité mondiale à créer entre tous les gens qui, diversement, travaillent trop à des objectifs dont ils n’ont aucune maîtrise personnelle, en particulier la course aux taux de profitabilité ahurissant des actionnaires eux-mêmes parfaitement stériles sur le plans productif. Mais aussi ces milliards de destinées qui subissent comme jamais dans l’histoire de l’humanité cette inégalité et cette violence économique.

     

    Les seuls actuellement qui parfois parviennent assez bien à garder une relative maîtrise du sens de leurs activités quotidiennes, sont les petits paysans en agro écologie qui fonctionnent en circuits courts, comme par exemple (parmi beaucoup d'autres qui ne courent pas les plateaux télé) les gens passionnants et charmants du collectif percheron http://collectifpercheron.fr/ dont les productions sont remarquables et abordables; ou comme cette petite famille qui restaure à la frontière du Tarn et de la Lozère, une forêt de vielles espèces de châtaigniers à très forte valeur gustative http://kokopelli-semences.fr/boutique/recherche?rech=Crème+de+marrons+&search_only=Chercher+dans+“Divers”&type_id=241 (extrait de la newsletter de Kokopelli ) «... Commençons donc cette aventure avec une jeune famille vivant de la petite paysannerie : Laurianne, Colin et leurs deux, bientôt trois, petits enfants. Installés à Lamelouze dans la Vallée du Galeizon, vallée Cévenole sauvage et préservée, ils y ont acquis des terres peuplées de châtaigniers depuis des siècles. Ils restaurent, petit à petit, leurs vergers qui ont quelque peu souffert du temps et de l'empreinte de l’homme. Ils récoltent néanmoins, déjà, des variétés anciennes traditionnelles et originaires de la vallée, la Figarette et la Pellegrine reconnues pour leurs qualités culturales et gustatives. Lauriane et Colin travaillent en tenant compte des besoins de leur environnement proche : chaque arbre a son importance. Ils sont profondément convaincus de l’importance des produits locaux et de la nécessité de faire redécouvrir la petite paysannerie qui, assassinée par l’agro-industrie, a tendance à disparaître de nos campagnes. Ayant fait le choix de l’agriculture biologique, les produits du “Jardin Lauriane et Colin Atlan” sont tous certifiés par Nature et Progrès... » J’ai appelé au téléphone cette famille pour la complimenter pour la saveur unique, légèrement fumée, de cette crème de marron. La jeune femme qui m’a répondu, sans doute Laurianne, polie et modeste, devait me trouver un peu fou dans mon enthousiasme de citadin. Toutefois, j’ai senti que cette femme était habitée d’une évidence pour ce qu’elle entreprend avec son mari et ses enfants.

    Je suis convaincu que l’art a son propre rôle à jouer, qu’il doit trouver lui-même et par des partenariats, pour accompagner ce mouvement souterrain, qui renaît, de ci de là, au sein de l’exubérante folie mondialisée de la crise multiforme que nous subissons.

     

     

     


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