• Il y a méprise

    Il y a méprise

     

    Il y a méprise

     

     

    L'espace politique est un espace public, et non privatisé. J'ai pourtant fait l'expérience désagréable du contraire aujourd'hui à la manifestation contre la réforme des retraites. Je vais essayer d'exposer non pas tant l'incident ni régler des comptes, ce qui ne me paraît pas très constructif. Je vais essayer plutôt, comme je le fais régulièrement dans ce blog ou ailleurs lorsque l'occasion m'en est donnée, d'exposer quelques-uns des différents aspects d'une question délicate et dans laquelle la question de l'art a précisément (tout dépend de ce qu'on entend pas ce mot "précisément" évidemment) toute sa place aussi, à côté de la politique, de la communication, des relations humaines, etc.

    Puisque des personnes du service d'ordre puis de la direction de la France Insoumise m'ont demandé discrètement mais de manière catégorique de quitter le "fond d'écran" de l'interview par les médias de Jean-Luc Mélenchon, alors que je saisissais comme souvent l'occasion pour présenter deux de mes dernières peintures affiches accompagnant le mouvement social, force est de constater qu'il est question de contrôle du paysage.

    Un paysage qui, d'après mes interlocuteurs de La France Insoumise, doit être (pour restituer le plus honnêtement une position avec laquelle je ne suis pourtant pas d'accord) le moins porteur de risques d'instrumentalisation par les médias "contre" le mouvement ou la personne de JL Mélenchon ou d'autres personnes responsables faisant l'objet d'une interview. 

    Je remercie mes interlocuteurs de croire m'informer de ce contexte de danger d'instrumentalisation inhérents aux médias et à la scène politique. Mais ils semblent ignorer que je pratique depuis de nombreuses années cet art "viral" consistant à "squatter", ou accompagner, selon le point de vue, les mouvements sociaux.

    Les articles et images de ce blog peuvent en apporter la preuve : mon travail d'artiste n'est jamais offensant ou instrumentalisé par l' "adversaire". Par contre les communicants ou des responsables des organisations ont pu assez régulièrement par leurs propos ou attitude, dégrader considérablement l'image du mouvement social qu'ils sont censés représenter et porter. On ne les évince pas pour autant. 

     

    Mes images ne dégradent pas les responsables ou l'organisation ou le mouvement social. Elles apportent de l'air, de l'indécidabilité, une "épaisseur" sémantique, une durée de vie du regard et de la pensée des images, qui font que la lutte est aussi l'occasion de création, de liberté, de culture, d'expression, de sensibilité et que ce pourrait très bien l'être à son plus haut niveau de responsabilité, si on le voulait bien. Mais dans les faits, les responsables qui ont aussi cette responsabilité culturelle, s'en "foutent". Ce n'est pas quelque chose qu'ils cherchent, qu'ils comprennent, pour lequel ils ressentent la moindre urgence, la moindre nécessité.

    De toute façon, à ce compte-là tout, absolument tout, pas seulement mes peintures affiches, pourrait aussi bien être instrumentalisé "contre" le mouvement, puisque la malveillance interprétative est constitutive de la lutte partisane. Dès lors qu'il s'agit bien en effet d'une guerre idéologique et médiatique entre le pouvoir des puissants et le mouvement social, il y a ce point de vue des responsables (responsables à la place des autres) choisissant unilatéralement la censure à travers un abus de pouvoir sur l'espace de la voie publique.

     

    Mon raisonnement d'artiste est pourtant depuis longtemps le suivant : les milliardaires et la bourgeoisie, eux, se payent copieusement l'art pour valoriser leur pouvoir, par un mécanisme de soft power bien connu. Mais le mouvement social, lui, ne le fait pas ou plus, ou de manière grossière ou indigente. Cette relation orpheline à l'art et à l'exigence artistique prive le mouvement social de l'épaisseur et de la richesse sémantique dont se servent en revanche avec brio les classes possédantes. C'est même l'un de ses plus gros investissements en terme de recherche de domination symbolique.

    Si le mouvement social avait avec lui médiatiquement, de manière palpable et valorisante, "les artistes, le monde de la création", alors le capital et le pouvoir seraient bien embêtés. Mais ils n'ont rien à craindre, le mouvement social, avec ses censeurs phénix, qui renaissent et se reproduisent toujours à ces postes de pouvoir lorsqu'on les croyait depuis des décennies jetés aux oubliettes,  ne dépassera jamais le plafond de verre de la classe symbolique gagnante, qui ferait pourtant une grande partie de la différence pour la conquête et un maintien espérons-le durable au pouvoir : 

    Par conviction artistique et politique, je choisis de montrer mon travail de peinture dans la rue, au sein du mouvement social. J'y trouve quelques fois beaucoup de plaisir et de satisfactions. Les droits d'auteurs que je touche dès lors que mes images "passent" dans les médias, sont une forme de gratification qui complète les regards amusés, admiratifs, se questionnant, ou sincèrement heureux de tous ces gens qui remarquent et apprécient mes peintures affiches, par dizaines de milliers parfois.

    Il y a méprise

     

    Il y a méprise

     

    Joël Auxenfans. Tract recto verso. Peintures affiches. 2011.

     

    Depuis le premier tract-image de 2011, ou la première affiche "Mélenchon" de 2012, c'est-à-dire depuis 12 ans, j'ai acquis une expérience riche des attitudes des publics et aussi celles des directions politiques, attitudes qui sont radicalement opposées : les gens de la rue apprécient ou discutent, mais pratiquement toujours aiment, achètent, portent avec eux ou sur eux mes images.

    Les directions politiques, elles, pratiquement toujours sont prudentes, font des compliments, des sourires, mais en fait sont très circonspectes et même embarrassées et méfiantes. Il s'en est suivi pendant ces onze années un modus vivendi pendant lequel les publics apprécient, souvent aussi des dirigeants ou des membres de l'organisation, mais plus prudemment, sans prendre de décision, mais mûrissant en fait des actes d'exclusion et d'exclusive. "Il n'y a que nous qui parlons." Les messages non contrôlés sont jugés parasites, et s'il le faut, éliminés. Comme du temps des photos retouchées ? ... 

    J'ai déjà eu l'occasion d'analyser maintes fois ce qui se passe : les personnes responsables de l'organisation ne veulent pas laisser se développer une relation plurielle, créative et libre par laquelle ils craignent de finir par perdre le contrôle. Le "contrôle", ce mot m'a été redis aujourd'hui.

    Mais voyant et entendant que je suis à leurs côté, engagé à ma manière, librement et en tant qu'artiste, ils pourraient faire preuve de plus d'ouverture d'esprit, de plus de sérénité, de créativité. À moins qu'ils pensent avoir déjà "toutes les solutions", sachant tout avec infaillibilité, et préfèrent donc ne pas tenter de "nouvelles expériences"... 

    Or chaque fois, c'est la même scène, je le vois bien, avec mes interlocuteurs : sollicités, ils évitent d'entrer dans les détails et d'approfondir, de prendre le temps de comprendre, et le moment venu, pour divers prétextes, l'urgence, le manque de temps ou de moyens, ou un risque de ceci ou cela ... ils éjectent.

    En fait, l'artiste indépendant et spontané, imprévu, doit rester dehors, hors du champ de vision médiatique, ne doit pas interférer avec la "ligne" ou la parole officielle. "Pour conserver le contrôle" (sic). Le problème est que tous les précédents scénarios de ce type dans l'histoire n'ont donné rien de bon au mouvement social, au peuple puis à la démocratie. Mais là n'est pas "leur" problème. 

    Il y a donc ce problème de la mono-spécificité du discours, de l'image, et de leur forme et de leur contrôle qui conduisent à un étiolement du vivant du mouvement social, de la bio-diversité des formes d'expressions qui fait pourtant sa force, sa vitalité et sa valeur symbolique aux yeux du reste de la société.

     

    Il y a méprise

    Voici la "belle image" que Mélenchon et ses suiveurs ont obtenu en me chassant moi et mes affiches peintures, du fond d'écran des médias : un seul visage au premier plan (Jean-Luc Mélenchon) et un seul visage au second plan (Mathilde Panot). Le blindage du message est total, et probablement l'effet médiatique n'est pas si positif, plutôt sombre, traits tirés, omniprésence,  ...

     

     

    Et bien sûr que les autres en face, les milliardaires, eux, ne s'en prive pas de cette richesse. Ils la financent même, et très cher ! Ils se l'offrent, la mettent à son service !! Au mouvement social et à ses organisations est réservée l'indigence des discours univoques, des formes strictement utilitaires, contrôlées. Chacun à les moyens qu'il mérite !

    Je ne voudrais pas être l'artiste officiel, je ne l'ai jamais voulu. J'ai toujours recherché une position libre de coopération réciproquement indépendante. Je ne suis pas un communicant. L'art n'est pas une communication. C'est autre chose, ce que ces responsables ne veulent pas comprendre, ou comprennent trop bien. Les parallèles ne se croisent jamais. Ces gens voient la politique d'un côté, qu'ils cherchent à maîtriser, et ils voient, sans le voir, l'art de l'autre côté, loin, là, à sa place, dans les endroits habituels, conventionnels, qui ne leur pose pas de problème. 

    J'avoue avoir bien profité d'occasions que je me suis créées, à mes frais et avec des efforts, au sein des évènements du mouvement social. Ce blog peut en témoigner. Pour autant, je ne pense pas avoir acquis une position dominante, nuisible, envahissante. Je ne pense pas avoir nuit à JL Mélenchon avec mon affiche Macron Golden boy qui est bien passée dans les média soit avec lui, soit sans lui. Mais peut-être y a-t-il eu concertation en interne devant des images médiatiques où l'on voyait mes affiches, pour décider qu'à la prochaine fois, on me dirait de m'éloigner.

    Mais sans doute je m'accorde trop d'importance. Je suis invisible et l'art est invisible. De leur côté, ils travaillent. Conserver toute la visibilité que les média leur accordent. Pourtant, en amont, des évènements concertés pourraient être organisés, qui créeraient "le buzz", valoriseraient le mouvement, donneraient confiance à la multitude. Mais "Fi ! n'y pensez pas !"

    On avait déjà compris que ces responsables, continuant une longue tradition obscure, cherchent à préserver quelque chose de leur contrôle. Merci, c'est clair (ou plutôt malheureusement pas très clair de leur côté), une fois de plus la démonstration est faite. Avec la politique, il y a toujours le pouvoir et le contrôle, la censure, parce qu'il y a aussi l'adversaire.

    L'ingénuité apparente que ces responsables feignent de me reprocher en me censurant, c'est malheureusement de leur côté qu'elle se trouve, mais mal comprise, objet d'une méprise.  Et c'est cela, cet aveuglement, qui détermine le mécanisme de la violence. Violence contre l'art, violence contre la différence, contre une mouche, contre l'écosystème de la vie sociale riche, véritable pesticide, ... pour le contrôle.

    Jusqu'où ? 

    Et jusqu'à quand ?...

     

     

     


  • Commentaires

    1
    Dimanche 17 Septembre 2023 à 18:30

    si vous passez par Nancy....

    notre petit collectif d'artistes "prenons le parti des haies " depuis 2022

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